Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : Attal veut court-circuiter Macron avec un référendum
La loi devait protéger 1,5 million d’enfants des dérives des réseaux sociaux. Vendredi, le Conseil constitutionnel a tout fait basculer en la censurant sèchement. Un candidat à la présidentielle y voit une occasion inespérée de reprendre la main, et il ne compte pas y aller par quatre chemins.

Une loi censurée, un dossier qui s’enlise
Tout semblait pourtant calé. Le Parlement avait adopté un texte pour interdire l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans, une mesure très attendue par les parents inquiets des effets des algorithmes sur leurs enfants. Mais vendredi, le Conseil constitutionnel a douché ces espoirs en jugeant que la loi portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et de communication.
Emmanuel Macron n’a pas traîné. Dès l’annonce de la censure, il a demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu de préparer une nouvelle version du texte, cette fois « juridiquement robuste ». Sauf que réécrire une loi, la faire voter, puis attendre sa promulgation, ça prend du temps.
Et le temps, justement, c’est ce qui manque le plus dans ce dossier, comme le montrent d’autres débats de société où chaque mois compte, à l’image de la bataille autour de l’audiovisuel public.
C’est là qu’entre en scène Gabriel Attal. L’ex-Premier ministre, désormais candidat Renaissance à la présidentielle, s’était fortement impliqué dans les travaux parlementaires ayant abouti à cette loi.
Il refuse de voir tout ce travail réduit à néant par une simple censure juridique, et il a une idée bien précise pour éviter que le dossier ne s’enlise encore des mois, un scénario qui rappelle d’autres réformes retardées comme celle sur les petits commerces français en difficulté.
Le référendum, l’arme choisie par Attal
Dans une tribune publiée dimanche dans La Tribune, Gabriel Attal ne mâche pas ses mots. Il demande directement à Emmanuel Macron de soumettre au peuple français, par référendum, ce nouveau dispositif d’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.
Son argument est simple : 21 ans. C’est le temps écoulé depuis que les Français n’ont pas été consultés directement par référendum. « Pour tant de Français, dont je fais partie, c’est incompréhensible », écrit-il, avant d’ajouter qu’il existe peu d’occasions aussi justes de leur redonner la parole.
Mais l’argument le plus percutant d’Attal reste celui du chronomètre. Selon lui, repartir de zéro avec une nouvelle procédure législative classique prendrait jusqu’à deux ans avant que l’interdiction n’entre réellement en vigueur. Un délai qu’il juge inacceptable au regard de ce qui se joue chaque jour derrière les écrans, un peu comme certaines alertes sanitaires urgentes, à l’image de celles lancées récemment sur les risques sanitaires liés à la canicule.
1h47 par jour dans les griffes des algorithmes
Le débat sur nos données personnelles et leur exploitation par les plateformes numériques n’est jamais bien loin de ce dossier. Gabriel Attal, lui, met un chiffre glaçant sur la table pour justifier l’urgence de sa demande.

1h47 par jour dans les griffes des algorithmes
« C’est 1,5 million d’enfants que nous laisserions, chaque jour, pendant 1h47 en moyenne, dans les griffes des algorithmes », affirme-t-il dans sa tribune. Une formule choc, pensée pour marquer les esprits et justifier le recours à une procédure exceptionnelle plutôt qu’à la voie parlementaire classique.
Sur le plan juridique, Attal ne s’aventure pas en terrain inconnu. Il estime qu’une loi de protection de l’enfance contenant une interdiction des réseaux sociaux relève de « la politique sociale » de la Nation, et qu’elle entrerait donc dans le champ d’application de l’article 11 de la Constitution, celui qui permet justement au président de la République de recourir au référendum.
Reste que la décision finale ne lui appartient pas. C’est bien Emmanuel Macron qui décidera, ou non, de suivre cette proposition. Or le chef de l’État touche à la fin de son mandat, et cette réforme sur les réseaux sociaux fait partie de celles qu’il souhaite absolument concrétiser avant de passer la main, tout comme d’autres sujets de société qui agitent la sphère politique, à l’image des tensions autour de la présidentielle de 2027.
Les commentaires des internautes, nombreux depuis l’annonce, montrent une France divisée : certains saluent l’idée d’un référendum et réclament d’autres consultations populaires, d’autres estiment que c’est aux parents, et non aux politiques, de gérer l’exposition de leurs enfants aux écrans.
Entre urgence sanitaire, bataille constitutionnelle et calcul présidentiel, ce dossier n’a pas fini de faire parler. Reste une question simple, celle que tout le monde se pose désormais : Emmanuel Macron osera-t-il vraiment consulter les Français, à quelques mois seulement de la fin de son mandat ?