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FIV à l’hôpital de Lyon : elle fait un AVC après une injection et finit en fauteuil roulant à 38 ans

Publié par Cassandre le 08 Juin 2026 à 7:37

En 2010, Sandrine avait 38 ans et un rêve : devenir maman. Elle entame une FIV à l’Hôpital Femme-Mère-Enfant de Bron, près de Lyon. Dix jours après une injection censée faciliter l’ovulation, sa vie bascule dans un cauchemar médical dont elle ne s’est jamais remise.

Seize ans plus tard, la cour administrative d’appel de Lyon vient de réexaminer son dossier ce mardi 2 juin 2026. L’enjeu : des centaines de milliers d’euros d’indemnisation. Et une question douloureuse sur les risques que personne ne lui avait fait mesurer.

Une injection de routine, puis les vomissements

En mai 2010, Sandrine suit un protocole classique de procréation médicalement assistée. On lui injecte du Puregon 900, un médicament hormonal qui stimule l’ovulation et favorise le développement des follicules contenant les ovules.

Chambre d'hôpital avec perfusion pour traitement de fertilité

Le 13 mai, une dizaine de jours après l’injection, tout dérape. Sandrine est prise de vomissements violents. Diagnostic : une hyperstimulation ovarienne, une complication connue mais rare des traitements de fertilité.

Sauf que dans son cas, cette hyperstimulation ne s’arrête pas là. Elle provoque un emballement des facteurs de coagulation dans son sang, créant ce que les médecins appellent un « état pré-thrombotique ». En clair : son sang s’épaissit dangereusement.

Résultat : un accident vasculaire cérébral ischémique. À 38 ans, en plein parcours de FIV, Sandrine devient paralysée du côté droit. Un scénario que même les spécialistes qualifient d’exceptionnel, mais qui reste inscrit dans les statistiques.

0,1 cas sur 1 000 : le risque existait bel et bien

L’expert médical mandaté par la justice a été formel : « L’AVC est une complication de sa fécondation in vitro. » Les complications thromboemboliques artérielles et veineuses représentent 0,1 cas sur 1 000 des FIV. Autrement dit, c’est rarissime — mais ça arrive.

Et le dossier de Sandrine est limpide sur un point crucial. Avant cette injection, elle ne présentait aucun facteur de risque accru de thrombose. Aucun antécédent médical qui aurait pu laisser présager un tel accident. Son corps a simplement réagi de manière imprévisible au traitement hormonal.

Seringue et médicament hormonal pour une FIV

Transférée à l’hôpital neurologique Pierre Wertheimer, elle subit une thrombolyse — un traitement d’urgence pour dissoudre le caillot — puis une hémicraniectomie décompressive gauche. Concrètement, on lui retire un morceau de crâne pour soulager la pression sur son cerveau. Comme d’autres victimes d’AVC, elle entame alors un combat de chaque instant.

S’ensuivent neuf mois d’hospitalisation et trois ans et demi avec un déficit fonctionnel évalué à 75 %. Trois ans et demi où les gestes les plus simples deviennent des épreuves.

« Sa vie s’est rétrécie »

Aujourd’hui, Sandrine reste hémiplégique. Elle souffre de troubles à l’oral et à l’écrit, de difficultés de compréhension et de vives douleurs neuropathiques. Pour se déplacer sur de courtes distances, elle utilise une canne et une orthèse. Le reste du temps, c’est le fauteuil roulant.

« Du jour au lendemain, elle n’a plus pu monter à l’étage », a rappelé son avocat devant la cour d’appel. « Sa vie s’est rétrécie. » Cette ancienne secrétaire comptable n’a jamais pu reprendre son activité professionnelle. Un bouleversement total, à un âge où l’on est censé être en pleine force.

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Malgré tout, Sandrine a réussi à donner naissance à un petit garçon en septembre 2012. Deux ans après l’accident. Une victoire intime au milieu du chaos médical. Mais le combat judiciaire, lui, n’en était qu’à ses débuts.

1,7 million en première instance, l’organisme fait appel

Il aura fallu attendre dix ans. En septembre 2020, Sandrine saisit enfin la justice administrative. Puisque l’AVC n’est pas imputable à une faute médicale mais à un aléa thérapeutique, c’est l’ONIAM — l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux — qui doit indemniser au titre de la solidarité nationale.

Femme en fauteuil roulant dans un couloir de tribunal

Le 24 juin 2025, le tribunal administratif de Lyon lui accorde 1,7 million d’euros. Frais médicaux, fauteuil roulant, véhicule adapté, WC adaptés au domicile, perte de revenus, préjudice d’agrément… La facture est lourde, à la mesure du handicap.

Mais l’ONIAM fait appel. L’organisme veut réduire la condamnation. « Avec l’ONIAM, on s’attend toujours au pire et on est rarement déçu », a grincé l’avocat de Sandrine à l’audience. Un rapport compliqué entre patients et institutions que beaucoup connaissent.

La rapporteure publique propose de diviser la somme par trois

Devant la cour d’appel, la rapporteure publique a confirmé que Sandrine « a droit à réparation au titre de la solidarité nationale ». Pas de contestation sur le fond. Mais sur les montants, c’est une autre histoire.

La magistrate propose de ramener la somme globale à 589 000 euros — contre 1,7 million en première instance. Le poste qui trinque le plus : l’assistance par tierce personne, que la rapporteure veut faire passer de 850 000 euros à 382 000 euros. Sandrine avait déjà perçu une pension de compensation du handicap, ce qui justifierait selon elle cet ajustement.

En contrepartie, une rente trimestrielle de 7 500 euros pourrait lui être allouée pour ses frais futurs. La perte de gains professionnels est évaluée à 22 000 euros, l’incidence professionnelle à 50 000 euros. Quant à l’adaptation de sa terrasse, les juges l’ont refusée : les photos fournies ne permettent pas de distinguer des travaux d’accessibilité de « simples embellissements ».

La rapporteure a tout de même proposé de confirmer l’indemnisation du fauteuil roulant, du véhicule adapté, du préjudice physique et du préjudice d’agrément. Les avis de la rapporteure publique sont généralement suivis par les juges — mais pas toujours.

Un verdict attendu dans les prochaines semaines

La cour administrative d’appel de Lyon rendra sa décision prochainement. Pour Sandrine, l’enjeu dépasse l’argent. C’est la reconnaissance d’une vie fracassée par un risque statistique de 0,01 %. Pendant que le débat sur le financement de la Sécurité sociale agite l’Assemblée, son dossier rappelle une réalité : derrière chaque chiffre, il y a un visage.

Son cas pose aussi la question de l’information des patientes en parcours de PMA. Les complications thromboemboliques sont rares, certes. Mais quand elles surviennent, les conséquences sont dévastatrices. Et la route vers l’indemnisation, interminable.

Seize ans après une simple injection hormonale, Sandrine attend toujours que la justice fixe le prix de ce que cette FIV lui a coûté. Pas un bébé — un bébé, elle l’a eu. Mais tout le reste.

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