« J’étais la source d’argent » : Emma Paris dénonce l’emprise de son ex Just Pyramid dans un livre

L’été dernier, l’affaire avait secoué les réseaux sociaux : une influenceuse à plus d’un million d’abonnés, une fiancée incarcérée pour trafic de stupéfiants, une tromperie en prison avec une ex-femme de jihadiste. L’histoire avait tout du feuilleton estival improbable. Mais derrière le buzz, il y avait une femme qui tombait. Emma Paris publie La Source, aux éditions Flammarion, et le récit qu’elle livre est bien plus sombre que ce que les notifications Instagram laissaient entrevoir.
Quand les « red flags » passent sous le radar

Emma Paris a 29 ans. Avant de devenir un sujet de débat national, elle était connue sous le pseudo Emma CakeCup, star YouTube de l’adolescence, spécialisée dans le maquillage et les hauls mode. Très loin de l’univers du narcotrafic. Sa rencontre avec Clara Da Costa Bastos, alias Just Pyramid, se fait sur Instagram en 2023. Tout va très vite : « Elle a tout de suite emménagé chez moi », raconte Emma.
Avec le recul, elle identifie les premiers signaux. Le plus évident ? L’argent. « Déjà, un des premiers red flags, c’est ce que j’appelle la ‘sangsue financière’. Je vais payer tout, tout, tout. » Puis viennent les remarques sur les photos en maillot de bain qu’Emma poste pour sa propre marque. Les interdictions de sortir, de voir des amis. L’isolement progressif.
« J’étais mise sous une chape de plomb, je n’avais pas le droit de sortir, d’aller boire des verres avec des amis. Ça m’avait alertée, mais je me suis dit : ‘non c’est pas grave, la personne va changer’. On se dit toujours ça en fait. » Emma finit par couper les ponts avec une partie de son entourage. Un schéma que les spécialistes des violences conjugales décrivent comme classique, et pourtant toujours aussi difficile à reconnaître quand on est dedans.
Mais le vrai basculement n’a pas encore eu lieu. Il arrive un matin de janvier 2025, quand des policiers sonnent à sa porte.
35 000 à 40 000 euros pour soutenir une fiancée en prison
Quand Clara Da Costa Bastos est interpellée au domicile d’Emma, cette dernière ne la lâche pas. Au contraire. Elle lui rend visite à la prison de Carquefou, en Loire-Atlantique, plusieurs fois par semaine. Pendant des mois. Sa vie professionnelle ? En pause totale. Ses partenariats commerciaux ? Ils s’effondrent les uns après les autres.
« Au fur et à mesure, les marques me lâchaient. Je peux comprendre, je ne leur en veux pas. On n’a pas envie de s’associer à une influenceuse alors que dans tous les médias, il y a sa tête avec écrit ‘narcotrafic, blanchiment d’argent, trafic d’armes’ », reconnaît-elle lucidement. Le bilan financier donne le vertige : entre les virements en prison et les allers-retours à Carquefou, Emma Paris estime avoir dépensé « 35 à 40 000 euros » pour soutenir sa fiancée.
Pendant ce temps, des rumeurs d’infidélité circulent. Emma les entend mais refuse d’y croire. « Avec tout ce que je fais pour elle, pour sa famille, je me dis : c’est impossible qu’elle me fasse ça. » Et quand elle ose poser la question, Clara « s’énerve tout de suite ». L’emprise fonctionne précisément comme ça : la victime finit par douter d’elle-même plutôt que de la personne qui la manipule.
La vérité va pourtant finir par éclater, de la façon la plus brutale qui soit.
« La source », c’était elle
Août 2025. Clara sort de détention. Emma attend des retrouvailles. Ce qu’elle obtient, c’est une compagne distante qui passe ses journées à échanger des messages avec Lise, une ancienne co-détenue. En regardant ces échanges, Emma tombe sur un surnom qu’on lui donne : « la source ».
« Au début je ne comprends pas, j’ai un peu un choc. Et j’ai compris après que c’était ‘la source d’argent’. » Le mot est glaçant de simplicité. Pas besoin de longues analyses : en un surnom, toute la relation se résume. Emma Paris pense aujourd’hui avoir été « manipulée » pour « l’argent surtout, mais aussi la célébrité, les réseaux sociaux ».
Elle prend alors une décision : quitter Clara Da Costa Bastos et tout raconter publiquement. Les notifications explosent à nouveau. Gérald Darmanin ordonne une enquête administrative sur les téléphones en prison, Gabriel Attal parodie l’une des protagonistes sur TikTok. L’histoire devient un phénomène viral. Mais pour Emma, c’est tout sauf un divertissement.
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Car après la rupture, une nouvelle épreuve commence.
Cyberharcèlement, revenge porn et condamnation

À partir de janvier 2026, Clara Da Costa Bastos passe à l’offensive sur les réseaux sociaux. Des lives sur Kick, Twitch, dans lesquels elle « réécrit toute l’histoire » selon Emma. Les accusations fusent : « Elle m’a accusée de scatophilie, elle m’a accusée d’être cocaïnomane… C’était complètement lunaire. » Emma décide de porter plainte.
L’affaire est jugée en mars. Clara Da Costa Bastos est reconnue coupable de cyberharcèlement, d’atteinte à la vie privée et de diffusion d’images à caractère sexuel sans consentement — ce qu’on appelle le revenge porn. Résultat : huit mois de prison avec sursis probatoire de deux ans, et interdiction d’entrer en contact avec Emma Paris. L’information, partagée par Emma sur Instagram, n’avait pas été confirmée par le parquet de Créteil au moment de la publication de la source.
On connaît d’autres affaires récentes où des influenceuses se sont retrouvées au cœur de violences conjugales médiatisées. Mais le cas d’Emma Paris soulève une question souvent invisible dans le débat public.
Les violences dans les couples lesbiens : un angle mort
Emma Paris le dit sans détour : « On en parle moins, mais il y en a énormément. » Les chiffres officiels lui donnent raison, même s’ils ne racontent qu’une partie de l’histoire. En 2024, selon les données du ministère de l’Intérieur, 85 % des mis en cause pour violences conjugales étaient des hommes et 84 % des victimes étaient des femmes.
Mais une étude publiée par l’Ined en 2022 apporte un éclairage crucial : les violences au sein des couples de femmes existent bel et bien, mais elles sont différentes. Moins souvent physiques, elles relèvent davantage de la violence psychologique. Exactement ce que décrit Emma Paris : l’isolement, le contrôle, la manipulation financière, les accusations délirantes.
Le problème, c’est que ces violences-là laissent moins de traces visibles. Pas de bleus, pas de bras cassé. Juste une personne qui se retrouve vidée — émotionnellement, socialement, financièrement. Et qui met parfois des mois, voire des années, à comprendre ce qui s’est passé. Comme d’autres histoires de manipulation dans le monde des influenceurs l’ont montré, l’emprise ne connaît pas de frontières de genre ni de milieu social.
« Il y a la lumière au bout du tunnel »
Avec La Source, Emma Paris ne cherche pas à régler ses comptes. Du moins, pas seulement. « J’espère que quelqu’un se reconnaîtra dans mon histoire et parviendra à se sortir d’une relation toxique, d’emprise, de violence psychologique. » Son message aux victimes tient en deux phrases : « Écoutez votre instinct. Et surtout, ne vous isolez pas. »
L’emprise, insiste-t-elle, « ça commence vraiment tout doucement ». Un commentaire déplacé ici, une restriction là-bas. Des choses qu’on minimise parce qu’on aime, parce qu’on espère, parce qu’on ne veut pas voir. Et puis un jour, on se retrouve à dépenser 40 000 euros pour quelqu’un qui vous surnomme « la source d’argent » dans votre dos.
En France, 376 000 femmes majeures ont été victimes de violences conjugales en 2023. Derrière ce chiffre, il y a des histoires comme celle d’Emma Paris — des histoires qui ressemblent parfois à des feuilletons de l’été, mais qui sont surtout des récits de survie. D’autres personnalités des réseaux sociaux ont connu des épreuves judiciaires ces derniers mois, rappelant que la notoriété en ligne ne protège de rien.
Pour Emma, la reconstruction passe par la thérapie et par l’écriture. Et par ce numéro qu’elle tient à rappeler : le 3919, « Violence Femmes Info », gratuit et anonyme, destiné à toutes les femmes victimes de violences. Géré par la Fédération nationale solidarité femmes, il propose écoute, information et orientation vers des dispositifs d’accompagnement.