Ce gériatre français prouve qu’à 70 ans, on a la vitalité d’un sexagénaire d’il y a 20 ans

Vieillir plus longtemps ne veut plus dire vieillir plus mal. C’est le message porté par l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la longévité, un chercheur français peu connu du grand public mais suivi de près par la communauté scientifique internationale. Ses travaux bousculent une idée reçue tenace sur le déclin inévitable de l’âge, avec un chiffre qui donne le vertige sur ce que nos corps sont réellement capables d’endurer aujourd’hui.
Un Français à la tête de la recherche mondiale sur le vieillissement
Bruno Vellas préside l’Institut hospitalo-universitaire HealthAge de Toulouse, seul centre français exclusivement dédié à la recherche sur le vieillissement en bonne santé, et l’un des plus importants d’Europe sur ce terrain. Le gériatre est intervenu récemment au BCNPit de Barcelone, rendez-vous international de référence sur la santé cérébrale et la maladie d’Alzheimer.
Son constat est sans détour : la médecine doit changer de logique. Plutôt que de traiter les maladies une fois installées, quitte à générer de la dépendance chez les seniors, il plaide pour une approche qui préserve les capacités avant qu’elles ne s’effondrent. Vieillir en bonne santé, insiste-t-il, c’est avant tout conserver la vue, l’ouïe, la mobilité, la mémoire et la vitalité, bien plus que l’absence de pathologie.
Pour agir tôt, Bruno Vellas a co-développé avec l’Organisation mondiale de la santé le programme ICOPE, qui permet d’évaluer les fonctions physiques et cognitives dès 50 ans grâce à des outils numériques. En France, environ 150 000 personnes âgées bénéficient déjà de ce suivi, une démarche qu’il juge nettement plus efficace que d’attendre l’apparition de la fragilité, un principe qu’il partage avec les experts qui insistent sur l’activité physique après 50 ans.
La révélation : un écart de 20 ans sur nos capacités réelles
C’est là que la donnée devient frappante. Selon le chercheur, cité par le média espagnol La Vanguardia, « une personne de 70 ans possède aujourd’hui une capacité intrinsèque comparable à celle qu’avait une personne de 60 ans il y a 20 ans ». Cette notion de capacité intrinsèque désigne l’ensemble de nos fonctions physiques et mentales combinées : force musculaire, souplesse, mémoire, énergie.
Autrement dit, l’horloge biologique collective aurait ralenti de près d’une décennie en une génération. Ce décalage change tout dans la façon d’aborder le grand âge, y compris pour des soins encore trop souvent perçus comme réservés aux personnes très âgées, comme le rappelle le dossier sur les aides auditives et prothèses prises en charge pour les seniors.
Reste une question centrale pour Bruno Vellas : comment mesurer précisément cet âge biologique, différent de l’âge affiché sur la carte d’identité ? « Lorsque nous serons capables de mesurer précisément l’âge biologique, nous comprendrons bien mieux les causes des maladies liées à l’âge », avance-t-il, misant sur les biomarqueurs et l’intelligence artificielle pour affiner ce diagnostic, un enjeu déjà exploré par des travaux sur le renouvellement cellulaire et le vieillissement.

Alzheimer, inflammation, cellules sénescentes : le vrai combat commence
Le gériatre est catégorique sur un point : l’âge biologique reste de très loin le principal facteur de risque de développer la maladie d’Alzheimer, bien plus déterminant que l’âge chronologique seul. Trois mécanismes sont aujourd’hui identifiés comme des cibles thérapeutiques prometteuses : l’inflammation liée à l’âge, le dysfonctionnement mitochondrial et l’accumulation de cellules sénescentes, ces cellules vieillies qui ne se divisent plus mais persistent dans l’organisme.
« Une meilleure compréhension de ces mécanismes sera essentielle à l’élaboration de stratégies de prévention et de traitement efficaces », affirme Bruno Vellas. Un enjeu de taille quand on sait que certains modes de vie accélèrent nettement ce vieillissement biologique, comme le confirment les travaux sur la sédentarité et le vieillissement prématuré.
Mais le chercheur veut surtout donner un cap ambitieux pour la prochaine décennie. « Si dans dix ans nous parvenons à ce qu’une personne de 80 ans conserve une capacité fonctionnelle similaire à celle qu’avait quelqu’un de 60 ans il y a quelques années, nous aurons réalisé un changement extraordinaire », projette-t-il. Un objectif qui, s’il se concrétise, redessinerait complètement notre rapport au grand âge.
Vingt ans d’écart gagnés sur nos capacités réelles : voilà la promesse que porte Bruno Vellas, chiffres à l’appui. Reste à savoir si la prochaine décennie confirmera cette trajectoire, ou si elle imposera de revoir nos repères sur ce que signifie vraiment être « vieux ».