«Je pensais juste être constipé» : à 29 ans, Josh ignorait que son cancer couvait depuis ses 10 ans

Josh Vitner-Jackson avait 29 ans, un corps de marathonien et une carrière qui décollait aux États-Unis. Puis une simple constipation, mise sur le compte d’un manque de fibres, a fini par lui coûter un bout de côlon, quinze ganglions et cinq ans de sa vie.
Aujourd’hui, une équipe de chercheurs américains croit avoir trouvé une explication à ces cancers qui frappent des adultes en pleine forme, et elle remonte bien plus loin qu’on ne l’imaginait.
Un marathonien de 29 ans terrassé par ce qu’il croyait être une constipation
En mai 2020, Josh, alors installé au Texas, remarque un simple souci de transit. Il a couru plusieurs marathons, bouclé les 136 miles du désert du Wadi Rum en cinq jours, et se sent en pleine forme. Il pense logiquement à un manque de fibres.
Il consulte deux fois, en pleine pandémie de Covid, et repart chaque fois avec le même diagnostic : « un peu bouché », lui dit-on, direction les laxatifs. Trois médecins passent à côté du signal, sans examen approfondi.
« Je me disais : j’ai 29 ans, je suis en forme, c’est juste de la constipation », raconte-t-il. « Mais il y avait aussi une part de peur, de refus d’envisager autre chose. » Cette peur, beaucoup de jeunes adultes la partagent, un peu comme ce jeune homme de 23 ans qui n’imaginait pas non plus être concerné.
Les douleurs abdominales s’aggravent, les semaines sans selles s’étirent. Josh finit par retourner en urgence dans une clinique proche de son appartement. Une radio est prise, puis on le renvoie chez lui avec des laxatifs. Ce qui va suivre en quelques heures va tout renverser.
Une tumeur grosse comme une balle de golf, et une statistique qui inquiète les médecins
La nuit qui suit, Josh se réveille dans une douleur chronique, le ventre anormalement gonflé. Le lendemain matin, il « titube » jusqu’à la clinique. Cette fois, les médecins ont repéré une anomalie suspecte sur la radiographie de la veille.
Un scanner révèle une tumeur de la taille d’une balle de golf dans la partie basse de son côlon, avec un risque de rupture jugé imminent. « Le médecin m’a dit que je devais rejoindre l’hôpital de South Austin dans les 24 heures, sinon la tumeur pouvait exploser et me tuer », se souvient Josh.
Le 6 juillet 2020, il subit une opération d’urgence : ablation de la tumeur, de 15 ganglions lymphatiques dont sept cancéreux, et de près de 40 centimètres de tissu sain. Deux mois de convalescence suivent, puis douze cycles de chimiothérapie, vécus quasi seul à cause des restrictions sanitaires.
Son histoire n’est plus isolée. Les diagnostics de cancer colorectal chez les moins de 50 ans ont grimpé d’environ 50 % depuis les années 1990, selon les données citées par les chercheurs. Pollution, bactéries alimentaires, alimentation ultra-transformée : les pistes avancées jusqu’ici restaient floues, jusqu’à ce qu’une équipe internationale mette le doigt sur un coupable insoupçonné, présent dans l’intestin bien avant l’apparition des premiers symptômes.

La toxine qui pourrait avoir marqué son ADN dès ses 10 ans
Une hospitalisation évitée d’un jour peut sauver une vie, comme dans le cas de cet adolescent traité pour de l’asthme qui souffrait en réalité d’une tumeur cachée. Pour Josh aussi, le vrai déclencheur se serait joué bien avant les symptômes, dans son intestin d’enfant.
Les médecins texans ont estimé que sa tumeur poussait probablement depuis l’âge de 12 ans, à une époque où il mangeait relativement peu de malbouffe. Une piste scientifique récente vient éclairer ce mystère : la colibactine, une toxine produite par certaines souches de la bactérie E. coli.
Une vaste étude internationale publiée l’an dernier a retrouvé des mutations génétiques caractéristiques de cette toxine plus de trois fois plus souvent dans les tumeurs de patients de moins de 40 ans que dans celles de patients de plus de 70 ans.
Le professeur Ludmil Alexandrov, de l’université de Californie à San Diego, qui a dirigé ces travaux, résume l’hypothèse ainsi : « Si quelqu’un acquiert l’un de ces déclencheurs génétiques avant l’âge de 10 ans, il pourrait développer un cancer colorectal des décennies en avance sur le calendrier habituel, à 40 ans plutôt qu’à 60.
»
Josh, lui, avance sa propre théorie : le divorce de ses parents, survenu au moment où la tumeur se développait, aurait généré un stress capable d’abîmer son intestin. Un lien entre stress psychologique et santé digestive existe bien, mais aucune preuve ne relie directement le stress au déclenchement d’un cancer du côlon. Les scientifiques, eux, regardent surtout du côté de l’enfance, voire d’avant la naissance.
Ce que Josh a construit après le verdict le plus dur
En avril 2021, Josh reçoit enfin de bonnes nouvelles : la rémission. « Je me disais que c’était miraculeux, qu’il suffisait de tenir cinq ans sans récidive pour être tiré d’affaire à vie. » Le répit ne dure qu’un an.
Mi-2022, un scanner de routine détecte de petits points noirs sur ses poumons. D’abord attribués à une séquelle du Covid, ils confirment finalement une rechute : le cancer s’est propagé, et Josh passe en stade quatre, incurable. Depuis, seule la chimiothérapie maintient la maladie à distance.
Les deux dernières années ont été rudes : plus de 50 nuits d’hospitalisation en 2025 rien qu’au Royaume-Uni, des infections pulmonaires à répétition, une opération cardiaque en urgence, et un mois d’hôpital le mois dernier après une réaction sévère à un traitement. Aujourd’hui, Josh vit chez lui, aidé par sa mère et une aide-soignante, relié à 25 mètres de tuyaux d’oxygène.
Il a lancé une cagnotte en ligne sur GoFundMe, qui a déjà réuni plus de 120 000 livres, et fondé une association, Chat Cancer, pour rassembler les jeunes adultes touchés par la maladie. « La première fois que je suis entré en clinique de chimio, je me sentais totalement seul », explique-t-il.
Les derniers scanners montrent en tout cas une maladie stable, « à plat », mais toujours bien présente. D’autres familles ont vécu des diagnostics tout aussi tardifs, comme ce patient diagnostiqué à 28 ans qui regrette de ne pas avoir écouté les premiers signaux.
L’histoire de Josh rappelle une vérité simple et glaçante : une constipation banale, chez un jeune adulte en pleine forme, ne devrait jamais être écartée sans examen sérieux. Si cette piste sur la colibactine se confirme, elle pourrait bien réécrire ce qu’on croyait savoir sur l’origine du cancer du côlon.
En attendant, si vous pensiez que seuls les signes évidents comptent, le témoignage de cette femme diagnostiquée à 19 ans montre à quel point un simple rhume peut aussi cacher l’essentiel. Et si un ventre gonflé sans raison vous semble anodin, ces signes trop souvent négligés méritent, eux aussi, toute votre attention.