Tumeur à droite, organe sain retiré à gauche : un chirurgien italien renvoyé devant le tribunal

Elle entre à l’hôpital pour qu’on lui retire une tumeur. Elle en ressort sans une glande surrénale parfaitement saine, alors que la tumeur, elle, n’a pas bougé d’un millimètre. À Brindisi, dans le sud de l’Italie, un chirurgien va devoir s’expliquer devant un tribunal. Et selon la presse locale, l’erreur aurait commencé bien avant l’arrivée au bloc opératoire.
Une tumeur de 4 cm d’un côté, un organe sain retiré de l’autre : ce qui s’est passé à Brindisi
Septembre 2023, hôpital Perrino de Brindisi. Une patiente entre au bloc pour qu’on la débarrasse d’une tumeur de la glande surrénale. Selon La Voce a Sud, elle repartira bien avec un organe en moins, mais pas celui qui était malade.
Le chirurgien lui retire la glande surrénale gauche, parfaitement saine. La tumeur, elle, se trouve à droite. Elle reste en place, intacte, pendant que sa voisine saine quitte le corps de la patiente.
Ces deux petites glandes coiffent chacune un rein, par le dessus. Le corps en compte une de chaque côté, et c’est tout le problème : une inversion entre la droite et la gauche suffit à transformer une opération programmée en drame. Une fois l’organe sorti, impossible de revenir en arrière.
Ce genre de confusion n’est pas isolé. Une femme atteinte d’un cancer a ainsi été amputée de la mauvaise jambe dans un hôpital de l’Ohio, et l’affaire s’est terminée par une plainte. À Brindisi, pourtant, le geste du bloc n’est peut-être pas le premier maillon de la chaîne.
Car cette opération n’a pas été décidée sur un coup de tête. Elle repose sur un document rédigé plusieurs mois plus tôt, et c’est là que tout se joue.
Décembre 2022 : un scanner, une tumeur de 4 cm et une phrase qui bascule du mauvais côté
Tout commence en décembre 2022 à l’hôpital Camberlingo de Francavilla Fontana. La patiente passe un scanner, et La Voce a Sud rapporte que les images sont sans ambiguïté : une tumeur de quatre centimètres s’est installée sur sa glande surrénale droite, au-dessus du rein.
Voilà pour le diagnostic. Le dossier suit ensuite son cours, et plusieurs examens s’enchaînent au fil des mois.
Un dossier médical, c’est une chaîne de relais : un médecin qui lit les images, d’autres qui prescrivent, un chirurgien qui opère. Un seul maillon qui cède, et l’erreur voyage sans bruit. En Italie encore, une femme a subi l’ablation d’un sein pour un cancer qu’elle n’avait jamais eu, et ne l’a découvert que sept ans plus tard.
Dans l’affaire de Brindisi, le temps joue contre la patiente. Entre le scanner de décembre 2022 et l’opération de septembre 2023, il s’écoule neuf mois, avec des contrôles successifs. Personne, à aucun moment, ne relève que quelque chose cloche.
Alors, où l’erreur s’est-elle glissée ? D’après La Voce a Sud, elle figure dans les conclusions du compte rendu du scanner lui-même. Les images montraient la tumeur à droite, mais le texte recommandait l’ablation de la glande gauche.
Autrement dit, l’image et la phrase se contredisaient. L’une disait droite, l’autre gauche. Et c’est le côté gauche, celui du compte rendu, qui a été opéré.

Le chirurgien devant ses juges : l’accusation, la famille et la date du procès
Ce n’est pas la première fois qu’un organe se retrouve du mauvais côté de la décision. En Floride, un chirurgien devait retirer la rate d’un patient de 70 ans et s’est trompé d’organe.
À Brindisi, la justice italienne a tranché ce jeudi 5 novembre 2026 : le praticien est renvoyé devant le tribunal. Il est poursuivi pour négligence ayant entraîné une incapacité permanente, une qualification aggravée par l’état de santé préexistant de la patiente.
Un renvoi n’est pas une condamnation. Le médecin reste présumé innocent, et la source consultée ne rapporte ni sa défense ni ses explications. En droit, la négligence désigne un manque de prudence ou d’attention, sans intention de nuire.
La patiente n’est pas seule dans la procédure. Son mari et sa fille pourront eux aussi demander réparation en se constituant parties civiles. Une erreur de côté ne touche jamais une seule personne : elle frappe tout un foyer.
Le rendez-vous est fixé au 3 février 2027, à Brindisi. La question posée aux juges est d’une simplicité cruelle : comment une simple inversion entre droite et gauche a-t-elle pu survivre jusqu’à la table d’opération ?
Février 2027 : ce que les juges devront démêler
Le dossier laisse plusieurs zones d’ombre. La source ne précise ni l’état actuel de la patiente, ni ce qu’il est advenu de sa tumeur, restée en place lors de l’opération. Ce sont des points que le procès pourrait éclairer.
Il faudra aussi remonter la chaîne. Entre le compte rendu rédigé à Francavilla Fontana et le bloc de l’hôpital Perrino, plusieurs examens ont eu lieu sans que l’inversion soit repérée. C’est précisément ce qui rend l’affaire si dérangeante.
Le cas n’a rien d’unique dans son principe : un diagnostic faux, et tout le système avance dessus. Une Italienne a suivi quatre ans de chimiothérapie pour un cancer qu’elle n’avait jamais eu, avant que l’erreur soit découverte.
Côté patient, rien ne remplace la vigilance : demander de quel côté se situe le problème, relire son dossier, solliciter un avis complémentaire quand le doute s’installe. Il existe d’ailleurs quatre réflexes gratuits pour se protéger d’une erreur de diagnostic, utiles bien avant d’arriver au bloc.
Le 3 février 2027, la salle d’audience de Brindisi devra dire si cette inversion relevait d’une faute individuelle ou d’une succession de défaillances.
Un mot de travers dans un compte rendu, un organe sain en moins, une tumeur toujours là : à Brindisi, il a suffi d’un côté confondu. Si vous pensez que les blocs opératoires n’ont plus de secrets, ce que des chirurgiens racontent de leurs pires jours au bloc risque de vous faire déchanter. Et pour l’envers du décor, ce que médecins et infirmières avouent enfin sur l’hôpital pose une question que personne n’ose poser tout haut.