Cancer du pancréas : ce signe invisible que des scientifiques viennent enfin de repérer

Le cancer du pancréas fait partie des diagnostics les plus redoutés. En 2023, 15 991 Français en ont appris l’existence dans leur propre corps, souvent trop tard pour agir. Une équipe de chercheurs américains vient peut-être de changer la donne avec une découverte qui pourrait tout renverser.
Un cancer qui se cache trop bien
Le pancréas, c’est l’organe discret par excellence. Niché tout au fond de l’abdomen, il ne donne quasiment jamais l’alerte avant qu’il ne soit trop tard. Résultat : ce cancer se classe parmi les plus meurtriers, avec un taux de survie à cinq ans inférieur à 10% selon les chercheurs.
À l’échelle mondiale, les chiffres donnent le vertige. En 2021, on a recensé 508 533 nouveaux cas et 505 752 décès. Un écart minuscule qui résume à lui seul la brutalité de la maladie : quand on la détecte, elle a déjà souvent gagné.
La forme la plus fréquente s’appelle l’adénocarcinome canalaire pancréatique, ou PDAC pour les intimes du milieu médical. C’est elle qui inquiète le plus, car elle est aussi la plus agressive.
Face à ce constat, une équipe de l’Université de Californie à San Diego a décidé de creuser ailleurs que du côté des symptômes classiques comme la jaunisse ou les signes précurseurs discrets déjà identifiés pour d’autres maladies. Leur cible : l’infiniment petit, à l’échelle des gènes.
Car si le corps ne parle pas toujours, les cellules, elles, laissent parfois des traces. Encore fallait-il savoir où regarder, et surtout, comment les lire. C’est exactement ce qu’a permis cette nouvelle étude publiée fin août 2025, dans une revue scientifique de référence.
La signature STRESS, l’empreinte que personne ne voyait
Publiés le 26 août 2025 dans la revue Cell Reports, les travaux de la UC San Diego School of Medicine s’articulent autour d’une protéine bien connue des biologistes : STAT3. Quand une cellule pancréatique subit un stress, une inflammation chronique ou un manque d’oxygène, cette protéine s’active. Et une fois activée, elle déclenche une véritable cascade de gènes.
Les chercheurs ont isolé dix de ces gènes, ceux qui s’allument précisément dans ce contexte de stress cellulaire. Ensemble, ils forment ce que l’équipe appelle la signature STRESS, une sorte d’empreinte pré-cancéreuse détectable en laboratoire, bien avant que la tumeur ne se manifeste cliniquement.
« Un nombre important de patients sont ce que nous appelons ‘inductibles’ pour ces gènes STRESS », explique David Cheresh, co-auteur de l’étude. Autrement dit, chez certaines personnes, ces gènes s’activent plus facilement que chez d’autres. Et ces individus-là seraient plus exposés au risque de développer une tumeur, mais aussi plus susceptibles de mal répondre aux traitements habituels, y compris à la chimiothérapie classique.
En creusant plus loin dans cette cascade moléculaire, l’équipe du Moores Cancer Center a repéré un autre acteur clé : le gène ITGB3. Ce dernier code pour une protéine, l’intégrine bêta 3, qui aide littéralement les cellules cancéreuses à s’accrocher, à se déplacer et à survivre, même dans un environnement hostile comme celui créé après une chimiothérapie. Les tumeurs où cette voie est la plus active semblent aussi les plus résistantes.

Ce que ça change vraiment pour les patients
Dans l’article scientifique complet, les chercheurs décrivent une version plus large de cette signature, regroupant en réalité dix-huit gènes régulés par STAT3 via des zones précises de l’ADN appelées enhancers. Ces régions déterminent à quel point la chromatine est « ouverte » ou « fermée », ce qui module l’intensité de la réponse au stress cellulaire. La version simplifiée à dix gènes, utilisée pour communiquer la découverte, reste plus facile à exploiter comme futur outil de dépistage.
Concrètement, repérer cette signature chez un patient pourrait un jour permettre d’estimer deux choses à la fois : le risque de développer un cancer du pancréas, et l’agressivité probable d’une tumeur si elle apparaît. Un double avantage qui change complètement l’approche du dépistage, habituellement centrée sur des symptômes déjà installés.
Les chercheurs évoquent même une piste thérapeutique. En bloquant STAT3 avec des molécules ciblées, on limiterait l’expression de ces gènes délétères. « Connaître cette signature génétique chez les patients pourrait être précieux », insiste David Cheresh, qui y voit un futur levier de médecine de précision.
Attention toutefois : cette découverte reste, pour l’instant, cantonnée à la recherche préclinique. Aucun test grand public basé sur la signature STRESS n’existe à ce jour, et il faudra sans doute plusieurs années avant qu’un tel outil arrive en clinique. En attendant, le seul réflexe qui compte vraiment reste d’en parler à son médecin traitant en cas de douleurs abdominales persistantes, de jaunisse, de perte de poids inexpliquée ou de fatigue anormale.
Les familles déjà touchées par ce cancer ont, elles, tout intérêt à se rapprocher de centres experts pour un suivi renforcé.
Dix gènes, une protéine, et peut-être des années gagnées face à l’un des cancers les plus silencieux qui soient. La science avance à petits pas, mais ce sont exactement ces petits pas qui, un jour, sauveront des vies. Reste à savoir combien de temps il faudra avant qu’un simple test sanguin ne suffise à tirer la sonnette d’alarme.