Selon Harvard, cette maladie qu’on croit réservée aux seniors s’installerait déjà dans vos artères à 20 ans

À 25 ans, un bilan sanguin rassurant suffit généralement à balayer toute inquiétude cardiaque. Pourtant, une nouvelle étude publiée dans le New England Journal of Medicine vient bousculer cette certitude tranquille. Elle a détecté des dépôts de plaque dans les artères de jeunes adultes en parfaite santé apparente, révélant un mécanisme silencieux qui démarrerait bien avant l’âge où l’on commence enfin à s’en préoccuper.
À 25 ans, personne ne s’inquiète pour son cœur — et c’est bien le problème
Pendant longtemps, les maladies cardiaques ont été perçues comme un problème de quinquagénaires. Un taux de cholestérol un peu élevé à 30 ans ? On se dit qu’il y a le temps de corriger le tir plus tard.
C’est exactement le raisonnement que dénonce Amit Khera, directeur du service de cardiologie préventive à l’École médicale du Sud-Ouest de l’université du Texas. Il évoque même un lien avec certains signaux précoces mal identifiés qui, comme pour le cœur, apparaissent bien avant les premiers symptômes visibles.
Les calculateurs de risque utilisés par les médecins accordent un poids énorme à l’âge. Résultat : un trentenaire au cholestérol élevé peut être classé « faible risque » simplement parce que les crises cardiaques restent rares à cet âge, un peu comme certaines habitudes alimentaires du quotidien, tel ce snack ultra-courant, dont l’impact réel sur le long terme reste sous-estimé.
16 808 adultes étudiés : la découverte qui bouscule tout
L’étude REACT a suivi 16 808 adultes âgés de 18 à 70 ans au Danemark et en Espagne, tous sans maladie cardiaque connue. Grâce à l’imagerie médicale, les chercheurs ont scruté les artères du cœur, du cou et des jambes.
Le constat est sans appel : plus de la moitié des participants présentaient déjà des traces d’athérosclérose. Plus troublant encore, 8,7% des hommes et 6,7% des femmes âgés de 18 à 29 ans montraient des dépôts de plaque, généralement localisés dans une seule zone du système artériel.
Une analyse menée en 2025 sur 4 366 participants confirme la logique : plus le nombre d’années d’exposition au mauvais cholestérol grimpe, plus le risque de développer une maladie cardiaque avant 40 ans augmente.
Les nouvelles lignes directrices américaines sur le cholestérol tiennent désormais compte de ce phénomène, tout comme certains organismes s’intéressent au dépistage précoce d’autres pathologies silencieuses. Selon le Dr Khera, une trajectoire favorable dès la naissance change radicalement la donne : « Si vous commencez plus tard, il est nettement plus difficile de corriger le tir.
» Une réalité qui interroge aussi la manière dont on prépare les Français à vieillir en bonne santé.

Le vrai danger ne se cache pas où vous le pensez
Avant de rêver à une retraite paisible, encore faut-il traverser sans dommage les décennies qui précèdent. Or toutes les plaques ne se valent pas : certaines restent stables des années, d’autres s’accumulent jusqu’à obstruer la circulation, et certaines se brisent en libérant des caillots dangereux.
Goodarz Danaei, professeur à la Harvard T.H. Chan School of Public Health, invite à la prudence : les patients de l’étude REACT sont jeunes et asymptomatiques, contrairement aux participants d’une précédente analyse de 2020 menée sur des personnes de 58 ans en moyenne déjà sujettes à des douleurs thoraciques.
Autre découverte inattendue : la formation de plaque intervient plus tard chez les femmes, avec une accélération nette à l’entrée dans la quarantaine.
Une étude montre que l’accumulation de graisse abdominale commence environ deux ans avant le dernier cycle menstruel, et l’analyse de vingt années de données SWAN suggère qu’une hormonothérapie précoce pourrait réduire les événements cardiovasculaires.
Une piste qui redonne du sens à des rituels transmis de génération en génération, comme ces habitudes alimentaires des anciens qu’on redécouvre aujourd’hui.
Le message n’est pas de paniquer à 25 ans devant une plaque minuscule. C’est plutôt d’admettre que l’horloge cardiaque tourne bien plus tôt qu’on ne le croit, silencieuse et implacable, pendant que l’on se sent invincible. La prochaine fois qu’un bilan sanguin s’annonce rassurant, une question mérite d’être posée : depuis combien de temps, au juste, vos artères encaissent-elles sans se plaindre ?