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« Ce mec est dangereux » : comment les Enfoirés ont tenté de protéger les bénévoles de Patrick Bruel pendant des années

Publié par Cassandre le 02 Juin 2026 à 8:06

Patrick Bruel était l’artiste le plus fidèle des Enfoirés. 33 participations depuis 1993, un record absolu dans la troupe des Restos du Cœur. Mais derrière les sourires de fin de concert, des mises en garde circulaient en coulisses depuis près de vingt ans. Le 1er juin 2026, Mediapart a publié des témoignages qui révèlent l’ampleur d’un système d’alerte informel dont personne, jusqu’ici, n’avait mesuré la portée.

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Patrick Bruel aux Enfoirés : 33 ans de présence et un retrait soudain

Vendredi 29 mai 2026, le chanteur a annoncé se mettre en retrait de la troupe. Dans un message adressé aux autres artistes, il a déclaré ne vouloir mettre « aucune ni aucun d’entre vous dans un quelconque embarras ». Il a ajouté espérer revenir « lorsque la justice aura prouvé mon innocence ». Ce départ intervient alors que Patrick Bruel est visé depuis plusieurs semaines par une série d’accusations de viols et de violences sexuelles. Des manifestants se sont rassemblés devant l’un de ses lieux de séjour dans le Vaucluse. Au sein de la troupe, la réaction a été immédiate : personne n’a publiquement contesté son départ. Un silence qui en dit long sur ce que les membres savaient déjà.

Des réunions d’information dès 2012 pour alerter sur son comportement

Selon l’enquête de Mediapart, les alertes ne datent pas d’hier. En 2012, lors des concerts à Lyon, Sophie B., responsable des bénévoles, aurait conseillé en réunion de « faire attention à un chanteur qui avait les mains baladeuses » — sans le nommer devant tout le monde. En petit comité féminin, elle aurait ensuite désigné clairement Patrick Bruel. Une bénévole a confié à Mediapart que la responsable leur demandait « de ne pas trop s’approcher de lui » et qu’elle était « parfois obligée de le recadrer ». À l’époque, les bénévoles pensaient simplement avoir affaire à un « coureur de jupons » qui invitait chaque soir une femme du public à visiter sa loge. Mais le mot « protéger » revenait déjà dans la bouche de Sophie B.

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« J’ai dit le mot prédateur » : le témoignage glaçant d’un membre de l’équipe

Briser le silence après des années, c’est exactement ce qu’a fait un membre de l’équipe technique. Dès 2007, à Nantes, il affirme avoir vu Patrick Bruel « rôder » autour d’une jeune femme. Douze ans plus tard, en 2019, lors de la fête des techniciens, il aurait observé une bénévole repousser le chanteur « violemment » à « deux reprises ». Ce soir-là, il a décidé d’agir. En voyant une autre femme discuter avec le père d’Oscar et Léon, il est allé la prévenir directement : « Je te préviens, ce mec est dangereux. J’ai dit le mot prédateur. » De son côté, l’organisation des Enfoirés a confirmé à Mediapart qu’un « certain nombre d’actions de prévention et de lutte contre les violences et harcèlement sexistes et sexuels » ont été mises en place depuis trois ans. Mais elle a tenu à préciser qu’il n’existait « aucun dispositif particulier autour de Patrick Bruel ».

Des mises en garde murmurées pendant près de vingt ans, un mot — « prédateur » — prononcé entre deux concerts, et pourtant aucun dispositif officiel ciblant le chanteur. Toute la mécanique de l’alerte informelle résumée en un paradoxe. Reste une question qui dépasse largement la troupe des Enfoirés : combien de structures associatives, culturelles ou sportives fonctionnent encore aujourd’hui sur ce modèle du « on prévient à demi-mot, mais on ne signale jamais » ?

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