« On s’était engueulées, je ne sais même plus pourquoi » : Mathilde Seigner et le regret qui hante sa relation avec Nathalie Baye

Depuis la disparition de Nathalie Baye ce vendredi 17 avril 2026, les hommages se multiplient. Mais celui de Mathilde Seigner, livré dans les colonnes de Paris Match, tranche avec les communiqués convenus. L’actrice y raconte une amitié intense, presque maternelle, née sur le tournage de Vénus Beauté (Institut) en 1999 — et une brouille dont elle ne se rappelle même plus la cause. Des mots qui résonnent comme un adieu douloureux à celle qu’elle considérait comme sa « deuxième mère ».
Un tournage, et tout a basculé entre elles
Quand Tonie Marshall réunit Nathalie Baye et Mathilde Seigner pour Vénus Beauté (Institut), personne ne devine que ce film va sceller bien plus qu’une collaboration professionnelle. Le long-métrage, qui vaudra à sa réalisatrice le César du meilleur film et de la meilleure réalisation en 2000, devient le point de départ d’une relation hors normes entre les deux actrices.

« Après le tournage, nous sommes restées très proches. J’étais souvent collée chez elle, que ce soit dans son appartement parisien ou dans la Creuse », confie Mathilde Seigner à Paris Match. L’actrice de 58 ans ne parle pas d’une simple amitié entre collègues. Elle décrit un lien viscéral, quotidien, qui dépasse largement les limites du métier.
Nathalie Baye, de son côté, semble avoir adopté la cadette sans formalité. « Elle me considérait comme une ado, un peu comme sa deuxième fille », précise Mathilde Seigner. Un rôle maternel qui ne se limitait pas à la tendresse, loin de là.
Les engueulades d’une « mère » qui veillait au grain
Ceux qui connaissent Mathilde Seigner savent que la comédienne n’a jamais eu la langue dans sa poche. À l’époque de leur amitié, elle multipliait les interviews cash, disant tout haut ce que d’autres pensaient tout bas. Un franc-parler qui agaçait profondément Nathalie Baye.
« À l’époque, je donnais des interviews où je disais de manière assez cash ce que je pensais. Nathalie n’aimait pas et m’engueulait comme on gronde une gamine qui s’est mise en danger », raconte Mathilde Seigner. Pas une remontrance de collègue, mais un recadrage maternel. Le genre de scène qu’on reconnaît quand on a grandi avec une mère protectrice qui vous rattrape par le col avant que vous ne tombiez.

Cette dynamique mère-fille — avec ses joies, ses rires, mais aussi ses tensions — a fonctionné pendant des années. Elle a résisté aux tournages, aux absences, au rythme infernal du métier. Mais pas à tout.
Un refuge dans la Creuse, loin des projecteurs
Leur complicité ne s’exprimait pas uniquement dans le tourbillon parisien. Nathalie Baye possédait un pied-à-terre à Vallière, un petit bourg de 700 habitants niché dans la Creuse. C’est là, loin des plateaux et des flashs, que les deux femmes partageaient des moments de vie ordinaire.
France 3 Nouvelle-Aquitaine décrit joliment cette retraite creusoise comme le lieu d’une « notoriété douce ». L’actrice, ancienne compagne de Johnny Hallyday, y vivait sans escorte médiatique. Les riverains qui la croisaient au marché de Felletin la décrivent unanimement comme simple et avenante.
« Quand elle allait au marché, personne ne l’embêtait. Elle était chez elle ici. Je suis vraiment peinée, elle était tellement sympa, elle n’était pas fière », se souvient Marie-Edith Desjariges, une habitante du village. Un portrait qui colle parfaitement à l’image d’une femme capable de nouer des liens authentiques — y compris avec celle qu’elle traitait comme sa fille adoptive.
Pourtant, ce cocon partagé entre Paris et la Creuse n’a pas suffi à protéger leur relation de l’usure du temps. Et c’est peut-être ce qui rend le témoignage de Mathilde Seigner si douloureux.
Une dispute dont personne ne se souvient
Comment deux personnes aussi proches finissent-elles par ne plus se parler ? La réponse de Mathilde Seigner est d’une honnêteté brutale : elle ne sait pas. « On s’était engueulées, je ne sais même plus pourquoi… C’est idiot. Et c’est tellement dommage. Tellement triste », déplore l’actrice dans Paris Match.
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Pas de scandale, pas de trahison spectaculaire, pas de clash relayé en boucle par les médias. Juste une dispute — probablement banale — qui s’est fossilisée avec les années. Le genre de brouille où l’orgueil prend le relais quand l’émotion s’éteint. Où chaque jour qui passe sans un appel rend le suivant un peu plus difficile.
Ces mots résonnent d’autant plus fort que Mathilde Seigner, qui avait traversé d’autres épreuves familiales, avait déjà perdu son propre père en 2020. Elle connaît le poids des deuils inachevés, des conversations remises à plus tard qui n’auront finalement jamais lieu.
La maladie qui a tout emporté
Nathalie Baye souffrait de la maladie à corps de Lewy, une forme de démence neurodégénérative encore méconnue du grand public. C’est cette même pathologie qui avait emporté Catherine Laborde, l’ancienne présentatrice météo, le 28 janvier 2025. Michel Drucker avait révélé avoir repéré les premiers signes de la maladie chez l’actrice bien avant que celle-ci ne soit rendue publique.
La maladie à corps de Lewy se caractérise par des dépôts anormaux de protéines dans les cellules nerveuses du cerveau. Elle provoque des troubles cognitifs, des hallucinations visuelles et des fluctuations de l’attention qui rendent le quotidien progressivement impossible. Contrairement à Alzheimer, elle s’accompagne souvent de symptômes moteurs proches de ceux de Parkinson.
Savait-elle encore, dans ses derniers mois, que cette amitié avec Mathilde Seigner avait existé ? Que cette « deuxième fille » pensait encore à elle ? La maladie ne laisse aucune certitude sur ce point. Ce qui est sûr, c’est que la réconciliation espérée n’a jamais eu lieu.
France 2 lui rend hommage avec le film qui les avait réunies
Hasard du calendrier ou choix délibéré, France 2 a annoncé la diffusion de Vénus Beauté (Institut) dès le dimanche 19 avril à 21h10, en hommage à Nathalie Baye. Le film qui, vingt-sept ans plus tôt, avait fait naître cette amitié singulière entre les deux actrices.
Pour les téléspectateurs, ce sera l’occasion de redécouvrir une Nathalie Baye lumineuse, dans un rôle qui lui allait comme un gant. Pour Mathilde Seigner, qui partageait l’affiche, cette rediffusion prend évidemment une tout autre dimension. Revoir ces images, se souvenir de cette complicité naissante sur le plateau, et mesurer tout ce qui s’est passé — et défait — depuis.
Laura Smet, la fille de Nathalie Baye, a elle aussi brisé le silence après la mort de sa mère. Son parrain Dominique Besnehard a rappelé qu’en huit ans, la jeune femme était devenue orpheline de ses deux parents, après le décès de Johnny Hallyday en 2017.
Le regret comme dernier mot
Le témoignage de Mathilde Seigner n’est pas une anecdote de plateau glissée dans une interview promotionnelle. C’est un adieu public, sincère, à une femme qui a compté dans sa vie comme peu de gens l’ont fait. Et surtout, c’est l’aveu d’un regret immense : celui de ne pas avoir décroché ce téléphone, de ne pas avoir fait ce pas que l’orgueil empêchait.
Les obsèques de Nathalie Baye devraient avoir lieu dans les prochains jours. Nul ne sait si Mathilde Seigner y assistera. Mais ses mots dans Paris Match disent déjà tout ce qu’une présence silencieuse ne pourra jamais exprimer.
La leçon, universelle, tient en une phrase qu’elle aurait pu adresser à n’importe qui : ne laissez jamais une dispute dont vous ne vous souvenez même plus vous priver de quelqu’un que vous aimez. Car un jour, il est trop tard.