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Champagne à 88 € en Espagne, kits de dégustation en Gironde : Bardella recalé, il paiera de sa poche

Publié par Elodie le 10 Août 2026 à 11:13

Une bouteille de champagne offerte à Madrid, des dizaines de kits de dégustation en Gironde : sur le papier, ça sent la campagne bon enfant. Sauf que la justice administrative n’a pas vu les choses de cet œil. Jordan Bardella vient d’apprendre qu’il devra régler ces additions de sa propre poche.

Jordan Bardella

Et l’histoire ne s’arrête pas à un simple geste de courtoisie mal remboursé : c’est tout un pan de ses comptes de campagne qui vient d’être retoqué, pour un montant qui donne le vertige.

Un cadeau diplomatique qui tourne mal

Tout commence en marge d’un meeting à Madrid, où le président du Rassemblement National avait offert une bouteille de champagne à Santiago Abascal, le chef du parti espagnol d’extrême droite Vox. Un geste courant entre alliés politiques, presque anodin. Sauf que la facture, elle, s’élevait à 88 euros, et que Bardella espérait bien la faire prendre en charge par l’État français au titre de sa campagne pour les élections européennes du 9 juin 2024.

Mauvaise pioche. La première chambre de la cour administrative d’appel de Paris a tranché le 17 juillet, dans une décision révélée début août 2026 : ce cadeau relevait de la courtoisie diplomatique, pas de la conquête électorale. Autrement dit, offrir du champagne à un dirigeant étranger ne fait pas gagner une seule voix française.

La règle est limpide, presque cruelle de simplicité : une dépense n’est remboursable que si elle vise à recueillir les suffrages des électeurs hexagonaux. Un partenaire politique espagnol, aussi précieux soit-il pour les alliances européennes, ne coche pas cette case.

Le timing n’arrange rien à l’affaire. Quelques semaines avant cette décision, le parquet européen avait déjà ouvert une enquête distincte sur des soupçons de fraude liés à des fonds de formation, ajoutant une couche de suspicion à des comptes déjà passés au crible. Comme un symptôme d’une gestion financière que la justice scrute désormais de très près.

Les kits de dégustation aussi retoqués

Direction la Gironde, cette fois, et plus précisément le Printemps des vins de Blaye, où le candidat RN s’était rendu le 13 avril 2024. Sur place, il avait fait l’acquisition de cinquante kits de dégustation, présentés comme un temps fort de sa tournée locale. Facture totale : 400 euros. Un montant modeste comparé au reste, mais qui a connu exactement le même sort que la bouteille madrilène.

Les magistrats ont estimé qu’aucune pièce ne permettait d’établir un lien direct entre ces coffrets de dégustation et la recherche de voix. Autrement dit : convivial, sympathique, mais pas électoral. Faute de démonstration probante de cet objectif, la somme a été retranchée sans autre forme de procès. Comme pour souligner que la générosité de campagne a ses limites budgétaires, même quand elle s’exprime en bons petits verres de vin local.

Cette logique, appliquée sans distinction géographique, illustre bien la philosophie du contrôle : l’argent public finance la campagne officielle, pas les à-côtés symboliques. Une rigueur comptable qui tranche avec l’image festive que ces deux moments devaient probablement véhiculer sur le terrain.

Salle d'audience de la cour administrative d'appel, symbole de la décision de justice

Près de 240 000 euros de frais rayés au total

Ces deux exemples, aussi symboliques soient-ils avec leurs 88 et 400 euros, ne sont que la partie émergée d’un contrôle bien plus vaste. Car au total, ce sont près de 240 000 euros de frais qui ont été rayés des comptes de campagne du président du RN. Un chiffre qui remet les choses en perspective : le champagne et les kits de vin ne pèsent presque rien face à l’ampleur du redressement.

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) avait ouvert la voie dès le 5 décembre 2024, en retranchant 235 034 euros d’une demande initiale de 4,13 millions d’euros, déposée le 15 août 2024.

Parmi les autres postes recalés figurent 3 941 euros de chauffeur privé, 13 045 euros de repas, ainsi que des entrées au Salon de l’agriculture. Une addition qui s’allonge poste après poste, révélant l’étendue du travail de vérification mené par les instances de contrôle.

Tous les frais n’ont cependant pas subi le même sort. Un déplacement en Martinique et un bouquet offert lors d’un meeting à Marseille ont, eux, été réintégrés dans les comptes remboursables. Preuve que la frontière entre dépense électorale légitime et geste de convivialité personnel reste parfois ténue, mais que la justice s’attache à la tracer, dossier après dossier, sans complaisance particulière pour le vainqueur du scrutin.

Champagne offert, kits de vin achetés : au bout du compte, c’est Jordan Bardella qui trinque, seul, pour ces additions non électorales. Arrivé largement en tête avec 31,37 % des voix lors de ce scrutin européen, il devra désormais puiser dans ses ressources personnelles pour solder ces lignes contestées. Et si la victoire électorale reste acquise, la facture, elle, ne l’est décidément pas.

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