Aveugle depuis 5 ans, elle recouvre la vue grâce à une greffe jamais tentée en Italie

Elena avait 62 ans quand un accident de voiture lui a volé la lumière. Depuis cinq ans, cette Italienne vivait dans le noir total, son nerf optique irrémédiablement endommagé. Un hôpital de Turin vient pourtant de réaliser ce que la médecine jugeait impossible : lui redonner la vue grâce à une greffe encore jamais tentée sur un être humain.
Une double cécité que personne ne savait réparer
Le calvaire d’Elena avait commencé bien avant son accident de voiture. Son œil droit souffrait déjà d’une maladie de la macula, cette petite zone centrale de la rétine qui permet de distinguer les détails, de lire, de reconnaître un visage.
Le traumatisme routier a ensuite détruit son œil gauche d’une manière différente mais tout aussi radicale : le nerf optique ne transmettait plus aucune information au cerveau, alors même que les structures de l’œil restaient, elles, intactes.
Résultat, un cas médical à double impasse. L’œil droit avait perdu ses cellules souches, rendant impossible toute greffe classique de cornée. L’œil gauche, lui, possédait encore des tissus sains mais totalement inutiles puisque déconnectés du cerveau.
Pour les équipes de l’hôpital Molinette, la situation était scellée. Ils l’ont écrit noir sur blanc dans leur communiqué : cette femme était condamnée à la cécité définitive. C’est cette impasse-là que le professeur Michele Reibaldi et son équipe ont décidé de contourner, avec une idée aussi simple que folle : et si on combinait les deux yeux malades pour n’en reconstruire qu’un seul, fonctionnel ?
La greffe jamais tentée qui a tout changé
L’idée du professeur Reibaldi tenait en une phrase : exploiter les tissus sains de l’œil gauche, celui qui ne voyait plus mais dont les structures restaient intactes, pour réparer l’œil droit. Encore fallait-il oser transplanter un morceau d’organe aussi complexe.
Lors d’une opération de près de six heures, les chirurgiens ont prélevé un bloc anatomique complet : la cornée, la sclère, la conjonctive, et surtout la macula, cette zone centrale de la rétine jamais greffée jusqu’ici sur un patient. Un geste que l’hôpital turinois qualifie lui-même de première mondiale.
Ce bloc a ensuite été transféré dans l’œil droit, celui dont la rétine et la cornée avaient été détruites par la maladie. L’objectif : reconstruire, à partir de deux yeux abîmés, un seul œil capable à nouveau de transmettre la lumière jusqu’au cerveau.
« Nous attendons maintenant de voir dans quelle mesure la rétine greffée sera capable de fonctionner, mais les premiers résultats sont encourageants », a résumé Michele Reibaldi. Une prudence de chercheur, mais un espoir bien réel : après cinq ans de nuit complète, Elena a recommencé à percevoir des formes, puis de la lumière, puis des contours. Un progrès que même les équipes médicales, habituées aux découvertes spectaculaires, n’osaient pas espérer aussi vite.

« Je me trouvais plus belle » : la réaction pleine d’humour d’Elena
Passé le choc médical, il y a eu l’instant le plus émouvant : celui où Elena s’est vue dans un miroir pour la première fois depuis cinq ans. Sa réaction, rapportée par plusieurs médias italiens, a fait sourire jusqu’à son chirurgien.
« Je suis super contente, mais en colère : maintenant que je me suis regardée dans le miroir, il y a cinq ans, je me trouvais plus belle », a plaisanté la sexagénaire auprès du professeur Reibaldi. Une pointe d’humour qui n’enlève rien à la portée de cette avancée inédite pour la médecine ophtalmologique mondiale.
Reste une question centrale, et l’hôpital de Turin ne l’esquive pas : cette technique est-elle reproductible ? Le professeur Michel Paques, chef de service d’ophtalmologie à l’hôpital des Quinze-Vingts à Paris et spécialiste des pathologies rétiniennes, a confirmé à l’AFP qu’il s’agissait bien d’une première mondiale.
Il a toutefois posé une réserve de taille : en l’absence de données publiées et évaluées par des pairs, impossible pour l’instant d’évaluer objectivement la technique, sa reproductibilité ou les résultats annoncés. Autrement dit, la communauté scientifique attend maintenant de voir si le cas d’Elena reste une exception spectaculaire ou devient le point de départ d’un nouveau protocole pour d’autres patients frappés de cécité irréversible partout dans le monde.
Une femme qui retrouve la lumière après cinq ans de nuit, une greffe que personne n’avait osé tenter : voilà ce que la médecine italienne vient d’offrir au monde entier. Reste à savoir si d’autres patients aveugles pourront un jour bénéficier de la même prouesse.