42 heures par semaine pour 1 200 € brut : cette offre de stage publiée par une députée LFI enflamme les réseaux

Une eurodéputée qui prône la réduction du temps de travail. Un stage affiché à 42 heures par semaine pour 1 200 € brut. Et des milliers d’internautes qui n’en reviennent pas de lire les deux dans la même phrase.
L’offre publiée par Manon Aubry sur Twitter a déclenché une tempête que la députée européenne La France insoumise n’avait visiblement pas anticipée. Voici ce qui se cache derrière ce stage au Parlement européen — et pourquoi la défense de l’élue ne convainc pas grand monde.
Bac +5, montage vidéo et 42 heures hebdo : le profil recherché par Manon Aubry
L’annonce est classique dans sa forme, mais explosive dans son contenu. Manon Aubry, élue au Parlement européen sous les couleurs de LFI depuis mai 2019, recherche un ou une stagiaire pour cinq mois. Lieu de travail : Bruxelles et Strasbourg. Missions : communication, montage vidéo, gestion des réseaux sociaux.
Jusque-là, rien d’inhabituel dans le monde politique. Sauf que le profil exigé fait tiquer. Il faut un bac +4 ou +5 en sciences humaines ou communication publique, une expérience dans le milieu associatif, politique ou syndical, et des compétences professionnelles bien réelles.
En face de ces exigences : une rémunération de 1 200 € brut mensuels. Et surtout, un temps de travail affiché à 42 heures par semaine. Rapide calcul : cela revient à environ 5,50 € de l’heure. Un chiffre qui a fait bondir les réseaux sociaux en quelques heures.
Sur Twitter, les commentaires acides se sont multipliés. Un internaute résume le sentiment général : « Il est indigne de vouloir faire travailler quelqu’un 42 heures par semaine avec un salaire de 930 € par mois. » Car une fois les cotisations déduites, le net fond comme neige au soleil. Un graphiste rappelle d’ailleurs qu’une institution qui « cherche » un stagiaire a en réalité un vrai besoin — et devrait ouvrir un poste.
La semaine à 42 heures : quand LFI prône le modèle… serbe
Ce qui transforme la polémique en séisme politique, c’est le passé de Manon Aubry. En avril 2019, soit quelques semaines avant son élection, elle défendait publiquement la réduction du temps de travail. Elle citait même le Danemark et ses 33 heures hebdomadaires comme modèle à suivre.
Un internaute bien informé n’a pas manqué de sortir les données Eurostat. Résultat : la semaine de 42 heures correspond au modèle serbe en matière de durée effective de travail. Pas exactement Copenhague. Le contraste entre le discours et la pratique a offert un boulevard aux détracteurs de la députée.
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La France insoumise, qui martèle la nécessité de mieux rémunérer les travailleurs et de limiter le temps de travail, se retrouve prise à son propre piège rhétorique. Et la comparaison avec d’autres élus européens n’arrange rien : même les stages La République en marche, pourtant régulièrement critiqués par LFI, affichent 800 € pour des horaires moins ambitieux.
Le malaise est d’autant plus palpable que l’indemnité légale minimale en France pour un stage s’élève à 577 € mensuels. Manon Aubry propose certes le double. Mais face à 42 heures hebdomadaires et un profil bac +5, les exigences académiques paraissent disproportionnées par rapport à la contrepartie.

La défense de Manon Aubry : entre formulaires et indemnités nettes
Au sein de La France insoumise, on n’a pas tardé à contre-attaquer. Manon Aubry a d’abord rappelé un détail technique : au Parlement européen, il n’existe pas de différence entre brut et net sur les indemnités de stage. Les 1 200 € annoncés seront donc intégralement perçus par le ou la stagiaire.
Un argument qui change effectivement la donne sur le papier. Mais qui ne résout pas le problème de fond : pourquoi 42 heures ? Là, la députée européenne pointe du doigt les formulaires du Parlement. Selon elle, le système ne propose que deux options : temps partiel à 50 % ou temps complet à 42 heures. Pas de case intermédiaire.
Cette explication bureaucratique peine à convaincre. Beaucoup soulignent que rien n’empêche un élu d’organiser en interne des horaires plus raisonnables, indépendamment de ce que dit le formulaire administratif. D’autres rappellent qu’un stagiaire, en droit français, ne peut théoriquement pas dépasser les 35 heures hebdomadaires.
Le fond du débat dépasse largement Manon Aubry. Il interroge la condition des stagiaires dans les institutions européennes, la cohérence entre discours politique et pratiques concrètes, et cette vieille habitude française de demander beaucoup à ceux qu’on paie le moins.
Au fond, cette polémique tient en une phrase : on pardonne tout à un inconnu, mais rien à celui qui prétend incarner le contraire. Quand on défend la semaine de 32 heures au micro et qu’on propose 42 heures dans une offre de stage, les réseaux sociaux deviennent le tribunal le plus impitoyable qui soit. Et vous, vous auriez postulé ?