Marine Tondelier appelle à la « désobéissance civile » si le RN gagne en 2027

Un mot revient en boucle dans le débat politique français : désobéissance. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, l’a lâché sur LCI il y a quelques jours, et depuis, tout le monde en parle. Elle assume : en cas de victoire du Rassemblement national à la présidentielle, elle appelle à désobéir.
Mais derrière ce terme qui claque, se cache une histoire vieille de près de deux siècles, portée par des figures aussi différentes que Thoreau et Gandhi. Retour sur un concept mal compris.
Une phrase qui met le feu aux poudres
Tout part d’une interview accordée à LCI. Marine Tondelier y affirme sans détour qu’elle souhaite la désobéissance civile si Marine Le Pen ou un candidat RN remporte l’élection présidentielle. Elle va plus loin en dénonçant ce qu’elle appelle la « lâcheté » de ceux qui, selon elle, laissent le parti d’extrême droite progresser sans réagir.
Son raisonnement est simple, presque brutal : si le RN accède au pouvoir, la France basculerait « dans un autre monde ». Face à ce scénario, elle estime que le respect strict des lois ne suffirait plus. D’où cet appel à sortir, si besoin, du cadre légal pour défendre ses convictions.
Cette prise de position n’est pas un cas isolé sur l’échiquier politique français. D’autres annonces politiques récentes ont provoqué des vagues similaires dans l’opinion. Mais ici, le mot « désobéissance » a une résonance particulière, car il renvoie à une tradition militante bien plus ancienne que le combat contre le RN.
Reste à savoir d’où vient réellement cette notion, et ce qu’elle implique concrètement pour ceux qui la revendiquent, comme le rappellent régulièrement des analyses politiques récentes.
Thoreau, l’homme qui a refusé de payer ses impôts
La désobéissance civile, ce n’est pas un concept sorti de nulle part en 2026. Elle repose sur une idée simple : quand un gouvernement viole vos principes moraux les plus profonds, vous avez le droit de lui résister, même si cela signifie enfreindre la loi. Ce n’est pas une question de légalité. C’est une question de conscience.
On doit cette théorie à un écrivain américain du XIXe siècle, Henry David Thoreau. Pour protester contre l’esclavage, il a tout simplement refusé de payer ses impôts. Résultat : il s’est retrouvé arrêté. Loin de se taire, il a ensuite couché sa pensée sur le papier dans un essai qui allait devenir la matrice théorique de la désobéissance civile moderne.
Cette idée va irriguer, des décennies plus tard, tous les grands mouvements de non-violence à travers le monde. Le plus célèbre d’entre eux ? Celui porté par Gandhi.
Dans les années 1930, l’Inde est alors une colonie britannique, et de nombreux produits du quotidien sont interdits ou hors de prix pour les Indiens, à commencer par le sel, lourdement taxé et réservé aux Anglais.
Une injustice qui va donner naissance à l’un des actes de résistance les plus symboliques de l’histoire, tout comme certains épisodes méconnus du XXe siècle révèlent des combats oubliés du grand public.
La marche du sel, ancêtre des méga-bassines
Face à cette injustice, Gandhi a une idée simple mais redoutablement efficace : organiser une grande marche vers l’océan Indien. Lui et ses compagnons parcourent des kilomètres pour atteindre la côte. Une fois sur place, Gandhi ramasse lui-même un peu de sel, un geste illégal aux yeux du colonisateur britannique.
Ce geste, en apparence anodin, va enflammer tout le pays. Des milliers d’Indiens l’imitent dans la foulée, transformant un simple grain de sel en symbole de résistance nationale. C’est l’exemple manuel, presque parfait, de désobéissance civile : un acte illégal, assumé publiquement, au nom d’un principe moral supérieur à la loi en vigueur.
Aujourd’hui, ce sont surtout les militants radicaux écologistes qui revendiquent cet héritage en France. L’occupation de Notre-Dame-des-Landes contre le projet d’aéroport en est un exemple marquant.
Plus récemment, en 2023, l’occupation des méga-bassines de Sainte-Soline a viré à l’affrontement direct avec les forces de l’ordre, avec des militants condamnés à la clé.
De quoi interroger sur la portée réelle de l’appel de Marine Tondelier : peut-on vraiment comparer une victoire électorale, issue d’un scrutin libre et démocratique, à une occupation coloniale ou à un projet contesté d’aménagement du territoire ? La question reste ouverte, et elle divise déjà bien au-delà des rangs écologistes.
De Thoreau refusant ses impôts à Gandhi ramassant du sel interdit, la désobéissance civile a toujours visé des lois jugées injustes, pas des résultats d’élections libres. En invoquant ce concept avant même un scrutin, Marine Tondelier ouvre un débat inédit sur ses limites démocratiques. Le mot va-t-il s’installer durablement dans le vocabulaire politique français, ou rester une formule choc vite oubliée ?