« Je n’ai jamais vu ça » : cet El Niño record menace la France d’un été 2026 à hauts risques

« Je n’ai jamais vu un tel phénomène se dessiner dans nos prévisions. » Cette phrase, ce n’est pas un climatologue anxieux sur les réseaux sociaux qui l’a prononcée. C’est Adam Scaife, responsable des prévisions de long terme au Met Office britannique, l’un des organismes météo les plus sérieux d’Europe.
Et ce qu’il redoute porte un nom : El Niño. Un phénomène naturel qui pourrait battre un record vieux de plus d’un siècle, avec des conséquences très concrètes sur nos étés.
El Niño, ce phénomène qui dérègle toute la planète
El Niño n’est pas une invention récente des chaînes météo pour faire du chiffre. C’est un cycle climatique naturel, connu depuis longtemps, qui revient tous les deux à sept ans. Il se traduit par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le centre et l’est de l’océan Pacifique équatorial, une zone qui semble lointaine mais qui influence le climat de toute la planète, un peu comme un thermostat déréglé influence toute une maison.
Le mécanisme est simple à comprendre. En temps normal, des vents d’est retiennent les eaux chaudes du côté ouest du Pacifique. Quand ces vents faiblissent, ces eaux remontent et se déplacent vers l’est. Résultat : des tempêtes plus fréquentes au-dessus de la région, qui finissent par perturber toute l’atmosphère terrestre, selon Emily Becker, climatologue à l’université de Miami.
Concrètement, cela donne un climat plus chaud et sec dans certaines zones du globe, plus humide ailleurs. Une bascule qui s’ajoute, sans jamais l’annuler, au réchauffement climatique d’origine humaine.
C’est cette accumulation qui inquiète tant les spécialistes : deux moteurs de chaleur qui tournent en même temps, l’un naturel, l’autre pas, et dont les effets se cumulent plutôt qu’ils ne se compensent. Une équation que la France a déjà pu observer avec la vague de chaleur historique de mai dernier.
Des chiffres qui dépassent déjà le record de 2015
Les données ne sont plus théoriques. Depuis le déclenchement du phénomène en juin, les effets se font sentir sur le terrain. La sécheresse en Indonésie s’est intensifiée au point de favoriser des incendies qui ont détruit des centaines de milliers d’hectares de forêt.
Le tableau de bord scientifique Climate Brink, une référence dans le milieu, mesure actuellement les températures de surface dans la « région Niño 3.4 » à 2,6°C au-dessus de la moyenne des trente dernières années. Un chiffre déjà élevé, mais les projections font froid dans le dos : un pic à 3,9°C est attendu en novembre. Pour comparaison, l’année 2015, considérée comme l’épisode El Niño le plus violent enregistré, n’avait atteint « que » 3°C.
Cette bascule aura des répercussions à retardement. Les climatologues Zeke Hausfather et Andrew Dessler estiment qu’El Niño entraînera une hausse moyenne de 0,3°C des températures mondiales en 2027, l’impact du phénomène se faisant surtout sentir l’année suivant son pic. De quoi faire craindre, dès maintenant, une année record après l’autre, dans la lignée des vagues de chaleur successives déjà observées en France.

Panama, Honduras : le monde encaisse déjà le choc
Avant même que la France ne ressente pleinement les effets d’El Niño, d’autres régions du globe payent déjà l’addition. Le canal du Panama, artère vitale du commerce mondial, a annoncé une réduction de son trafic dès septembre, faute de précipitations suffisantes pour maintenir son niveau d’eau. Une décision rarissime qui illustre à quel point le phénomène perturbe des infrastructures pensées pour durer des décennies.
Au Honduras, la situation est encore plus critique : près de 80% du territoire a été placé en état d’alerte à cause d’une sécheresse aggravée par El Niño. Des chiffres qui donnent une idée de l’échelle du phénomène, capable de fragiliser à la fois le commerce international et la sécurité alimentaire de pays entiers.
Pour la France, l’enjeu est double. D’un côté, un été 2026 qui s’annonce déjà sous tension, entre nouvelles vagues de chaleur attendues par Météo France et sécheresse persistante. De l’autre, un effet différé qui pourrait faire de 2027 l’année la plus chaude jamais mesurée sur Terre.
Le pic de novembre servira de test grandeur nature : s’il confirme les prévisions du Met Office, l’expression d’Adam Scaife — « je n’ai jamais vu ça » — risque de devenir la petite phrase qu’on ressortira dans un an.
El Niño ne se contente jamais de rester dans le Pacifique : il finit toujours par frapper à notre porte, avec un an de retard mais une addition salée. Reste à savoir si l’été prochain confirmera les pires scénarios, ou si la nature réserve encore une surprise. Une chose est sûre : les yeux des climatologues du monde entier restent braqués sur ce thermomètre océanique.