Carburant : Jean-Marc Jancovici peu convaincu par les engagements de Sébastien Lecornu
Le gouvernement promet de libérer du carburant pour faire baisser le prix à la pompe. Sur le papier, 10 millions de barils, ça sonne énorme. Mais Jean-Marc Jancovici, invité de RTL, a sorti sa calculette et le résultat ne fait pas franchement rêver. Son verdict tient en un chiffre, et il est bien plus court que ce qu’on imagine.

10 millions de barils : l’annonce qui impressionne, jusqu’à ce qu’on fasse la division
Dans son allocution, Sébastien Lecornu a annoncé que 10 millions de barils de diesel seraient mis à disposition des distributeurs. Il espère une baisse de « entre 12 et 18 centimes » par litre à la pompe, selon la description de la vidéo RTL. Il a aussi promis de stabiliser les prix de l’électricité cet hiver.
Invité de l’émission « C’est notre planète », le fondateur du Shift Project a détaillé le calcul. La France consomme un peu moins de 1,4 million de barils de produits pétroliers par jour, et le diesel pèse environ 40 % de ce total.
Cela donne un gros demi-million de barils de diesel quotidiens, et l’ordre de grandeur de l’annonce devient limpide. Les mesures déjà annoncées pour les gros rouleurs n’avaient pas calmé tout le monde non plus.
Reste à voir ce que cela donne mis en perspective, car Jancovici ne s’est pas arrêté là.
Vingt jours de consommation, face à un blocage de huit mois
Verdict de l’expert : libérer 10 millions de barils revient à couvrir 20 jours de consommation. « Si le problème doit durer 20 jours, c’est très bien », lâche-t-il. Mais le blocage du détroit d’Ormuz dure depuis huit mois et pourrait durer au moins autant. La mesure ne peut donc être que transitoire.
Et les solutions miracles ? Jancovici ironise sur ceux qui n’ont pas le pouvoir et ont « une baguette magique ». Selon lui, seules des mesures structurelles, longues par nature, règlent le problème : accélérer les véhicules électriques, puis la voiture vers les transports en commun, le vélo ou le covoiturage. Les 100 millions de barils évoqués par Emmanuel Macron pour le G7 ne représenteraient que 2,5 % de la consommation sur quatre mois.
Parierait-il sur la fin rapide des tensions à Ormuz ? Pas « toutes ses économies ».
Vingt jours de sursis, des années de dépendance : voilà l’équation. Et si l’énergie n’est pas le seul sujet où les promesses se heurtent aux chiffres, ce que Jancovici prévoit pour le gaz cet hiver donne un autre vertige.