Octobre Rose : des chiens renifleurs de cancer du sein, l’étude de l’Institut Curie qui intrigue
Une tumeur peut-elle avoir une odeur ? Pour notre nez, probablement pas. Pour celui d’un chien, la réponse devient franchement troublante.
Depuis plusieurs années, des chercheurs étudient la capacité de certains animaux à repérer les infimes changements chimiques de notre corps quand une maladie s’installe. Et derrière ce flair hors norme, une piste très sérieuse se dessine : celle de futurs outils de dépistage capables, eux aussi, de « sentir » la maladie.
Le cancer laisse-t-il vraiment une odeur ?
Pas une odeur que nous pourrions percevoir, rassurez-vous. Mais notre organisme libère en permanence des composés organiques volatils, les fameux COV, dans l’haleine, la sueur ou les urines.
Or certaines maladies, dont certains cancers, peuvent modifier cette signature chimique. Une tumeur pourrait ainsi laisser une sorte d’empreinte odorante, invisible pour nous, mais potentiellement accessible au nez bien plus sensible d’un chien.
Et justement, certains chiens ont été entraînés pour la chercher. Mais comment s’y prend-on concrètement ? C’est là que ça devient presque déroutant de simplicité.
Une compresse, deux chiens et 181 femmes
En France, l’Institut Curie explore cette piste depuis 2016 avec le programme KDOG, consacré au cancer du sein. Le principe tient en un geste : les participantes portent pendant 6 à 12 heures une compresse sur le sein pour recueillir leur transpiration.
Les échantillons sont ensuite présentés à des chiens spécialement entraînés. Pas de machine géante, pas d’examen lourd. Juste une compresse et une truffe.
Les résultats de l’étude clinique KDOG1, publiés en novembre 2025, portent sur 181 femmes présentant une lésion mammaire suspecte qui nécessitait une biopsie. Deux chiens ont participé : Nougaro, un Labrador Retriever, et Owen, un Berger belge Malinois.
Alors, ont-ils su flairer la maladie ? En partie, oui. Mais les chiffres racontent aussi les limites de la méthode.
80 %, 49 % : ce que disent vraiment les chiffres
80 % des échantillons positifs ont été identifiés par au moins un des deux chiens. Impressionnant, à première vue.
Mais seulement 49 % l’ont été par les deux animaux en même temps. Autrement dit, les réponses varient d’un chien à l’autre, ce qui illustre bien la fragilité de l’approche.
Pas question, donc, de remplacer la mammographie par une truffe. Le chien n’est pas, en l’état, un outil de dépistage. Mais ces travaux apportent aux chercheurs une information précieuse, et c’est elle qui change la donne.
Car la vraie question n’est plus « le chien a-t-il raison ? », mais « qu’est-ce qu’il sent exactement ? ».

Ce que le chien sent intéresse la médecine de demain
Les chercheurs tentent aujourd’hui d’identifier les composés organiques volatils associés au cancer, ceux que les chiens perçoivent. S’ils y parviennent, ces connaissances pourraient servir à développer des « nez électroniques ».
L’idée : des dispositifs capables de détecter cette signature chimique avec une précision suffisante pour le dépistage. Le flair du chien servirait alors de guide pour concevoir un nouvel outil, sans animal dans la boucle.
Un peu comme si le chien montrait la route aux ingénieurs. Et il n’est pas le seul animal à avoir été mis à contribution, loin de là.
Les fourmis, ces renifleuses inattendues
Plus surprenant encore : les scientifiques se sont aussi intéressés aux fourmis. Des chercheurs du CNRS, de l’Institut Curie et de l’Inserm ont montré que des fourmis de l’espèce Formica fusca pouvaient apprendre à distinguer l’odeur de cellules cancéreuses de celle de cellules saines.
D’autres travaux expérimentaux ont même observé qu’elles différenciaient l’urine de souris porteuses de tumeurs humaines de celle de souris saines. Des résultats étonnants, c’est certain.
Mais attention : à ce stade, ce sont des pistes de recherche, pas des méthodes de diagnostic. Alors, où en est-on vraiment côté dépistage ?
Une piste de recherche, pas une alternative au dépistage
En France, le dépistage organisé du cancer du sein repose toujours sur une mammographie tous les deux ans pour les femmes de 50 à 74 ans. Et en 2025, seules 47,5 % des femmes concernées ont participé au programme national, selon Santé publique France.
Les recherches autour des odeurs ne remplacent donc évidemment pas les méthodes actuelles. Elles explorent une autre voie : celle d’outils qui pourraient un jour être simples, non invasifs et plus facilement accessibles.
À l’occasion d’Octobre Rose, l’assureur Agria a choisi de mettre ces travaux en lumière. Ils racontent aussi une facette méconnue du lien entre humains et animaux : observer leurs capacités exceptionnelles peut aider la science à imaginer les technologies de demain.
Et si vous aimez comprendre comment le corps trahit parfois ses secrets, jetez un œil à cette histoire où une mauvaise haleine cachait une maladie mortelle : une autre odeur qui en disait long.
Côté animaux, vous pouvez aussi vous demander pourquoi le caméléon change vraiment de couleur, la réponse risque de vous surprendre.