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Démission de Darmanin : ce que Bardella exige et que Le Pen balaye d’un revers de main

Publié par Elodie le 13 Juin 2026 à 14:02
Hémicycle de l'Assemblée nationale vide, architecture dorée

L’affaire Lyhanna met la classe politique sous tension. Au Rassemblement national, le sujet Gérald Darmanin révèle une faille que personne ne peut plus ignorer. Car entre Jordan Bardella et Marine Le Pen, la ligne officielle du parti vole en éclats — et cette fois, le fossé se creuse devant les caméras.

Bardella à Bruxelles, Le Pen à l’Assemblée : deux voix, deux lignes

Table de conférence avec microphones et documents éparpillés, cadre institutionnel européen

Le 11 juin, Jordan Bardella tient une conférence de presse en Belgique, entouré de ses alliés européens d’extrême droite. Le président du RN choisit ses mots avec soin, mais le message est limpide : le garde des Sceaux aurait dû partir de lui-même.

« L’affaire est d’une particulière gravité et le ministre de la Justice aurait, à mon sens, dû par honneur présenter sa démission au président de la République », déclare-t-il. Une sortie calibrée, qui place le jeune président du RN en posture de fermeté morale.

Problème : deux jours plus tôt, Marine Le Pen tenait un discours radicalement différent. Interrogée dans les couloirs de l’Assemblée nationale, elle refusait tout appel à la démission. Sa réponse, cinglante, tient en une phrase : « Et il va être remplacé par qui ? »

Pour la figure historique du parti, candidate déclarée à la présidentielle, on « ne peut pas faire des appels à la démission en permanence ». Un pragmatisme froid qui tranche avec la posture principielle de son dauphin. Le contraste est saisissant — et pas du tout anodin.

Un accord de façade sur les « défaillances de l’État »

Malgré cette divergence frontale sur le sort de Gérald Darmanin, les deux dirigeants tentent de sauver les apparences. Jordan Bardella reconnaît que demander une démission ne revient pas à « reconnaître une responsabilité personnelle », mais plutôt à admettre « la faute de l’administration ».

Marine Le Pen, de son côté, préfère viser plus haut. « C’est à la tête de l’État qu’il faut surtout changer les choses », lance-t-elle depuis les travées du Palais-Bourbon. Autrement dit : pourquoi s’acharner sur un ministre quand l’exécutif tout entier est en cause ?

Sur le constat global — « l’État a très largement été défaillant » — Bardella et Le Pen se rejoignent. Mais la méthode, elle, révèle deux tempéraments politiques irréconciliables. L’un veut des têtes. L’autre préfère attendre son heure.

Ce n’est pas la première fois que le tandem affiche ses coutures en public. Et la liste des désaccords entre les deux figures commence à peser lourd — bien au-delà de l’affaire Darmanin.

Retraites, superprofits, Darmanin : le RN face à ses contradictions avant 2027

La course vers la présidentielle rend chaque fissure plus visible. Sur les retraites, le désaccord est encore plus profond. Jordan Bardella a confié à la presse allemande vouloir abandonner la question de l’âge légal de départ. Marine Le Pen, elle, maintient mordicus sa promesse : retour à 62 ans, voire 60 ans, avec 40 à 42 années de cotisation.

Taxation des superprofits, stratégie face à l’exécutif, attitude vis-à-vis des ministres en difficulté : à chaque sujet brûlant, la même mécanique se répète. Bardella pousse, Le Pen temporise. Ou l’inverse. Jamais la même partition.

Une réunion entre les deux camps était prévue le vendredi 12 juin, avec leurs entourages respectifs, pour tenter de gommer ces dissensions. L’affaire Darmanin vient d’allonger l’ordre du jour d’une ligne supplémentaire. Le RN peut-il aller à 2027 avec deux voix aussi discordantes ?

Le Rassemblement national a bâti sa force sur l’image d’un bloc uni face au « système ». Mais quand le bloc se fissure en direct sur un sujet aussi explosif que l’affaire Lyhanna, c’est toute la mécanique présidentielle qui vacille. Reste une question que ni Bardella ni Le Pen n’ont tranchée : qui, des deux, fixe réellement le cap du parti ?

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