« On ne veut pas voler vos maris » : ces créatrices OnlyFans bannies par leurs voisins racontent

Il y a le boulot qu’on affiche fièrement au barbecue du dimanche, et il y a celui qu’on planque. Pour Emily Mai et Holly Johnston, créatrices de contenu adulte, la deuxième catégorie s’impose depuis longtemps. Pas à cause des trolls du web, mais à cause de leurs propres voisins. Ce qu’elles décrivent ressemble à un huis clos de banlieue résidentielle, entre chuchotements, invitations annulées et accusations aussi absurdes que blessantes.
Quand le quartier se transforme en tribunal
Emily Mai, 35 ans, cumule plus de 16 000 abonnés sur les réseaux sociaux. Rien d’exceptionnel à l’échelle d’internet, mais suffisant pour qu’une voisine tombe un jour sur son activité par hasard. La suite ? Une véritable croisade de quartier.
« Elle a essayé de monter tout le monde contre moi, elle est venue chez moi mais refusait d’entrer… et pourtant on n’était même pas amies », raconte Emily. Ce genre de mise à l’écart n’est pas sans rappeler d’autres histoires où la rumeur numérique détruit une réputation en quelques heures, comme cette arnaque par deepfake qui a piégé une retraitée entière sur la seule base d’une vidéo trafiquée.
Le silence radio s’est installé. Plus de bonjour par-dessus la clôture, plus d’invitations aux anniversaires des enfants. Un traitement qu’Emily résume avec une pointe d’ironie amère : « pourquoi ce que je fais les affecte-t-il ? Je ne cherche pas leurs maris. » La comparaison avec d’autres formes de jugement social, comme celles vécues par certaines personnalités publiques accusées à tort, n’est jamais loin dans ce type de récit.
L’accusation qui revient sans cesse : voler les maris
Le point commun entre les témoignages d’Emily et de Holly Johnston, star américaine forte de 1,7 million d’abonnés, c’est cette même accusation absurde répétée en boucle : elles seraient une menace pour les couples du voisinage. Une théorie qu’aucune des deux ne comprend vraiment.
« Si on volait chaque mari ou petit ami à qui on parle, on serait ruinées à force de jongler entre les relations », lance Emily, mi-amusée mi-exaspérée. Pour elle, il s’agit d’un service transactionnel, ni plus ni moins : « si vous voulez me voir nue, vous pouvez… il suffit de payer. »
Cette stigmatisation a fini par avoir un coût très concret sur sa vie sociale. Emily a fini par mentir purement et simplement à ses nouveaux voisins sur son métier. « Je dis que je travaille en tant qu’assistante virtuelle. Depuis, plus personne ne bronche, ils trouvent ça ennuyeux », confie-t-elle. Une pirouette qu’elle assume à moitié, puisque « l’administratif fait quand même une grosse partie de mon travail ».
De son côté, Holly a vécu un épisode bien plus violent. Un article la concernant a circulé dans un groupe Facebook local rassemblant des milliers de membres, adolescents compris. Une capture d’écran d’elle a été partagée avec des commentaires qualifiant sa présence de « dégoûtante ». Un parent est même allé jusqu’à écrire qu’elle « ne devrait pas être autorisée près de nos enfants ».

« Je fais juste ce que tout le monde fait, mais je suis payée »
Face à ce déferlement, Holly refuse pourtant de baisser les bras. Ce qui la frappe, c’est l’hypocrisie du jugement porté sur son activité. « Je fais exactement ce que font les autres…
les femmes célibataires envoient des photos et couchent avec des hommes, elles font tout ce que je fais, simplement pas devant une caméra », argumente-t-elle.
Un raisonnement qui rejoint d’ailleurs des débats plus larges sur la manière dont la société traite différemment des comportements identiques selon qu’ils sont monétisés ou non, un sujet qui traverse aussi l’industrie de la mode et de l’image aujourd’hui.
Holly insiste sur un point : dès que la caméra s’éteint, elle redevient une mère attentive pour ses deux enfants. Ce revenu, loin d’être anecdotique, transforme concrètement leur avenir. « Beaucoup de parents galèrent au moment de penser aux études supérieures. Ma fille n’aura pas à s’inquiéter de payer, elle n’aura pas de prêt étudiant à rembourser », explique-t-elle, presque soulagée de pouvoir offrir cette sécurité.
Pour Emily comme pour Holly, le vrai combat n’est donc pas commercial. Leurs comptes tournent, leurs revenus sont solides, leur indépendance financière est acquise. La bataille se joue ailleurs, dans le regard des gens qui vivent à quelques mètres de chez elles. Convaincre un voisinage entier qu’on est une personne banale, malgré un métier jugé sulfureux, s’avère parfois plus compliqué que de faire prospérer une activité en ligne.
Deux femmes, deux continents, la même mécanique sociale qui broie sans nuance. Le mensonge sur sa profession ou l’affrontement public : voilà les deux seules options qu’un quartier bien-pensant semble laisser à ces créatrices. Et vous, auriez-vous deviné qu’une simple activité en ligne pouvait vider un carnet d’adresses aussi vite qu’un scandale de voisinage ?