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Philippe Bouvard : le créateur des « Grosses Têtes » est mort à 96 ans

Publié par Hannah le 24 Août 2026 à 9:11
Philippe Bouvard est mort à 96 ans : « Vous resterez l'un de mes maîtres » avait dit Ruquier

Il l’avait dit lui-même, avec cette ironie qui a fait sa marque : n’aimant pas les enterrements, il ferait le mort pour ne pas assister au sien. Philippe Bouvard s’est éteint à l’âge de 96 ans, une nouvelle annoncée par son épouse à RTL ce lundi.

Derrière la boutade se cache une carrière fleuve, faite de 15 000 heures de télévision et 25 000 heures de radio. Retour sur l’homme qui a inventé un genre entier.

Un gamin du 9e arrondissement devenu la terreur des mondains

Né le 6 décembre 1929 d’une mère opticienne abandonnée par son mari le jour de l’accouchement, le petit Philippe Bouvard grandit square Anvers, où il s’imagine en Napoléon face à ses camarades. La guerre frappe durement : ses parents sont juifs, la famille change dix fois de domicile pour échapper aux rafles. Son père adoptif, engagé dans la résistance, doit son salut à l’intervention du fondateur de la Grande Mosquée de Paris.

Après un triple échec au bachot, direction le Centre de formation des journalistes, où il se fait pincer pour avoir rédigé les copies de ses camarades contre rémunération. Une époque révolue où l’on entrait dans le métier autrement. Le Figaro l’embauche à 23 ans comme garçon de courses. Il gravit les échelons jusqu’à devenir chroniqueur parisien, terrorisant les mondains avec sa plume acérée. Son livre Un Oursin dans le caviar se vend à 850 000 exemplaires.

Entre 1967 et 1974, il dirige France-Soir tout en animant RTL et en faisant dialoguer Maurice Chevalier ou Isabelle Adjani sur Antenne 2. Sa causticité, parfois proche de la méchanceté, devient sa signature. Cette époque de la télévision naissante lui offre un terrain de jeu total, où tout restait encore à inventer.

1977, la naissance d’un monument radiophonique

C’est en 1977 que naissent Les Grosses Têtes, reprise d’une émission d’avant-guerre baptisée « Les incollables ». Autour de lui, Jacques Martin, Jean Dutourd ou Jacques Balutin posent les bases d’une ambiance spirituelle mais jamais guindée, vite teintée de grivoiseries assumées. Bouvard distribue la parole avec un art consommé, citant Alphonse Allais ou Sacha Guitry en ouverture d’émission.

La troupe change au fil des décennies : Léon Zitrone, Patrick Sébastien, Carlos, Isabelle Mergault, Michel Galabru défilent au micro. Dans les années 1980, l’animateur fait travailler six secrétaires et rédige ses textes sur papier rose avec un stylo en or, dans une berline conduite par son chauffeur Marcel. Il revendique quinze heures de travail quotidien, un rythme que peu ont tenu aussi longtemps.

Transposées sur TF1 entre 1992 et 1997, Les Grosses Têtes réunissent parfois plus de dix millions de téléspectateurs, avec Sim, Michel Serrault ou Henri Salvador. Au milieu des années 1990, l’audience radio dépasse les deux millions d’auditeurs quotidiens. Le Théâtre de Bouvard, créé en 1982, révèle de son côté Didier Bourdon, Pascal Légitimus, Bernard Campan et Muriel Robin, avant que l’animateur ne rachète le théâtre Bobino en 1990.

philippe bouvard etat sante danger

L’éviction, la fidélité au verbe et le dernier livre à 92 ans

En 2000, RTL le remercie à ses 70 ans. Christophe Dechavanne prend sa place, mais des centaines de milliers d’auditeurs désertent l’antenne. Bouvard revient, sans jamais retrouver sa splendeur d’antan : une partie de sa bande a suivi Laurent Ruquier sur Europe 1, où « On va se gêner » a dépoussiéré le concept. Il est définitivement écarté en 2014, un coup dur qu’il n’a jamais vraiment digéré.

Loin de raccrocher, il continue de dicter ses chroniques au Figaro Magazine, puis à VSD et Midi-Libre après 2020. « L’idée qu’on puisse se passer de moi m’est insupportable », confiait-il dans La Belle Vie après 70 ans. Avec 65 livres publiés, dont le roman Pâle ordure, il incarnait une graphomanie qu’il commentait lui-même avec malice : « Avoir tellement écrit sans laisser une œuvre, quelle performance ! »

À 92 ans, il livre un ultime ouvrage, Le petit monde de Don Bouvardo, recueil de souvenirs où il confesse avoir voulu « faire le bien et faire une œuvre ». Athée mais spirituel, il concluait sobrement : « Si je n’ai pas compris grand-chose au grand livre de la vie, du moins ai-je su en tourner les pages… » Une phrase qui résume, mieux que n’importe quel hommage, six décennies passées derrière un micro.

De l’Oursin dans le caviar au petit monde de Don Bouvardo, Philippe Bouvard aura passé sa vie à raconter les autres tout en se racontant lui-même. Une manière bien à lui de rester, jusqu’au bout, incollable.

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