« Ça l’a rendu fou » : à 82 ans, elle raconte 7 ans de guerre judiciaire contre Donald Trump
Elle a 82 ans et un sourire qui en dit long sur ce qu’elle a traversé. E. Jean Carroll est la seule femme à avoir fait condamner Donald Trump pour agression sexuelle devant la justice américaine. Mais derrière cette victoire, sept années de bataille judiciaire, d’insultes publiques et de doutes. Elle raconte tout dans un livre qui vient de paraître en France, et certaines confidences font froid dans le dos.

Une accusation lancée en 2019, un combat qui a duré sept ans
Tout commence en 2019. Cette ancienne chroniqueuse du magazine Elle américain accuse Donald Trump de l’avoir violée en 1996, dans une cabine d’essayage d’un grand magasin new-yorkais. L’affaire éclate au grand jour, et avec elle, une vague d’attaques venues du futur président lui-même.
Donald Trump la qualifie publiquement de « tarée » et dénonce une « affaire bidon ». Un scénario que beaucoup de femmes ayant porté plainte contre des hommes puissants connaissent trop bien, à l’image des dossiers évoqués dans cette affaire de plaintes déposées en urgence qui a récemment fait parler.
« Il n’y a pas eu un moment facile en sept ans », confie-t-elle aujourd’hui. Elle explique avoir pu tenir le choc pour une raison précise : « Je n’avais pas d’enfants, j’étais plus âgée et je n’avais rien à perdre ». Une phrase qui résume à elle seule l’ampleur du sacrifice consenti pour aller au bout de la procédure, loin des tumultes médiatiques que traversent parfois d’autres figures publiques dans des circonstances très différentes.
Une condamnation historique, et un chiffre qui donne le vertige
Sept ans plus tard, la justice tranche. Donald Trump est condamné au civil à verser 5,6 millions de dollars à E. Jean Carroll. Une décision définitive, malgré les dénégations répétées du milliardaire.
Dans une procédure distincte, une cour d’appel va encore plus loin : elle condamne Donald Trump à lui verser 83 millions de dollars. Un jugement qui reste toutefois susceptible d’un recours devant la Cour suprême, preuve que le combat n’est jamais tout à fait terminé pour ceux qui affrontent des puissances économiques ou politiques, comme le montrent aussi les batailles autour de certaines factures colossales qui font trembler des géants.
« Ça l’a rendu fou », lâche l’ex-journaliste, visiblement satisfaite. Elle assure vouloir dépenser cet argent « dans tout ce qu’il déteste » : droits des femmes, des minorités, cause climatique. Pas question, dit-elle, d’en faire un usage personnel. « Je n’achète rien, je sais comment être heureuse », clame-t-elle, comme d’autres personnalités qui, à l’image de celles ayant choisi de tout changer, revendiquent une forme de sobriété assumée.

Pourquoi la France est le seul pays étranger à avoir publié son livre
Devenue une icône du mouvement féministe américain, E. Jean Carroll dresse un constat amer sur l’après #MeToo. Selon elle, la libération de la parole a été « stoppée net » par l’inertie de la justice. « Aucune femme ne voudrait faire ça maintenant. Est-ce que vous voyez des femmes prendre la parole ? », interroge-t-elle, avant d’ajouter : « Les femmes font profil bas désormais ».
Elle raconte que plusieurs plaignantes contre Donald Trump ne s’en sont « jamais remises » et ignorent encore vers qui se tourner. L’ombre du président américain expliquerait pourquoi son livre, Not my type. La femme qui a fait plier Trump, n’a été publié à l’étranger qu’en France, aux Éditions du Cherche-Midi. « Les Français sont les seuls à avoir eu le cran de le publier », assure-t-elle.
Le titre lui-même est un pied de nez : il reprend l’expression utilisée par Donald Trump pour nier toute possibilité d’attirance. Mais paradoxalement, l’écriture a été une libération. « J’avais un matériau tellement délicieux avec carrément 2 000 pages de procès-verbaux d’audience. On dirait du Voltaire », plaisante-t-elle. « Finalement, ça m’a vraiment soulagée. En un mot, c’était cathartique ».
Sept ans de combat, une victoire historique et un livre écrit dans la douleur pour mieux s’en libérer : voilà le résumé d’un parcours hors norme. Si cette histoire de justice qui finit par rattraper les puissants vous intrigue, ce dossier où une préfecture a fini par faire payer très cher une infraction mérite aussi le détour.