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Mediapart attribue à Bardella des écrits antisémites de 2013, il dément et annonce des poursuites

Publié par Elodie le 28 Sep 2026 à 19:47

Une enquête, des conversations écrites vieilles de treize ans, et un homme aujourd’hui à la tête d’un parti qui vise l’Élysée. Jordan Bardella se retrouve confronté à des propos qu’on lui attribue depuis 2013, alors qu’il était encore adolescent militant.

Jordan Bardella

Le président du Rassemblement national conteste tout en bloc, parle de « faux grossiers » et promet des poursuites. Reste une question qui dépasse le seul cas Bardella : qui a raison, et que contiennent réellement ces messages ?

Un jeune militant, un parti, une époque trouble

En septembre 2013, Jordan Bardella a tout juste 18 ans. Il milite depuis peu au sein du Front national, l’ancien nom du parti qu’il dirige aujourd’hui, à une époque où la formation politique cherche encore à se détacher de son image sulfureuse héritée de Jean-Marie Le Pen.

C’est dans ce contexte que Mediapart affirme avoir retrouvé, après plusieurs mois d’enquête, des dizaines de conversations écrites qui dessineraient le portrait d’un adolescent très éloigné de l’image lisse qu’il projette aujourd’hui.

Selon le média, le jeune Bardella se montrerait alors « totalement aligné » sur les thèses de l’activiste antisémite Alain Soral, plusieurs fois condamné par la justice. Une comparaison lourde, qui donne toute sa gravité à la suite de l’enquête publiée lundi 28 septembre.

Mais que disent exactement ces messages, et pourquoi Mediapart a-t-il attendu treize ans pour les révéler ? La réponse tient dans le détail des échanges eux-mêmes.

Des banques, des ministres, un « Nouvel Ordre Mondial » : ce que révèle l’enquête

Dans son enquête, Mediapart reproduit une conversation attribuée à Jordan Bardella, orthographe d’origine conservée : « Toutes les banques sont détenues par des Juifs. Le juif doit dominé les autres peuples, les écraser et les voler ». Le texte cite ensuite Bernard-Henri Lévy et Jacques Attali comme exemples d’un supposé complot sioniste visant un « Nouvel Ordre Mondial ».

Le média évoque aussi un autre échange, toujours daté de 2013, dans lequel le jeune militant déplorerait que les ministères « les plus importants » du gouvernement de Jean-Marc Ayrault reviennent à des personnes pour qui « Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts Français ».

Trois noms seraient cités dans cette conversation : Laurent Fabius, Pierre Moscovici et Manuel Valls, trois ministres du quinquennat Hollande. Autant d’éléments que Mediapart présente comme la preuve d’un discours antisémite tenu de façon répétée à l’époque.

Face à ces accusations, la réponse de l’intéressé n’a pas tardé, et elle est sans nuance.

Smartphone flou affichant une conversation dans le noir

« Il s’agit évidemment de faux grossiers » : la contre-attaque de Bardella

Sollicité par Mediapart avant la publication, Jordan Bardella a répondu par e-mail en contestant « formellement » avoir « tenu, en public comme en privé, par oral ou par écrit, des propos racistes ou antisémites de ce type ».

Il avance un argument précis : « Le fait que je n’étais pas militant actif au sein du Front national durant l’été 2013, et encore mineur, devrait vous alerter sur le caractère mensonger de ces sources », a-t-il écrit, relayant ce démenti sur le réseau social X le 28 septembre 2026.

Il parle « d’accusations » lui « prêtant des propos délirants et antisémites » et conclut : « Il s’agit évidemment de faux grossiers. » Le président du RN annonce dans la foulée des poursuites contre le média d’investigation.

Marine Le Pen, en déplacement le même jour au salon de la construction à Paris, a réagi sans avoir lu l’article selon ses propres mots : « Aucune personne normalement constituée ne peut croire à cette dinguerie. » Elle évoque une possible « barbouzerie » attribuée à Mediapart, un média qu’elle accuse de servir un agenda contre celui qu’elle souhaite nommer Premier ministre en cas de victoire.

Une bataille de communication qui dépasse le cas Bardella

Dans l’entourage de la candidate RN, la riposte cible directement Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, accusé d’avoir « glorifié l’horrible massacre des athlètes israéliens de 1972 ». Cette affirmation est pourtant régulièrement démentie et qualifiée d’information inexacte, relayée de longue date par l’extrême droite pour décrédibiliser le média.

Du côté du Parti socialiste, Olivier Faure a réagi avec ironie sur X : « On comprend mieux aujourd’hui pourquoi Bardella a pu dire que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite. » Une pique qui renvoie à une déclaration de novembre 2023, où Bardella avait refusé de qualifier le fondateur du parti d’antisémite avant de reconnaître « une maladresse ».

L’affaire arrive alors que le climat politique reste tendu, entre les tensions autour de la présidentielle 2027 et les prises de position répétées de figures du RN sur les questions mémorielles. Reste à savoir si les poursuites annoncées par Bardella aboutiront, et ce qu’elles révéleront de la fiabilité des documents évoqués par Mediapart.

Un adolescent de 18 ans, des messages vieux de treize ans, et une campagne présidentielle qui s’invite déjà dans le dossier : l’affaire ne fait sans doute que commencer.

Si cette bataille de communication vous rappelle d’autres coulisses tendues entre le RN et les médias, cette soirée à Saint-Tropez qui a viré au piège médiatique mérite le détour. Et si vous pensez que les proches de Bardella sont unanimes, cette déclaration inattendue de l’épouse de Bernard Arnault risque de vous surprendre.

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