« C’étaient les premiers signes » : Michel Drucker révèle le moment où Nathalie Baye ne pouvait plus cacher sa maladie
Nathalie Baye s’est éteinte ce vendredi 17 avril à son domicile parisien, à l’âge de 77 ans. Si ses proches ont confirmé à l’AFP qu’elle souffrait de la maladie à corps de Lewy, l’actrice aux quatre César avait toujours gardé ce combat dans le plus grand secret. Mais au lendemain de sa disparition, Michel Drucker a brisé le silence sur CNews et livré un souvenir douloureux : le jour précis où la comédienne n’a plus réussi à masquer les premiers symptômes de sa maladie.
Une bataille menée dans le plus grand secret
Pendant des années, Nathalie Baye a réussi à tenir le monde entier à distance de sa souffrance. Ni les plateaux de tournage ni les proches du milieu n’avaient officiellement connaissance de son diagnostic. La maladie à corps de Lewy, encore mal connue du grand public, est pourtant la deuxième cause de démence neurodégénérative après Alzheimer. Elle provoque des troubles cognitifs, des hallucinations, des problèmes moteurs et, progressivement, une perte d’autonomie.

Cette même pathologie avait frappé Catherine Laborde, disparue elle aussi après un long combat public contre la maladie. Mais là où l’ancienne présentatrice météo avait choisi de médiatiser son parcours, Nathalie Baye a opté pour le silence total. Un silence que Michel Drucker a finalement rompu samedi 18 avril, sur le plateau de CNews, avec une émotion palpable.
Ce jour au théâtre des Nouveautés où tout a basculé
L’animateur de Vivement dimanche a raconté une scène qui l’a visiblement marqué. « Il y a quatre ou cinq ans, elle devait jouer une pièce au théâtre des Nouveautés. C’étaient les premiers signes de sa maladie puisqu’elle avait du mal à lire son texte », a-t-il confié. Un aveu qui situe les premières manifestations visibles de la maladie aux alentours de 2021 ou 2022, alors que Nathalie Baye avait environ 73 ans.
Pour une actrice habituée à dévorer les scénarios et à enchaîner les rôles depuis les années 1970, ne plus réussir à déchiffrer un texte de théâtre était un signal d’alerte brutal. Michel Drucker, qui la connaissait depuis des décennies, a mesuré la gravité de l’instant. Mais fidèle à son admiration pour la comédienne, il a tenu à replacer ce moment dans le contexte d’une carrière exceptionnelle.

« Elle n’a pas eu quatre César par hasard. C’était quelqu’un qui comptait dans le métier », a-t-il insisté sur le plateau. Quatre récompenses suprêmes du cinéma français, obtenues entre 1982 et 2000, qui témoignent d’une longévité et d’une exigence artistique rares. C’est précisément cette stature qui rend le récit de Drucker si poignant : la maladie s’attaquait à l’outil même de son art.
« Brillante, éclectique et polyvalente » : l’hommage d’un ami de longue date
Au-delà de cette révélation, le présentateur a dressé un portrait vibrant de celle qu’il considérait comme une personnalité hors du commun. « Douée pour tout », « brillante, éclectique et polyvalente » : les qualificatifs se sont enchaînés pour décrire une femme capable de passer du drame au registre comique, du cinéma d’auteur aux grandes productions populaires, sans jamais perdre sa crédibilité.
Drucker a également eu une pensée appuyée pour Laura Smet, fille unique de Nathalie Baye et Johnny Hallyday. « Je pense évidemment à Laura. À sa fille, Laura Smet, que j’allais voir pianoter quand elle avait 6 ou 7 ans », a-t-il confié, laissant transparaître des années de proximité avec la famille. Un lien qui dépasse largement le cadre professionnel et qui explique pourquoi l’animateur a accepté de partager ce souvenir intime au lendemain du décès.
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L’émotion était d’autant plus forte que cette disparition survient dans une période particulièrement sombre pour le monde du spectacle français. La veille, Nadia Farès perdait la vie à seulement 57 ans, retrouvée inanimée dans une piscine parisienne. Deux actrices majeures parties en l’espace de quelques heures.
La maladie à corps de Lewy : une pathologie encore trop méconnue
Si la maladie d’Alzheimer est désormais identifiée par la majorité des Français, la maladie à corps de Lewy reste largement ignorée. Elle touche pourtant environ 200 000 personnes en France selon les estimations de France Alzheimer. Son nom vient des dépôts anormaux de protéines — les « corps de Lewy » — qui se forment dans les cellules nerveuses du cerveau et perturbent progressivement son fonctionnement.

Les symptômes sont particulièrement déroutants car ils combinent des troubles que l’on associe habituellement à des maladies distinctes : fluctuations de l’attention et de la vigilance (comme Alzheimer), rigidité musculaire et lenteur des mouvements (comme Parkinson), hallucinations visuelles récurrentes et troubles du sommeil. Cette combinaison rend le diagnostic difficile, et de nombreux patients sont d’abord orientés vers un autre diagnostic avant que la maladie à corps de Lewy ne soit identifiée.
Catherine Laborde, qui en souffrait également, avait décrit publiquement ses hallucinations et la dégradation progressive de ses capacités. Ses derniers instants avaient ému la France entière. Le fait que Nathalie Baye ait été touchée par la même pathologie contribue, malgré la tristesse, à mettre en lumière une maladie qui nécessite encore de nombreuses avancées en termes de recherche et de prise en charge.
Un portrait filmé dans la Creuse en guise d’adieu
En guise de dernier hommage, Michel Drucker a annoncé qu’il rediffuserait prochainement un portrait de Nathalie Baye, filmé dans la Creuse où l’actrice avait choisi de résider loin de l’agitation parisienne. Un lieu de retraite qui en dit long sur la personnalité de la comédienne : discrète, attachée à la terre, éloignée des mondanités malgré une carrière au sommet du cinéma français.
Ce portrait, tourné pour son émission, sera l’occasion de redécouvrir une Nathalie Baye intime, dans le cadre qu’elle aimait. L’animateur emblématique de France Télévisions, habitué à rendre hommage aux grandes figures du paysage audiovisuel et culturel, semble vouloir offrir au public un souvenir lumineux plutôt qu’un récit centré sur la maladie.
Nathalie Baye laisse derrière elle une filmographie immense — plus de 80 films, de La Nuit américaine de Truffaut à Laurence Anyways de Xavier Dolan — et une fille, Laura Smet, elle-même devenue actrice et mère du petit Léo. La mémoire émotionnelle résiste souvent plus longtemps que la mémoire factuelle dans les maladies neurodégénératives. On peut espérer que, jusqu’au bout, l’actrice a gardé intacte la chaleur des liens qui l’unissaient à ceux qu’elle aimait.