Decathlon lance un cuissard pour pédaler pendant ses règles : 40 euros et jusqu’à 3 heures sans protection
Pédaler pendant ses règles, c’est souvent synonyme de galère. Inconfort sur la selle, stress permanent de la fuite, bricolage avec des protections qui ne sont pas pensées pour le vélo… Résultat : beaucoup de cyclistes rangent leur bécane quelques jours par mois. Decathlon a décidé de s’attaquer au problème avec un cuissard menstruel signé Van Rysel, affiché à 39,99 euros. Mais est-ce que ça tient vraiment ses promesses ?
Un sujet tabou qui concerne des millions de cyclistes
On en parle rarement, mais les règles restent un frein majeur à la pratique sportive féminine. Une étude sur le sport chez les femmes rappelle à quel point l’activité physique régulière est cruciale pour la santé cardiovasculaire. Pourtant, selon plusieurs enquêtes, près d’une femme sur deux réduit ou stoppe le sport pendant ses menstruations.

Le vélo cumule les difficultés : la position assise prolongée, la pression sur le périnée, la transpiration, les vibrations… Les protections classiques ne sont tout simplement pas conçues pour ça. Et jusqu’ici, les alternatives spécifiques restaient rares et souvent hors de prix.
C’est dans ce contexte que Decathlon dégaine son cuissard menstruel. L’enseigne nordiste, fidèle à sa stratégie de rendre le sport accessible, propose un produit technique à un tarif que peu de concurrents peuvent afficher. Mais le prix ne fait pas tout : encore faut-il que la technologie suive.
Ce que cache la peau de chamois intégrée
Le cœur du cuissard, c’est sa mousse absorbante. Decathlon la présente comme une peau de chamois pensée spécifiquement pour le confort d’assise, positionnée sous les ischions et au niveau du périnée. Et c’est là que ça devient intéressant.
Cette mousse affiche une densité de 100 kg/m³ et une épaisseur de 13 mm. Pour celles qui connaissent les problèmes de confort sur la selle, c’est un chiffre qui parle : on est sur un niveau de rembourrage sérieux, pas un simple tissu renforcé.

Surtout, elle est bi-élastique. Concrètement, la mousse s’adapte à la morphologie de chaque cycliste au lieu de rester rigide. L’objectif : maintenir le confort même après deux ou trois heures de pédalage, quand les fesses commencent habituellement à protester.
Côté absorption, Decathlon annonce une capacité de 12 ml de liquide par utilisation. Pour donner un ordre de grandeur, un tampon « normal » absorbe entre 6 et 9 ml. On est donc sur l’équivalent d’un tampon et demi à deux tampons, le tout intégré directement dans le cuissard. Reste à savoir si cette capacité tient réellement sur la durée annoncée.
3 heures d’autonomie : pour qui exactement ?
Le cuissard Van Rysel promet jusqu’à 3 heures d’utilisation sans protection supplémentaire. C’est suffisant pour un trajet domicile-travail, une balade du dimanche ou une sortie sportive de distance moyenne. En revanche, les cyclistes longue distance devront probablement compléter avec une autre solution.
La plage de température recommandée se situe entre 15 et 35 °C. On oublie donc les sorties hivernales par grand froid — le cuissard cible clairement les saisons chaudes et modérées, du printemps à l’automne.
Le format sans bretelles facilite l’enfilage et surtout le retrait lors des pauses. C’est un vrai avantage pratique quand on s’arrête aux toilettes en cours de route. Mais ce choix a un revers : l’absence de bretelles peut nuire au maintien chez certaines morphologies, notamment pour les cyclistes habituées au cuissard classique avec bretelles qui reste bien en place à la taille.
Le cuissard existe en cinq tailles — XS, S, M, L et XL — et se rapproche visuellement d’un short de vélo classique. Deux poches latérales permettent de glisser de petits objets, même si Decathlon ne précise pas leur contenance exacte. Côté composition, le tissu principal mélange 68 % de polyamide pour la solidité et 32 % d’élasthanne pour la souplesse, avec des zones renforcées au niveau du fessier pour limiter l’usure sur la selle.
Un prix qui change la donne
39,99 euros. C’est le tarif affiché par Decathlon pour ce cuissard menstruel. Pour mesurer ce que ça représente, il suffit de jeter un œil à la concurrence : les culottes menstruelles sport des marques spécialisées démarrent rarement en dessous de 30 euros pour un simple sous-vêtement, sans peau de chamois ni technologie vélo. Les cuissards menstruels haut de gamme peuvent atteindre 80 à 120 euros.

Decathlon applique ici sa recette habituelle : démocratiser un produit technique en cassant le prix d’entrée. La même logique que celle qu’on retrouve chez des enseignes comme Lidl avec ses dupes de grandes marques, mais avec une vraie expertise sportive derrière.
Ce positionnement tarifaire pourrait convaincre des cyclistes qui hésitaient à investir dans un équipement menstruel spécifique. À moins de 40 euros, le risque financier est faible, même si le produit ne convient finalement pas parfaitement.
Les précautions d’entretien à ne surtout pas négliger
C’est probablement le point qui fera la différence entre un cuissard qui dure et un cuissard qui perd ses propriétés en quelques semaines. Decathlon insiste : un lavage avant la première utilisation est obligatoire. Ensuite, chaque passage en machine doit respecter des règles strictes.
Premier réflexe après chaque sortie : un prélavage manuel à froid, à répéter jusqu’à obtenir une eau claire. Ensuite, lavage en machine à 30 °C maximum, avec des couleurs similaires et un traitement très modéré. La liste des interdits est longue : pas de nettoyage à sec, pas de repassage, pas de sèche-linge à tambour rotatif, pas de blanchiment.
Ces contraintes ne sont pas anodines. Elles rappellent celles des culottes menstruelles classiques, et pour cause : les propriétés absorbantes de la peau de chamois dépendent directement du respect de ces consignes. Un passage au sèche-linge ou un lavage trop chaud, et la mousse perd sa capacité d’absorption. Autant le savoir avant d’acheter.
Un premier pas, mais pas encore la solution parfaite
Soyons honnêtes : ce cuissard menstruel ne résout pas tout. La capacité de 12 ml convient à un flux léger à modéré, mais les cyclistes au flux abondant devront probablement associer le cuissard à une cup ou un tampon. La limite de 3 heures exclut les longues sorties. Et l’absence de bretelles ne conviendra pas à toutes.
L’initiative de Decathlon mérite d’être saluée. Le simple fait qu’une enseigne grand public propose un produit dédié aux règles dans son rayon cyclisme, c’est un signal. Ça contribue à normaliser un sujet encore trop tabou dans le monde du sport. On se souvient de cette marathonienne arrivée tachée qui avait secoué les réseaux il y a quelques années — un geste militant qui avait mis en lumière le manque criant d’équipements adaptés.
À 39,99 euros, ce cuissard Van Rysel ne révolutionne peut-être pas la pratique du vélo féminin. Mais il pose une première pierre solide. Et si Decathlon itère sur le concept — version à bretelles, capacité d’absorption renforcée, gamme élargie — on pourrait bien tenir là une petite révolution dans l’équipement cycliste. En attendant, c’est déjà une option de plus dans l’arsenal des cyclistes qui refusent de ranger leur vélo quelques jours par mois.