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Cette puce de 2 mm glissée derrière la rétine permet à 84% des patients de lire à nouveau

Publié par Cassandre le 08 Sep 2026 à 19:10
Puce rétinienne miniature posée sur un doigt ganté

Perdre peu à peu les visages, les mots, les chiffres d’une horloge : c’est le quotidien de millions de personnes atteintes de DMLA. Dans sa forme la plus sévère, aucun traitement ne savait jusqu’ici inverser la tendance. Une équipe française vient pourtant de publier des résultats qui bousculent cette fatalité, grâce à un composant électronique minuscule posé au fond de l’œil.

Quand le centre du regard s’efface pour de bon

La DMLA atrophique, aussi appelée forme sèche, détruit progressivement les cellules photosensibles situées au centre de la rétine. Résultat : une tache aveugle s’installe pile là où l’œil a le plus besoin de précision, pour lire, reconnaître un visage ou déchiffrer un écran. Contrairement à d’autres pathologies liées à l’âge, ces cellules mortes ne se régénèrent jamais.

Jusqu’à présent, aucun médicament ne pouvait ranimer ces neurones perdus. Les patients concernés, souvent âgés de plus de 75 ans, apprenaient à vivre avec une vision périphérique seule, une situation qui isole autant qu’elle handicape au quotidien, un peu comme d’autres fragilités liées à l’âge qui touchent inégalement les Français.

C’est dans ce contexte que l’Institut de la Vision, à Paris, a mené un essai clinique international dont les résultats, publiés le 20 octobre 2025 dans le New England Journal of Medicine, changent la donne. L’enjeu : réussir à faire ce que la médecine échouait jusque-là à accomplir, remplacer artificiellement des cellules disparues. Ce type de prouesse technologique n’est pas sans rappeler d’autres avancées technologiques discrètes qui passent presque inaperçues du grand public.

Une puce de 2 mm qui réveille les neurones survivants

Le dispositif testé s’appelle un implant rétinien photovoltaïque. Concrètement, il s’agit d’une puce de 2 millimètres de côté, plus fine qu’un cheveu, hérissée de 378 électrodes, glissée chirurgicalement sous la macula. Elle prend le relais des cellules photosensibles détruites en transformant la lumière reçue en signaux électriques capables de stimuler les neurones encore vivants.

Pour fonctionner, le patient porte des lunettes équipées d’une caméra qui filme la scène en temps réel. L’image est ensuite projetée en lumière infrarouge directement sur la puce, laquelle convertit ce signal en impulsions électriques transmises au cerveau via les neurones survivants. Ce système, conçu par le chercheur américain Daniel Palanker à Stanford, exige toutefois plusieurs mois de rééducation, le temps que le cerveau apprenne à interpréter ces nouveaux signaux artificiels.

L’essai a suivi 38 volontaires répartis dans 17 centres, dans cinq pays européens, tous atteints d’une forme avancée de DMLA atrophique et âgés en moyenne de 79 ans. Sur les 32 patients qui sont allés au bout du protocole, 81% ont gagné au moins deux lignes sur le tableau de mesure de la vue, un progrès similaire à ceux observés dans d’autres domaines où l’innovation technologique transforme discrètement le quotidien.

Personne âgée portant des lunettes avec caméra intégrée

84% des patients relisent chez eux, mais l’opération n’est pas sans risque

Le chiffre qui change tout est celui-ci : 84% des opérés sont parvenus à lire de nouveau des lettres, des chiffres et des mots dans leur environnement quotidien, là où ils ne voyaient plus rien auparavant. Certains ont pu redécouvrir les pages d’un livre ou les chiffres d’une horloge murale, des gestes qu’ils pensaient avoir perdus pour toujours.

Le gain reste néanmoins partiel. Les patients perçoivent des formes en niveaux de gris, lisent lentement et doivent porter leurs lunettes équipées en permanence pour bénéficier du dispositif. L’opération n’est pas anodine non plus : 26 complications sérieuses, dont des décollements de rétine et des hausses de pression oculaire, sont survenues chez 19 des 32 participants suivis, même si la quasi-totalité de ces complications s’est résorbée rapidement.

En France, les hôpitaux Rothschild et des Quinze-Vingts, à Paris, ont opéré une partie des volontaires de cet essai. Le dispositif, développé par la société américaine Science Corporation, doit encore convaincre les autorités sanitaires avant d’espérer une diffusion à plus grande échelle.

Des essais complémentaires, sur une durée plus longue, permettront de mesurer la longévité réelle de l’implant une fois posé, un sujet aussi suivi de près que certaines découvertes scientifiques récentes qui redéfinissent ce qu’on croyait acquis.

Une puce de deux millimètres qui redonne le goût de lire à des personnes que la médecine avait abandonnées : voilà ce que révèlent ces travaux publiés dans le New England Journal of Medicine. Reste à savoir combien de temps ces implants tiendront, et si la technique pourra un jour s’appliquer à d’autres formes de cécité centrale.

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