« Il a de graves conséquences sur le coeur » : des cardiologues mettent en garde contre un traitement pris 10 ans

Dans l’univers de la musculation, certains produits circulent loin des ordonnances et passent pour un simple raccourci vers des muscles plus gros. Mais que devient le cœur quand on les prend pendant des années ? Des cardiologues norvégiens ont suivi des hommes pendant une décennie pour le savoir. Leur verdict est sévère, et pourtant, un détail de l’étude laisse entrevoir une vraie porte de sortie.
Dix ans, 105 hommes et des échographies : l’étude qui a mis des muscles sous la loupe
Tout part d’une étude publiée le 12 octobre dans l’European Heart Journal Cardiovascular Imaging. Elle est portée par le Dr Vibeke M. Almaas, du département de cardiologie de l’hôpital universitaire Rikshospitalet d’Oslo, en Norvège. Son équipe voulait comprendre ce que devient le cœur quand on suit un même traitement très longtemps.
Le protocole est simple à résumer. Les chercheurs ont suivi 105 hommes pendant dix ans : 70 prenaient le fameux médicament, 35 n’en utilisaient pas et servaient de groupe de comparaison. Chez les utilisateurs, la prise s’accompagnait d’un entraînement de force.
Pour évaluer leur santé cardiovasculaire, l’équipe a combiné trois outils : des questionnaires, des analyses sanguines et des échographies du cœur. Ce dernier examen est le plus parlant, car il permet de voir la paroi du muscle, sa manière de se contracter et sa façon de se relâcher.
Le sujet dépasse largement les salles de sport. Les molécules en cause sont dérivées de la testostérone, un terrain sur lequel l’engouement monte, comme le montre cette obsession virale pour la testostérone qui touche des jeunes hommes n’en ayant pourtant pas besoin.
Alors, de quel produit parle-t-on précisément, et qu’ont vu les cardiologues sur leurs écrans ? La réponse tient en trois mots que beaucoup de pratiquants connaissent, et elle n’a rien d’anodin.
Un ventricule gauche qui s’épaissit, se contracte mal et ne se remplit plus
Le médicament en question, ce sont les stéroïdes anabolisants. Ces substances, dérivées de la testostérone, sont utilisées pour augmenter la masse musculaire et améliorer les performances physiques. C’est précisément pour cela que certains les détournent de leur usage médical.
Chez les hommes qui en avaient pris pendant leur entraînement de force, les échographies ont montré un épaississement durable de la paroi du ventricule gauche. Ce ventricule est la grande pompe qui envoie le sang dans tout l’organisme. Quand sa paroi s’épaissit, ce n’est pas un signe de force, mais un signe de gêne.
Selon le Dr Almaas, l’utilisation continue, même à faibles doses, était associée à un épaississement persistant du muscle cardiaque, à une altération des contractions et à une diminution de la capacité du cœur à se relâcher. Le détail « même à faibles doses » mérite qu’on s’y arrête.
Les auteurs détaillent le mécanisme. Le ventricule gauche serait incapable de se contracter suffisamment pour éjecter efficacement le sang, ou de se relâcher assez entre deux battements pour se remplir à nouveau. Le cœur travaille donc dans les deux sens avec un handicap.
Ces observations de terrain rappellent à quel point le cœur reste un organe qu’on apprend encore à imiter et à comprendre, comme avec ce cœur robotique capable d’imiter une insuffisance cardiaque. Ici, pas besoin de simulateur : les échographies parlent d’elles-mêmes.
Reste le chiffre qui a le plus marqué les chercheurs. Parmi les hommes qui avaient poursuivi leur consommation, 17 % présentaient une fonction cardiaque gravement altérée. Pour les auteurs, la conclusion est sans détour : l’utilisation prolongée de stéroïdes anabolisants androgènes « a de graves conséquences sur le cœur ». Mais tout n’est pas joué, et la suite de l’étude change la lecture de ces chiffres.

Réduire les doses ne suffit pas : ce que l’arrêt complet a changé
Sur un autre sujet de médicaments pris au long cours, une étude pointe aussi un risque cérébral : ce médicament prescrit à des millions de Français après 65 ans qui accélérerait le déclin cognitif. La logique est comparable : ce qui rassure à court terme se paie parfois à long terme.
Pour les stéroïdes, le point décisif est le suivant. Selon les résultats de l’équipe d’Oslo, réduire les doses ne suffit pas à améliorer la santé cardiaque. Seul l’arrêt complet permet une amélioration significative. Beaucoup de pratiquants pensent se protéger en baissant simplement la dose : l’étude suggère que ce n’est pas la bonne stratégie.
Et voici la bonne nouvelle. À l’arrêt du produit, même au bout de plusieurs années, la fonction cardiaque semble s’améliorer. Chez les hommes qui avaient cessé leur prise, la proportion de sang éjectée à chaque contraction est passée de 48 % à 54 %, contre 60 % chez les non-utilisateurs.
Le cœur n’a donc pas retrouvé tout son niveau, mais il s’en est sensiblement rapproché. L’écart avec le groupe témoin se réduit, sans disparaître complètement dans ces chiffres.
Le Dr Almaas résume : l’arrêt de la prise a été associé à une réduction de l’épaississement du muscle cardiaque et à une amélioration de la fonction cardiaque. Cela suggère qu’au moins certains de ces effets indésirables pourraient être réversibles, voire devenir comparables à ceux des non-utilisateurs du groupe témoin. Le conditionnel compte : l’étude parle de « pourrait », pas de garantie.
Autrement dit, le message de l’étude tient en deux temps. Le cœur paie un lourd tribut à une prise prolongée, mais il garde une capacité de récupération quand on arrête vraiment. Reste à savoir comment tout cela se traduit en France, où ces molécules existent bel et bien en pharmacie.
En France, des molécules sur ordonnance et un usage détourné qui inquiète
Dans l’Hexagone, des stéroïdes anabolisants sont commercialisés sous forme de médicaments à base de testostérone. On trouve notamment Androtardyl®, Nebido®, Androgel® ou Testavan®. Ils se présentent sous forme d’injections ou de gels.
Ces traitements sont disponibles uniquement sur ordonnance. Ils sont notamment prescrits aux hommes présentant un déficit avéré en testostérone. Leur usage pour augmenter la masse musculaire ou améliorer les performances sportives, lui, n’est pas autorisé.
Ce qui n’empêche pas certains adeptes de musculation de se les procurer en dehors du circuit médical, notamment sur Internet ou auprès de revendeurs clandestins, malgré les risques pour leur santé. Dans ce cas, aucun médecin ne suit la dose, ni la durée, ni l’état du cœur.
C’est là que l’étude norvégienne prend tout son sens. Elle rappelle qu’un produit actif sur l’organisme ne s’avale pas comme un complément banal, et qu’il vaut mieux en parler à un professionnel, comme le rappelle cette alerte d’une pharmacienne sur un complément vendu sans ordonnance. Le principe vaut a fortiori pour des hormones.
Il faut aussi surveiller la suite. Un médicament peut être utile, voire indispensable, et pourtant être retiré quand des signaux inquiétants s’accumulent, comme pour ce médicament pris par 600 Français retiré des pharmacies après plusieurs décès à l’étranger. L’étude d’Oslo ne dit pas autre chose : la vigilance doit rester constante.
Enfin, un point reste à garder en tête. Cette étude porte sur 105 hommes, et ses conclusions sont présentées par ses auteurs comme des associations, avec la prudence que cela suppose. Mais elle repose sur dix ans de suivi, ce qui est rare, et c’est ce qui lui donne du poids.
Le message est simple : le muscle gonfle vite, le cœur se rappelle longtemps, mais il peut aussi récupérer. Pour qui se pose la question de l’arrêt, c’est peut-être l’info la plus précieuse de toute l’étude.
Et si vous pensiez que les risques liés aux traitements se limitaient au cœur, ce mal nocturne décrit comme « pire que l’accouchement » chez certains patients sous Mounjaro et Ozempic risque de vous faire changer d’avis. Et du côté des bonnes nouvelles, ce vaccin à ARN fabriqué sur mesure contre le mélanome montre jusqu’où la médecine peut aller.