« On m’a mis sous antidépresseurs » : à 27 ans, elle luttait contre un cancer que 8 médecins avaient ignoré

Un peu de sang en essuyant, une grosseur qui apparaît, des douleurs qui s’installent. Pour beaucoup, ces symptômes évoquent immédiatement les hémorroïdes, surtout après un accouchement. C’est exactement ce qu’on a répété à Lauren Toole pendant trois ans.
Sauf que derrière ce diagnostic rassurant se cachait tout autre chose. Une tumeur rare, découverte presque par hasard, après huit consultations où personne n’a voulu l’écouter.
Trois ans d’errance et huit médecins qui se trompent
Tout commence en 2023, après la naissance de son deuxième fils. Lauren Toole, 27 ans, originaire du Royaume-Uni, remarque un peu de sang lors du passage aux toilettes. Rien d’alarmant a priori : les médecins lui expliquent que ce genre de saignement est fréquent chez les jeunes mamans qui viennent d’accoucher.
Mais les symptômes ne s’arrêtent pas là. Une grosseur apparaît, les saignements s’intensifient, et Lauren doit parfois repousser elle-même la masse à l’intérieur. Des caillots de sang se forment à chaque passage aux toilettes. Elle alterne entre constipation et selles molles, un cocktail de signaux qui, avec le recul, aurait dû alerter davantage.
Comme le rappelle ce type d’alerte sanitaire méconnue, certains signaux du corps restent invisibles jusqu’à ce qu’ils deviennent impossibles à ignorer. Pendant trois ans, Lauren consulte à huit reprises. Chaque fois, le verdict est identique : des hémorroïdes, banales chez une femme qui a accouché deux fois. On lui prescrit des crèmes qui ne font rien.
Un médecin évoque même une possible prise en charge classique du syndrome du côlon irritable. Mais le plus troublant reste à venir : face à son insistance, on lui diagnostique de l’anxiété liée à la santé. Des antidépresseurs lui sont prescrits, alors qu’elle réclame simplement des examens plus poussés.
Le diagnostic qui change tout : une tumeur neuroendocrine
Le tournant survient de façon totalement imprévue. Lauren est hospitalisée en urgence pour une suspicion d’appendicite. C’est cette admission, sans lien direct avec ses symptômes initiaux, qui va enfin débloquer la situation.
Les médecins décident de lui faire passer une coloscopie. L’examen révèle la présence de polypes, ces petites excroissances qui se forment sur la paroi du côlon. Ils sont retirés et envoyés en biopsie.
Le résultat tombe : les analyses révèlent des cellules précancéreuses appelées adénome tubulovilleux, mais aussi la présence d’une tumeur neuroendocrine, un type de cancer rare qui se développe dans les cellules du système hormonal et digestif.
C’est le genre de nouvelle qui aurait pu passer complètement à côté. Lauren aurait pu continuer à appliquer des crèmes contre les hémorroïdes pendant des mois, voire des années, sans jamais savoir ce qui se cachait réellement derrière ses symptômes. Un peu comme ces scénarios qu’on n’imagine jamais possibles jusqu’à ce qu’ils se produisent vraiment.

« J’aurais pu avoir deux cancers différents »
Le détail qui glace le sang dans cette histoire, c’est ce que Lauren révèle sur les conséquences d’un diagnostic encore plus tardif. Si les polypes précancéreux n’avaient pas été détectés à temps, ils auraient pu évoluer en une deuxième forme de cancer, distincte de la tumeur neuroendocrine déjà présente.
« Si j’avais laissé les deux évoluer, j’aurais pu me retrouver avec deux types de cancer différents », confie-t-elle. Une phrase qui résume à elle seule l’ampleur de ce qu’elle a évité de justesse, grâce à une hospitalisation qui n’avait initialement rien à voir avec son problème.
Aujourd’hui, Lauren doit encore subir une ou plusieurs opérations pour s’assurer que le cancer a totalement disparu. Elle vit dans l’incertitude, sans savoir précisément ce que lui réserve la suite de son parcours médical.
Mais ce qui la ronge le plus, c’est la culpabilité. « J’étais frustrée non seulement envers les médecins, mais aussi envers moi-même. Est-ce que j’ai dit les bonnes choses ? », s’interroge-t-elle.
Elle regrette de ne pas s’être renseignée davantage sur les autres causes possibles avant d’accepter le diagnostic d’hémorroïdes. « J’avais cette intuition que quelque chose n’allait pas, ce qui a pu être interprété comme de l’anxiété. J’étais anxieuse parce que je ne me sentais pas moi-même. »
Elle ajoute un constat qui devrait faire réfléchir : « Si on avait relié ces symptômes entre eux et qu’on m’avait envoyée faire une coloscopie plus tôt, ça aurait été détecté plus vite. » Un message qu’elle tient à transmettre à toutes celles et ceux qui doutent face à un diagnostic qui ne colle pas avec leur ressenti.
Trois ans de doute, huit consultations manquées, et une hospitalisation d’urgence pour un tout autre motif : voilà ce qu’il a fallu pour révéler la vérité sur le corps de Lauren. Une leçon simple, mais qu’on oublie trop souvent : quand l’intuition persiste malgré les rassurances médicales, demander un second avis n’est jamais un caprice.