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À peine élu maire dans le Val-d’Oise, il augmente son indemnité de 173 % — l’opposition sort les calculettes

Publié par Mathieu le 23 Avr 2026 à 8:35

À Soisy-sous-Montmorency, dans le Val-d’Oise, le nouveau maire vient de faire voter une revalorisation de son indemnité qui fait tousser. De 1 500 euros mensuels sous son prédécesseur, le montant est passé à 4 000 euros. Soit une hausse de 173 %. Et selon l’opposition, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le total réel frôlerait les 7 500 euros par mois.

Un vote au conseil municipal qui a mis le feu aux poudres

Salle de conseil municipal vide avec documents et calculette sur la table

Le 2 avril dernier, Nicolas Naudet (divers droite) est officiellement devenu maire de Soisy-sous-Montmorency. Et l’une de ses premières décisions a été de soumettre au vote du conseil municipal la revalorisation de son indemnité, comme l’a révélé La Gazette du Val-d’Oise. Résultat : le montant mensuel passe de 1 500 à 4 000 euros bruts. Une multiplication par presque trois qui, dans une commune de 18 000 habitants, n’est pas passée inaperçue.

Pour rappel, le Code général des collectivités territoriales encadre les indemnités des maires selon la taille de la commune. Pour une ville comme Soisy-sous-Montmorency, le plafond théorique est fixé à 2 778 euros bruts mensuels. Mais des majorations sont parfois autorisées dans des cas spécifiques, comme le statut de chef-lieu de canton ou certaines situations particulières. Un flou juridique que l’élu semble avoir exploité à fond.

Et ce n’est pas la première fois qu’une majoration d’indemnité fait débat dans la vie politique locale française. Mais le pourcentage, lui, est particulièrement spectaculaire.

« Si on n’a pas des indemnités justes, on réserve le rôle de maire aux riches »

Façade d'une mairie de banlieue parisienne avec drapeau tricolore au soleil couchant

Nicolas Naudet, lui, ne se cache pas. Il assume totalement cette décision et avance un argument simple : l’alignement sur les pratiques des communes voisines. « Le maire de Montmorency touche à peu près 4 000 euros, celui de Saint-Gratien une somme proche de 5 000 euros », détaille-t-il. Selon sa logique, sous-payer un maire revient à réserver la fonction aux personnes qui n’en ont pas besoin financièrement.

« Si on n’a pas des indemnités justes, on réserve le rôle de maire aux riches et aux retraités », martèle l’élu. Un raisonnement qui, sur le papier, se tient. Combien de citoyens actifs renoncent à un mandat local faute de compensation décente ? Le débat est réel, et il dépasse largement les frontières du Val-d’Oise. On se souvient d’ailleurs d’Anne Hidalgo déclarant qu’il fallait « essayer de vivre avec 4 900 euros », une sortie qui avait provoqué un tollé national.

Le maire avance aussi une explication technique. Son prédécesseur percevait une indemnité particulièrement basse — 1 500 euros — parce qu’il cumulait plusieurs fonctions rémunérées : vice-président du conseil départemental et président de l’agglomération Plaine Vallée. Ces revenus parallèles lui permettaient de se contenter d’un montant symbolique à la mairie. Sauf que ce qui était un choix personnel est devenu, pour l’opposition, la norme de référence.

Le chiffre que l’opposition met sur la table est bien plus élevé

C’est là que la polémique prend une autre dimension. Omar Bekare, élu d’opposition sans étiquette, a sorti sa calculette et publié ses conclusions sur son blog. Selon lui, les 4 000 euros mensuels ne sont que le salaire de base. Il faut y ajouter les indemnités liées à la représentation du maire dans divers syndicats intercommunaux et à l’agglomération Plaine Vallée.

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Le total, selon Bekare ? Près de 7 500 euros par mois. Soit cinq fois l’indemnité de l’ancien maire. Un montant qui, dans une commune de cette taille, fait forcément grincer des dents. « La gestion d’une commune n’est pas un métier, mais un engagement au service des habitants. Rien ne justifie une hausse de 173 % et des indemnités totales de près de 7 500 euros par mois », dénonce l’élu d’opposition.

Cette affaire rappelle d’autres controverses récentes sur les revenus des élus français, un sujet qui cristallise les tensions à tous les échelons du pouvoir. On a même vu récemment un maire provoquer un tollé pour des raisons bien différentes — en séchant le 14-Juillet pour des moules-frites.

Un débat plus large sur le prix de la démocratie locale

Au-delà du cas Naudet, cette histoire pose une question que personne n’aime trancher : combien vaut le travail d’un maire ? Pour une commune de 18 000 habitants, un maire gère un budget de plusieurs millions d’euros, supervise des dizaines d’agents municipaux, prend des décisions d’urbanisme, de sécurité, de politique sociale. Tout cela pour un montant théorique de 2 778 euros bruts — soit à peine plus que le SMIC net.

Les défenseurs d’une revalorisation avancent un argument démocratique : si seuls les retraités et les indépendants fortunés peuvent se permettre d’être maires, la représentativité en prend un coup. Les opposants rétorquent que le mandat électif est un service public, pas un plan de carrière. La frontière entre les deux est mince — et hautement inflammable.

Ce qui fait véritablement scandale à Soisy-sous-Montmorency, ce n’est peut-être pas tant le montant en soi que la vitesse d’exécution. À peine élu, le premier geste visible du nouveau maire concerne son propre portefeuille. Difficile, dans ces conditions, de convaincre les administrés qu’il s’agit d’une simple mise à niveau technique. Surtout quand, dans le même département, la taxe foncière augmente et que les habitants se sentent déjà pressurés.

Nicolas Naudet, lui, maintient que cette indemnité est « juste » et conforme au marché des maires franciliens. L’opposition promet de surveiller chaque euro. Et les 18 000 habitants de Soisy-sous-Montmorency attendent, eux, de voir si cette revalorisation se traduira par un engagement à la hauteur du tarif affiché. Comme quoi, en politique locale aussi, les histoires de gros sous restent le sujet le plus explosif.

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