« Oui, ils les récupéreront » : Poutine promet de rendre Auchan et Leroy Merlin, mais à une condition
Auchan, Leroy Merlin, Nestlé : des enseignes que vous croisez toutes les semaines, ou presque. Leurs filiales russes ont basculé sous le contrôle du Kremlin ces dernières semaines. Et voilà que Vladimir Poutine lâche une phrase qui rouvre la porte, avec une condition très précise que presque personne n’a relevée.
4 milliards d’euros, 75 000 salariés : le coup de massue sur Auchan et Leroy Merlin
Ces dernières semaines, les autorités russes ont placé sous « administration temporaire » les actifs locaux de plusieurs géants occidentaux. Sont concernés le groupe de distribution français Auchan, l’allemand Metro, l’enseigne de bricolage Leroy Merlin et le conglomérat suisse Nestlé.
L’addition est lourde. Selon l’AFP, les actifs cumulés d’Auchan et de Leroy Merlin en Russie représentent environ 4 milliards d’euros.
Le Kremlin a justifié sa décision par l’appartenance de ces entreprises à des pays qu’il juge « inamicaux », soutenant l’Ukraine. Une logique de représailles, donc, assumée comme telle.
Chez les propriétaires, le choc est réel. « C’est un coup dur », a réagi l’Association familiale Mulliez, qui parle d’un dossier « compliqué » aux enjeux humains et économiques. Elle rappelle que 75 000 personnes travaillent pour Auchan et Leroy Merlin, et prévient : si ces entreprises perdent leurs dirigeants et leurs équipes, elles ne vaudront « plus grand-chose ».
Le contexte économique n’aide pas Moscou à jouer la carte de la sérénité : un aveu sur la menace de récession a déjà fait vaciller le discours officiel. Alors, pourquoi ouvrir une porte maintenant ?
« Qu’ils aient peur » : la semaine où Moscou a durci le ton
Pour comprendre la phrase de Poutine, il faut revenir en arrière de quelques jours. Mardi, une source gouvernementale de haut rang a confié à l’agence Reuters que « le moment est venu de prendre des mesures asymétriques » contre les pays qui sanctionnent la Russie.
Le message était limpide. « Qu’ils réfléchissent aux mesures qu’ils prennent et aux sanctions qu’ils mettent en place. Qu’ils aient peur », a ajouté cette source.
Le même jour, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, fermait la porte sans ménagement. « Pour l’instant, nous ne voyons aucune raison de revenir sur ces décisions », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que Moscou n’entendait « aucune voix raisonnable appelant au dialogue ou à des efforts pour redresser la situation ». Autrement dit, la balle était dans le camp des Occidentaux.
Ce discours de fermeté s’inscrit dans un climat de tension générale avec l’Europe, que d’autres menaces venues de Russie ont encore alourdi. Deux jours plus tard, le ton change pourtant, du moins en apparence.
Jeudi 1er octobre, face aux participants du forum politique de Valdaï, on interroge Vladimir Poutine sur un possible retour de ces actifs en cas de « scénario favorable » avec les Occidentaux. Sa réponse tient en cinq mots : « Oui, ils les récupéreront ».
« Nous ne volons rien » : ce que Poutine met vraiment sur la table

Avant de crier à la grande ouverture, relisez la phrase dans son contexte. Le retour des actifs n’est pas un cadeau : il est lié à un « scénario favorable » et à un accord avec Moscou, d’après la formulation reprise par l’AFP.
Autre détail qui compte, le vocabulaire. « Nous ne prenons rien à personne, nous ne volons rien et nous ne nationalisons rien », a insisté le président russe.
Selon lui, les filiales locales ont simplement été placées « sous administration externe ». Le mot choisi n’est pas anodin : il permet de présenter la mesure comme provisoire, donc réversible.
Cette réversibilité vient avec un retournement d’accusation. Poutine dénonce le « pillage » des actifs d’entreprises russes dans les pays occidentaux et juge « tout à fait inacceptable » que les Européens aient gelé l’or et les devises de la Banque centrale russe.
Il leur reproche aussi de « distribuer les revenus tirés de l’utilisation de ces réserves pour financer » l’Ukraine. La logique est celle d’un échange : vos actifs contre les nôtres.
Et il n’a pas retenu ses mots. « En violant grossièrement toutes les règles imaginables, ils ont pris et nous ont arraché d’énormes entreprises », a-t-il lancé, citant Gazprom, Rosneft et Lukoil.
Ce que ça change pour les groupes concernés, et ce qu’il faut surveiller
Concrètement, rien ne change à court terme. Le Kremlin répète qu’il ne voit « aucune raison » de revenir sur ses décisions, et la promesse de Poutine reste conditionnelle. Auchan, Leroy Merlin et Nestlé restent donc sous administration temporaire.
Le dossier est d’autant plus sensible que plusieurs centaines de milliards d’euros d’actifs russes sont gelés en Europe depuis le début du conflit avec l’Ukraine. Moscou juge ce gel illégal au regard du droit international, et assimile les sanctions visant ses sociétés à de la concurrence déloyale.
C’est là que se joue la suite. Tant que ces réserves restent bloquées, la Russie semble prête à garder ses otages économiques en main, tout en laissant entendre qu’ils pourraient être restitués.
Reste la question de la diplomatie. Le dernier échange téléphonique entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine avait montré que les canaux n’étaient pas totalement coupés.
Autre fil à suivre : le climat entre Moscou et l’Europe, dont certains avertissements récents donnent la mesure. Pour les salariés et les actionnaires, la vraie question est simple : qui, côté occidental, acceptera de négocier ?
En attendant, l’Association familiale Mulliez a déjà dit l’essentiel : sans ses équipes ni ses dirigeants, une filiale perd sa valeur. Le temps joue donc contre tout le monde.
Retenez la formule : un « oui » de Poutine, mais un « oui » avec un prix. Et si vous voulez savoir quel signal Moscou a tenté de cacher au monde entier, la suite est là. Autre histoire, autre registre : comment une simple insulte a suffi à démasquer un espion nord-coréen vaut le détour.