9 crèmes solaires sur 10 vendues sur Temu et Shein ne protègent presque pas votre peau

Vous avez peut-être craqué pour une crème solaire à 3 ou 4 euros repérée sur une appli de shopping chinoise, séduit par le prix et les avis dithyrambiques sous la fiche produit. Mais avant de l’étaler sur la peau de vos enfants cet été, il y a un chiffre qui devrait vous arrêter net. L’association Que Choisir Ensemble vient de publier des résultats qui dépassent largement la simple déception marketing, et qui vont être signalés directement aux autorités françaises.
Un test qui tourne au fiasco sur Temu, Shein et AliExpress
L’association de défense des consommateurs, ex-UFC Que Choisir, a passé au crible dix crèmes solaires vendues jusqu’à récemment sur Temu, Shein et AliExpress. Le verdict tient en une phrase de son communiqué : aucun des dix produits ne présente de résultats satisfaisants. Ce n’est pas un incident isolé, c’est un échec généralisé sur l’ensemble de l’échantillon testé.
Ce n’est pas la première fois que ces plateformes sont épinglées. Des jouets vendus sur ces mêmes sites avaient déjà été jugés dangereux pour les enfants, et l’exposition à certains produits Shein ou Temu avait déjà été pointée du doigt pour des risques sanitaires bien réels. La crème solaire vient donc s’ajouter à une liste qui s’allonge dangereusement, en pleine saison où des millions de Français s’exposent au soleil chaque week-end.
Trois produits interdits, quatre qui ne filtrent rien du tout
Le détail des résultats est encore plus préoccupant que le chiffre global. Trois crèmes solaires ont été écartées d’emblée : elles contenaient un ingrédient interdit à la vente dans l’Union européenne depuis le 1er mai. Sur les sept produits restants, six échouent à atteindre l’indice de protection annoncé sur l’emballage.
Pire encore, quatre de ces sept crèmes ne bloquent tout simplement aucun rayon UV. Autrement dit, un consommateur pensant se protéger avec un indice 30 ou 50 pourrait en réalité s’exposer sans aucun filtre, avec le risque de coups de soleil sévères et de dommages cutanés à long terme. Un seul produit sur les dix a rempli sa promesse de protection solaire. Mais même celui-là pose problème : il contient un ingrédient identifié comme perturbateur des œstrogènes et de la fonction thyroïdienne, selon le communiqué de l’association. Aucun des dix flacons testés ne peut donc être recommandé sans réserve.

Pourquoi ces crèmes risquent de revenir sous un autre nom
Face à ces manquements jugés graves, Que Choisir Ensemble a décidé de saisir l’Arcom, le régulateur français de l’audiovisuel et du numérique, et de signaler les cas identifiés à la DGCCRF. L’association a également averti directement les trois plateformes concernées, qui ont retiré les produits incriminés de la vente.
Cyrille Cormier, directeur du plaidoyer de l’association, tempère toutefois l’optimisme de ce retrait. Il explique auprès de l’AFP que rien n’empêche ces mêmes crèmes de réapparaître sous une autre marque, car il s’agit de produits qui ne sont pas tracés. Contacté, Temu affirme avoir retiré les produits solaires visés dans l’attente d’un examen plus approfondi, et avoir suspendu temporairement la vente de produits similaires par précaution. Shein et AliExpress n’avaient pas répondu au moment de la publication.
Ce n’est pas la première sanction pour ces géants du e-commerce. Fin mai, l’Union européenne a infligé une amende de 200 millions d’euros à Temu pour avoir laissé circuler des produits illégaux, dont des jouets pour bébés dangereux, un peu comme ces figurines rappelées pour risque d’amiante. AliExpress et Shein restent eux aussi dans le viseur de Bruxelles, preuve que les vérifications sur la conformité des produits vendus par ces plateformes restent largement insuffisantes.
Un flacon à 3 euros peut donc coûter bien plus cher qu’il n’y paraît, en coups de soleil comme en confiance perdue. La prochaine fois que votre panier virtuel affiche une crème solaire suspecte à prix cassé, la question à se poser n’est peut-être pas combien elle coûte, mais ce qu’elle contient vraiment.