« On m’a viré de mon quartier » : après 30 ans à Belleville, Éric Naulleau raconte les menaces qui l’ont fait fuir

Trente ans dans le même quartier, ça laisse des habitudes, des visages, des librairies où l’on a ses repères. Éric Naulleau affirme pourtant avoir tout quitté, poussé dehors par les insultes et les menaces. Dans son nouveau livre chez Fayard, il raconte ce déchirement et explique pourquoi il a choisi un titre qui fait déjà beaucoup parler.
Trente ans à Belleville, puis la rue devient hostile
Pendant plus de 30 ans, l’écrivain et chroniqueur a vécu à Belleville, dans l’est de Paris. Un quartier historiquement ancré à gauche, où il fréquentait les librairies, les salles de concert et les lieux culturels. Un décor qu’il dit avoir aimé.
Aujourd’hui, il décrit un tout autre climat. Selon son récit, il serait devenu « la bête noire de la racaille, des islamistes et des bobos ». Ce sont ses mots, et ils désignent ce qu’il considère comme une alliance de trois groupes qui auraient transformé le quartier peu à peu.
Le premier épisode marquant se passe dans un paysage médiatique déjà électrique, mais il n’a rien d’un plateau télé. Dans le métro, un individu lui aurait craché au visage. Éric Naulleau dit avoir poursuivi son agresseur et lui avoir rendu son crachat.
Pourtant, ce n’est pas cet incident qui l’aurait fait basculer. Le plus lourd, selon lui, serait venu ensuite, en bas de chez lui. Les tensions dans les rues de Paris ne sont pas nouvelles, mais là, il s’agit de son adresse.
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Un geste d’égorgement, une adresse criée en pleine rue
C’est la scène centrale du récit. Une dizaine d’individus l’auraient intimidé dans la rue en mimant un égorgement. Ils auraient aussi crié publiquement son adresse personnelle.
Pour lui, le message était limpide : il n’était plus le bienvenu. Ces menaces répétées l’auraient, d’après son témoignage, convaincu de partir. Il parle d’une décision prise à contrecœur, après des années d’attachement.
Le rejet ne serait pas venu que de la rue. Éric Naulleau affirme avoir été progressivement mis à l’écart par une partie des habitants et des commerçants, à cause de ses prises de position. Le débat public, lui, s’est tendu depuis longtemps, et il en paie le prix, dit-il.
Certains libraires du quartier ne voudraient plus accueillir ses livres. Quand il entre dans leurs boutiques, il dit sentir une hostilité palpable. Pour un homme de lettres, c’est le coup le plus intime.
Ces faits reposent sur son seul récit, tel que rapporté. Mais ce n’est pas le détail qui interroge le plus : c’est le titre de son livre.
« Le jour où je suis devenu OQTF » : le titre qui fait mouche

Les polémiques politiques ne manquent pas en France, mais l’écrivain choisit ici un sigle très chargé. Dans Le jour où je suis devenu OQTF, publié aux éditions Fayard, il utilise volontairement l’expression, d’ordinaire réservée aux étrangers sous obligation de quitter le territoire.
Son idée : illustrer le sentiment d’avoir été chassé de son propre quartier. « On m’a viré de mon quartier », résume-t-il. Il évoque un exil intérieur, après avoir traversé la Seine pour s’installer ailleurs dans Paris.
Éric Naulleau va plus loin. Il estime que Belleville est devenu le laboratoire d’une « nouvelle France » dont il rejette les évolutions politiques et sociales. Il établit aussi un parallèle avec des habitants juifs du quartier qui lui auraient confié vouloir partir face à l’antisémitisme.
Ses propos, très personnels, divisent. Les réactions en ligne vont de l’approbation totale à de vives critiques, certains lui reprochant son rôle passé dans le débat public. Le livre promet en tout cas de relancer la discussion.
Reste une certitude : quand un quartier devient un champ de bataille d’idées, chacun y voit sa propre histoire.
Le récit d’un « exil » à quelques kilomètres de chez soi résume un malaise que beaucoup racontent. Et si vous pensez que le quartier est le seul lieu où l’on se sent déraciné, ce que 80 ans ont changé dans une simple cour d’immeuble parisienne a de quoi vous faire réfléchir. Et la liberté de parole, jusqu’où va-t-elle ? Gabriel Attal prépare un coup que Macron n’a pas vu venir.