Marie Portolano jugée pour diffamation envers Pierre Ménès aujourd’hui à Paris

Un livre, deux phrases, et trois ans de tensions. C’est ce qui se joue aujourd’hui devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, où Marie Portolano est jugée pour diffamation à la demande de Pierre Ménès. L’audience pourrait pourtant ne jamais avoir lieu, l’ancien chroniqueur ayant demandé un renvoi de dernière minute.
Un livre qui remet le feu aux poudres
Tout part d’un ouvrage publié en mars 2024 aux éditions Stock, Je suis la femme du plateau. La journaliste y raconte une agression sexuelle subie sur le plateau de Canal+ en 2016, sans jamais citer de nom. Trois mois après la sortie du livre, Pierre Ménès, alors âgé de 63 ans, décide de saisir la justice.
L’affaire ravive un souvenir douloureux pour le monde du football télévisé. En 2021 déjà, la diffusion du documentaire Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, coréalisé par Marie Portolano pour dénoncer le sexisme du milieu, avait provoqué la fin de la collaboration entre le chroniqueur et Canal+, après près de douze ans d’antenne. Ce type d’affaire rappelle d’autres dossiers récents dans le milieu du sport, comme les prises de position controversées de Pierre Ménès sur les réseaux, ou encore d’autres révélations glaçantes sur des figures du petit écran.
Les deux phrases au cœur du procès
Le procès porte précisément sur deux passages du livre. Dans le premier, sans jamais nommer le chroniqueur, Marie Portolano écrit qu’il « se permettait de faire ce que bon lui semblait aux femmes qui l’entouraient », évoquant des gestes non consentis. Le second passage est plus court, mais tout aussi lourd de sens : « Il avoue qu’il l’a fait ».
Ces mots renvoient à des images bien réelles, diffusées en 2021 après avoir été coupées au montage par Canal+, puis exhumées par le média Les Jours. On y voit Pierre Ménès reconnaître avoir soulevé la jupe de la journaliste devant le public du Canal Football Club, sans s’en souvenir précisément, tout en affirmant qu’il pourrait recommencer. Selon Les Jours, le chroniqueur lui aurait aussi attrapé les fesses, hors antenne mais face au public. Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête sur ces faits dès 2022. Ce genre de contentieux fait écho à d’autres affaires ayant révélé des comportements inappropriés dans les médias, tandis que plusieurs personnalités publiques font aujourd’hui face à des accusations similaires.

Un renvoi possible, et une position ambiguë de la journaliste
La défense de Pierre Ménès a demandé le report de l’audience, invoquant un rendez-vous médical à Rennes. Sa nouvelle avocate, Chloé Redon, a confirmé cette requête à l’AFP. Du côté de l’accusation, on n’y croit pas vraiment : Christophe Bigot, avocat de Marie Portolano et des éditions Stock, estime que l’ancien consultant « ne veut pas que cette affaire se plaide, parce que maintenant, il voit que ce n’est pas forcément très bien engagé ». Un climat de défiance qui rappelle les précédentes procédures visant la journaliste, régulièrement au cœur de polémiques médiatiques.
Fait notable : Marie Portolano, aujourd’hui présentatrice de La Maison des Maternelles sur France 2, n’a jamais porté plainte contre son ancien collègue. Elle a même publiquement déploré la « chasse à l’homme » qui a visé Pierre Ménès après les révélations, jugeant qu’il n’est pas « coupable » de « l’intégralité du sexisme en France ». Une nuance qui tranche avec la gravité des faits qu’elle décrit dans son livre. Si l’audience se tient bien, le verdict est attendu à l’issue du procès prévu ce 16 novembre.
Entre un livre qui accuse sans nommer et un chroniqueur qui refuse de laisser passer, ce procès illustre la difficulté de juger la parole quand les preuves restent des images à double lecture. Reste à savoir si la justice tranchera enfin, ou si le report demandé par la défense repoussera encore le verdict.