23°C sans clim en pleine canicule : la maison sur pieux d’un architecte qui défie 32°C dans l’Eure

Lundi 6 juillet 2026, le thermomètre grimpe à 32 degrés à l’ombre dans l’Eure. Une canicule de plus, comme tant d’autres cet été. Mais chez Vincent Raes, à La Heunière, il fait 23 degrés à l’intérieur, sans le moindre climatiseur allumé.
« Je suis content parce que ça fonctionne ! », lâche cet architecte qui a passé six ans à concevoir cette maison pas comme les autres. Sa méthode ne repose sur aucune technologie miracle, mais sur des choix architecturaux que peu osent encore appliquer.
Une maison pensée contre la canicule dès sa conception
Vincent Raes n’est pas un architecte comme les autres. Fondateur de l’agence d’architecte I’M IN ARCHITECTURE, il cumule vingt ans d’expérience, dont une bonne partie consacrée aux énergies renouvelables. En 2020, en pleine pandémie de Covid-19, l’idée germe : construire une maison capable d’encaisser les dérèglements climatiques sans exploser la facture d’énergie.
« On répond à un triptyque : architecture, énergie, nature. En tirant parti des ressources naturelles comme le soleil, l’air ou les variations de température, on améliore le confort et on limite les consommations d’énergie », résume-t-il. Une philosophie qui tranche avec les solutions de climatisation classiques, souvent énergivores.
Parisien de longue date, Vincent Raes déniche un terrain à La Heunière qui « coche toutes les cases » pour son projet. Il y fait bâtir une maison de 300 m², pensée comme un prototype grandeur nature de ce à quoi pourrait ressembler l’habitat du XXIe siècle face aux étés de plus en plus chauds, un peu comme d’autres cherchent des gestes gratuits pour rafraîchir leur intérieur.
Pieux, toiture solaire et lame d’air : le trio qui fait chuter le mercure
Premier détail qui saute aux yeux : cette maison n’a pas de fondations classiques. Elle repose sur 80 pieux qui laissent l’air circuler librement en dessous. « Le terrain en pente laisse s’écouler les eaux sans aucun impact sur les fondations même avec des étés chauds et des hivers rudes », explique l’architecte. Résultat : une emprise au sol réduite à un seul mètre carré pour 300 m² habitables.
Au-dessus, la toiture est entièrement recouverte de panneaux solaires qui reflètent le soleil au lieu de l’absorber, tout en laissant l’air circuler. « Cette lame d’air empêche la conduction de la chaleur entre la toiture et le bâtiment », détaille Vincent Raes. Une avancée du toit protège aussi les façades, jamais exposées directement au soleil en été.
L’hiver, le principe s’inverse presque comme certaines techniques japonaises transforment un espace réduit : « Quand le soleil est plus rasant, on peut installer des bâches tout autour et créer un effet de serre pour chauffer naturellement. » Une bascule saisonnière entièrement passive, sans câble ni thermostat.

Un modèle réplicable pour dix foyers, voire une crèche entière
Avec sa toiture 100 % panneaux solaires fabriqués en France, la maison de Vincent Raes produit plus d’électricité qu’elle n’en consomme. Le surplus pourrait même être revendu à tarif préférentiel aux voisins, une idée qui rappelle les astuces autour du prix de l’énergie qui préoccupent tant de foyers français.
Surnommée « Maison 10 », la bâtisse serait théoriquement capable d’alimenter en électricité dix habitations. Pour rester cohérent jusqu’au bout de sa démarche écologique, l’architecte a aussi choisi une ossature en bois local plutôt que du parpaing. « Les maisons en parpaings, ce sont des chantiers beaucoup plus polluants et avec une empreinte carbone énorme. Là, on a du bois local et un chantier de huit mois pour réaliser la maison », précise-t-il.
Côté budget, le projet reste accessible selon son concepteur : environ 1 600 € le mètre carré, soit un peu moins de 500 000 € pour les 300 m². « J’ai construit une maison parce que c’est plus simple, mais ça peut s’adapter à plus grand », insiste Vincent Raes, qui imagine déjà décliner le concept pour des crèches, mairies ou gymnases jusqu’à 1 500 m².
« Au-delà de ses performances, le projet cherche aussi à repenser la manière d’habiter, en créant des espaces plus flexibles et en lien avec leur environnement », conclut-il.
Neuf degrés d’écart entre l’intérieur et l’extérieur, zéro climatiseur, et une facture d’énergie qui tourne à l’avantage du propriétaire : voilà le genre de résultat qui fait réfléchir avant le prochain permis de construire. Et si la vraie révolution climatique passait moins par la technologie que par la façon dont on pose une maison sur son terrain ?