Impôt sur l’héritage dès le premier euro : la CFDT tranche, mais sans en discuter avec tout le monde

À l’approche de la présidentielle de 2027, chaque syndicat sort ses cartes. Et la CFDT vient d’en poser une plutôt lourde sur la table, celle de la fiscalité sur les successions. Une proposition qui promet de faire grincer des dents bien au-delà des cercles militants, et qui s’annonce déjà comme un terrain miné pour les candidats.
Une proposition qui vise large, très large
C’est sur RTL, mardi, que Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a lâché sa bombe. Le syndicat veut réviser en profondeur l’impôt sur les successions, avec une idée simple sur le papier : taxer tout héritage dès le premier euro. Actuellement, ce n’est pas le cas, loin de là.
La CFDT organisait ce jour-là sa rentrée, centrée sur la question des services publics. Mais c’est bien cette annonce fiscale qui a retenu l’attention. Un sujet qui touche directement au pouvoir d’achat des Français, dans un contexte où les débats sur la fiscalité s’invitent déjà régulièrement dans l’actualité politique et économique.
Marylise Léon parle de justice sociale. Un mot fort, presque un étendard, qui résume l’esprit de la démarche. Mais derrière la formule, la réalité chiffrée mérite d’être posée noir sur blanc, parce qu’elle change complètement la lecture du sujet.
Qui paie vraiment l’impôt sur les successions aujourd’hui ?
Voici le twist que beaucoup ignorent : la grande majorité des Français ne paient déjà rien sur les héritages qu’ils reçoivent. En février 2022, devant la commission des Finances du Sénat, l’ancien ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait été catégorique sur ce point.
Selon lui, les deux tiers des successions ne sont soumises à aucun droit. Autrement dit, l’impôt sur l’héritage ne concerne aujourd’hui qu’un nombre très limité de foyers, grâce notamment aux abattements existants entre parents et enfants.
Taxer dès le premier euro reviendrait donc à faire basculer des millions de successions modestes dans le champ de l’impôt, là où elles en étaient jusqu’ici exemptées. C’est précisément ce qui explique pourquoi Marylise Léon évoque elle-même un sujet qui pourrait bouleverser une partie de l’électorat.
Un pari risqué à moins de deux ans d’un scrutin présidentiel, où chaque proposition fiscale peut coûter cher électoralement, un peu comme certaines mesures fiscales méconnues qui font ou défont des carrières politiques.
Le détail qui change tout dans cette bataille présidentielle
Voici le vrai enjeu, celui que la CFDT assume pleinement : tester le courage politique des candidats. Marylise Léon a été limpide sur son intention, elle veut mettre cette proposition sur la table lors de discussions avec les prétendants à la présidentielle, prévues début 2026.
Elle n’est d’ailleurs pas la seule à porter ce type d’idée. Raphaël Glucksmann, candidat à la primaire organisée par Place publique et le Parti socialiste, défend lui aussi la création d’un impôt ciblant les grandes successions, un sujet qui pourrait peser sur les grandes manœuvres de la présidentielle 2027.
Mais le vrai coup d’éclat de cette annonce se trouve ailleurs, dans une exclusion assumée. La CFDT compte discuter de toutes ses propositions avec les candidats, sauf un nom : Marine Le Pen. La raison est politique et sans détour, selon Marylise Léon.
Le syndicat maintient une ligne extrêmement claire : pas de dialogue avec les candidats de l’extrême droite. Une posture qui ne date pas d’hier, mais qui prend un relief particulier à quelques mois d’une campagne présidentielle qui s’annonce déjà tendue.
Reste à savoir combien de responsables politiques oseront vraiment porter cette idée jusqu’aux urnes. Entre justice sociale revendiquée et grogne fiscale annoncée, le débat sur l’héritage ne fait que commencer.