« Il vous fixe de ses yeux bleu acier » : l’ancienne plume de Macron raconte ses 5 ans à l’Élysée

Elle avait 24 ans quand elle a franchi les grilles de l’Élysée. À l’époque, personne n’aurait parié qu’une jeune diplômée fraîchement sortie de l’École normale supérieure allait devenir la plume de l’un des présidents les plus scrutés de la Ve République.
Cinq ans plus tard, Astrid Roucher a quitté le Palais. Et elle a choisi de raconter, dans un livre, ce que personne ne voit jamais : ce qui se passe vraiment derrière chaque discours présidentiel.
Une jeune recrue face au Président, dans le salon vert
Tout commence en 2020. Astrid Roucher intègre la présidence comme chargée de contenu éditorial, avant de gravir les échelons jusqu’au poste de conseillère discours. Un métier de l’ombre, exigeant, où chaque mot compte double quand il sort de la bouche du chef de l’État.
Son terrain de jeu : le salon vert, cette pièce où Emmanuel Macron réunit son cercle rapproché. C’est là que tout commence pour elle, lors d’un premier échange qu’elle n’est pas près d’oublier. Comme dans d’autres récits sur les coulisses du pouvoir, notamment autour des déclarations récentes de Macron sur son avenir politique, l’ambiance au sommet de l’État reste un mystère pour la plupart des Français.
Dans ce salon, la jeune femme doit défendre une idée en quelques secondes à peine, sous le regard du Président. Une épreuve qu’elle raconte aujourd’hui dans La plume et le prince, un livre présenté comme un conte, mais bâti sur des faits réels. Un exercice d’équilibriste qui rappelle, par certains aspects, la manière dont les coulisses politiques nourrissent aussi des sujets comme les tensions géopolitiques qui pèsent sur la France.
« Vous n’avez que dix secondes » : le choc du premier face-à-face
C’est la scène qu’elle décrit avec le plus de précision. À peine trois mètres séparent la jeune recrue du Président. Pas de préambule, pas de temps mort. « Vous êtes à peine à trois mètres de lui. Il vous fixe de ses yeux bleu acier et le rouge vous monte aussitôt aux joues », confie-t-elle. Dix secondes pour convaincre. Pas une de plus.
Mais la sidération ne dure pas. Très vite, Astrid Roucher est happée par le rythme de l’Élysée, cadencé, sans répit, où l’urgence laisse peu de place à l’intimidation. « On est tout de suite dans l’action, on n’a pas le temps d’être intimidée », résume-t-elle, avant d’ajouter à propos du chef de l’État : « Il sait vous mettre à l’aise. »
Écrire pour Emmanuel Macron implique un travail de fond considérable : lectures, documentaires, échanges avec les conseillers spécialisés. L’obsession de la jeune femme ? Traquer le jargon, alléger les textes, viser des discours de moins de vingt minutes. Une discipline d’écriture qui n’est pas sans rappeler les efforts de clarté attendus dans d’autres domaines de communication publique, à l’image des débats récents autour du télétravail obligatoire envisagé par Bruxelles.

« Je passe la dernière couche de vernis » : la mécanique secrète des discours présidentiels
Une fois le texte validé avec les interlocuteurs concernés, le Président reprenait toujours la main. C’est le cœur du processus, celui qu’Astrid Roucher détaille le plus finement dans son ouvrage. « Une fois qu’on s’est mis d’accord, je passe la dernière couche de vernis et je lui transmets. Il relit, il amende, il met sa patte », raconte-t-elle. Un rituel presque artisanal, répété des centaines de fois en cinq ans.
Avec le temps, la relation évolue. « Avec les années, il me corrigeait moins, c’était gratifiant », glisse-t-elle, preuve d’une confiance construite discours après discours. Elle finit par intégrer les logiques du Président, sa rhétorique, sa vision de la France, sans pour autant renier ses propres convictions.
Parmi les textes qui l’ont le plus marquée : l’allocution du 80e anniversaire du Débarquement, le 6 juin 2024, et l’hommage aux victimes françaises des attentats du 7 octobre en Israël.
Deux moments où chaque mot devait porter le poids de l’Histoire, un exercice qui n’est pas sans écho avec d’autres récits marquants sur la manière dont la France traverse ses crises, comme celui autour des incendies dans le Sud-Ouest et l’intervention de l’État.
Après cinq ans, Astrid Roucher tranche : « Je ne voulais pas devenir une photocopieuse de moi-même. » Depuis janvier 2026, elle a rejoint le musée de l’Armée, renouant avec sa formation en histoire de l’art.
Cinq ans à choisir les mots d’un Président, puis le choix de les laisser derrière soi pour raconter l’Histoire autrement. Astrid Roucher referme un chapitre rare de la vie élyséenne, celui des plumes de l’ombre qui façonnent la parole présidentielle sans jamais la signer. Reste une question : combien d’autres conseillers discours porteront un jour, eux aussi, leur propre récit au grand jour ?