La Courneuve : ce député-maire occupe le logement social qu’il dénonçait chez son prédécesseur en 2022

Il y a des tweets qu’on regrette d’avoir écrits. Surtout quand ils reviennent vous hanter quatre ans plus tard, mot pour mot. Aly Diouara, aujourd’hui député-maire de La Courneuve, en fait l’amère expérience depuis quelques jours.
Car l’élu insoumis se trouve aujourd’hui dans une situation qu’il avait lui-même jugée scandaleuse chez un autre. Et l’histoire, cette fois, ne lui laisse aucune marge de manœuvre.
Un tweet de 2022 qui n’a pas pris une ride
Retour en décembre 2022. Aly Diouara n’est encore ni député ni maire. Il s’en prend violemment à Gilles Poux, alors maire de La Courneuve, sur deux fronts bien précis. D’abord le cumul des fonctions, qu’il chiffre à 8 000 euros par mois d’argent public.
Ensuite, et c’est le point qui va lui revenir en boomerang, le logement de l’édile. Diouara dénonce un maire qui occupe un logement social alors que 3 000 demandeurs patientent dans la même ville pour en obtenir un.
La formule qui accompagne cette charge fait le tour des réseaux locaux : « Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. » Une punchline efficace, tranchante, qui pose clairement les termes du débat : un élu ne devrait pas cumuler pouvoir, salaire confortable et avantage social réservé aux plus modestes.
Le message est limpide à l’époque. Il ne le sera plus tout à fait autant quatre ans plus tard, quand les rôles s’inverseront complètement pour celui qui distribuait alors les leçons.
Devenu maire, il assume occuper le même type de logement
Élu député en 2024, puis maire de La Courneuve en mars 2026, Aly Diouara se retrouve exactement dans la position qu’il fustigeait autrefois. Il occupe toujours, en tant que maire, un logement social dans sa commune.
Face à la polémique qui monte, il ne cherche pas à se dérober. Le 12 août, il publie un message assumant frontalement la situation : « Oui, je bénéficie d’un logement social. » Il précise agir dans le respect des règles applicables et affirme avoir tenté, sans succès, de rejoindre le parc privé.
Rien ne permet d’affirmer qu’il occuperait ce logement de manière illégale. La contradiction ne se situe pas là. Elle tient au raisonnement lui-même : en 2022, il jugeait inacceptable qu’un maire garde un HLM dans un parc saturé. En 2026, devenu maire, il explique que son propre maintien dans ce même parc est parfaitement légitime.
Un retournement qui n’échappe à personne, et qui pourrait presque passer pour une anecdote isolée. Sauf qu’une seconde situation, tout aussi embarrassante, s’ajoute à la première.
Le cumul qu’il dénonçait hier, il le pratique aujourd’hui
Depuis son élection à la mairie, Aly Diouara cumule provisoirement ses fonctions de maire et de député. La raison : un recours contestant le scrutin municipal, qui lui permet légalement de conserver ses deux mandats tant que le contentieux n’est pas tranché.
Ce cumul temporaire n’est pas anodin sur le plan financier. Il continue de percevoir son indemnité parlementaire, estimée à environ 7 600 euros brut par mois, tout en ayant suspendu, selon ses propres déclarations, le versement de son indemnité de maire.
Le recours en question a été déposé le 17 avril par un certain Nabil Touchna, présenté par Le Canard enchaîné comme un proche ayant soutenu sa campagne. Ce seul lien ne prouve évidemment pas que la procédure aurait été orchestrée pour lui permettre de conserver son siège à l’Assemblée.
Mais la situation lui est objectivement favorable. Elle repousse le moment où il devra choisir définitivement entre l’hémicycle et l’hôtel de ville, tout en continuant à cumuler les deux indemnités liées.
En 2022, Aly Diouara dénonçait un maire cumulard logé en HLM. En 2026, il est député-maire, toujours locataire d’un logement social, et provisoirement titulaire de deux mandats à la fois.
Pour celui qui manie volontiers la formule choc contre les puissants, les archives de Twitter se révèlent particulièrement cruelles. Ce qui semblait scandaleux chez les autres devient, curieusement, beaucoup plus supportable une fois qu’on est soi-même concerné.