Après la flambée de 15 % en mai, le prix du gaz repart à la baisse en juin — mais pour combien de temps ?
Le mois de mai a été une douche froide pour les 6 millions de foyers français chauffés au gaz. Une hausse brutale de 15,4 % sur la facture, la plus forte depuis des mois. Et voilà que la CRE annonce une baisse de 4,8 % pour juin. Soulagement ? Pas si vite. Derrière ce chiffre encourageant, les experts de Selectra préviennent déjà que le répit pourrait être de très courte durée.
Ce que cache vraiment la baisse de 4,8 %
Lundi 11 mai, la Commission de régulation de l’énergie a officialisé la nouvelle : le prix repère du gaz va reculer de 4,8 % au 1er juin 2026. Pour un foyer type qui consomme environ 11 000 kWh par an, ça représente une économie mensuelle de… 1,26 euro TTC. Oui, vous avez bien lu. Un euro et vingt-six centimes.

En rythme annuel, l’économie tourne entre 77 et 86 euros selon les profils de consommation. C’est toujours mieux qu’une hausse, évidemment. Mais il faut mettre ce chiffre en perspective avec ce qui s’est passé juste avant.
Car cette baisse intervient après la flambée de 15 % au 1er mai qui avait fait grimper la facture annuelle de référence autour de 1 750 euros. On dégonfle un peu, certes. Mais on reste très loin du niveau d’avant la crise.
6 millions de foyers concernés, pas un de plus
Attention, tout le monde ne va pas voir sa facture baisser. La réduction ne concerne que les ménages ayant souscrit une offre indexée sur le prix repère mensuel de la CRE. Ça représente environ 60 % des abonnés résidentiels au gaz en France, soit 6 millions de foyers.
Si vous avez un contrat à prix fixe, cette annonce ne change strictement rien pour vous. Votre facture reste identique, qu’elle soit plus haute ou plus basse que le tarif repère. Un détail que beaucoup ignorent, et qui change pas mal la donne quand on compare les offres. Pour ceux qui ont besoin d’un coup de pouce, le chèque énergie 2026 a commencé à être versé automatiquement à 3,8 millions de foyers.
Reste une question logique : si le gaz a bondi de 15 % puis baissé de 4,8 %, où en est-on exactement par rapport à janvier ?
Le bilan du premier semestre fait mal

La CRE elle-même reconnaît que le prix de référence du gaz en juin reste environ 10 % au-dessus de son niveau d’avant la guerre au Moyen-Orient. En clair, la baisse de juin ne compense même pas un tiers de la hausse de mai.
Sur l’ensemble du premier semestre 2026, la facture annuelle de référence est passée de 1 330 euros en janvier à plus de 1 500 euros en juin. C’est une hausse cumulée de près de 15 %. Pour un foyer qui gagne le Smic, ça représente un poids considérable dans le budget mensuel.
La raison de cette embellie partielle ? Le cessez-le-feu officialisé courant avril dans le conflit au Moyen-Orient a fait dégonfler la prime de risque géopolitique intégrée dans les prix du gaz sur les marchés européens. Dit autrement : les traders ont un peu desserré la pression. Mais les fondamentaux du marché, eux, n’ont pas bougé d’un iota.
Pourquoi Selectra annonce déjà un rebond en juillet
C’est le passage qui va piquer. Les experts du comparateur d’énergie Selectra alertent sur une reprise probable de la hausse dès juillet 2026. Leur argument tient en deux mots : offre et demande.
Le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) reste sous tension. L’Europe, qui a drastiquement réduit ses importations de gaz russe depuis 2022, dépend de plus en plus du GNL acheminé par méthanier depuis les États-Unis, le Qatar ou l’Australie. Or la demande mondiale de GNL ne faiblit pas — bien au contraire. La concurrence avec l’Asie pour sécuriser les cargaisons maintient les prix sous pression permanente.
D’ailleurs, certaines projections évoquent une hausse de 53 % de la facture de gaz d’ici 2030. Une perspective qui donne le vertige. Et si le conflit au Moyen-Orient devait reprendre, la facture pourrait s’alourdir de 500 euros par an pour un foyer moyen.
Les tensions sur le kérosène qui provoquent déjà des annulations de vols montrent à quel point la situation énergétique mondiale reste fragile. Le gaz n’échappe pas à cette réalité.
La facture d’énergie, un serpent qui se mord la queue

Le paradoxe est cruel. On arrive en été, la période où la consommation de gaz chute naturellement (moins besoin de chauffage). Logiquement, les prix devraient baisser. Mais les marchés anticipent déjà la reconstitution des stocks pour l’hiver suivant, ce qui soutient les cours même en plein mois de juillet.
Pour les ménages qui voudraient réduire leur facture de chauffage, la fenêtre de tir est maintenant. Comparer les offres, vérifier si un contrat à prix fixe ne serait pas plus protecteur, ou envisager une isolation thermique avant l’hiver prochain. Les aides de MaPrimeRénov’ sont d’ailleurs en train de changer : dès septembre, fini les subventions pour ceux qui veulent garder leur chauffage au gaz.
Du côté de l’électricité, la situation n’est guère plus rassurante. Les factures d’électricité risquent aussi d’augmenter en 2026, et EDF préparerait même des délestages tournants si le conflit au Moyen-Orient s’aggrave cet été.
Ce qu’il faut retenir (et ce qu’il faut faire maintenant)
Résumons. Le prix du gaz baisse de 4,8 % en juin, après avoir explosé de 15,4 % en mai. L’économie réelle pour un foyer moyen ? Environ 1,26 euro par mois. La facture annuelle de référence reste à plus de 1 500 euros, contre 1 330 euros en janvier. Et les experts prévoient un rebond dès juillet.
C’est le moment de regarder votre contrat de près. Si vous êtes sur une offre indexée, chaque mois est une loterie. Un contrat à prix fixe, même légèrement plus cher aujourd’hui, pourrait vous protéger d’une nouvelle flambée à l’automne. Selectra, Hello Watt ou le médiateur de l’énergie proposent des comparatifs gratuits.
Pour le chèque énergie, 700 000 foyers supplémentaires vont le recevoir dès ce mois de mai. Vérifiez si vous êtes éligible, surtout si vos revenus ont baissé récemment. Et gardez un œil sur votre compteur Linky : un mauvais réglage de puissance souscrite peut alourdir la facture sans que vous ne vous en rendiez compte.
La seule certitude dans ce dossier ? Les prochains mois s’annoncent agités. Le marché de l’énergie reste suspendu à la géopolitique, et comme le rappelait Pierre Moscovici, l’État n’a plus beaucoup de marges de manœuvre pour amortir le choc.