« Pire que l’accouchement » : ce mal nocturne frappe 70% de patients en plus sous Mounjaro et Ozempic

Elle avait perdu plus de 38 kilos grâce à Mounjaro, retrouvé de l’énergie, un cholestérol normal. Tout allait bien, jusqu’à cette nuit où Kat Smith, infirmière londonienne de 41 ans, s’est retrouvée pliée en deux sur le carrelage de sa salle de bain. Une douleur qu’elle a comparée à un infarctus. La vérité était ailleurs, et elle concerne potentiellement des millions de patients sous traitement amaigrissant.
Un effet secondaire que personne ne prend au sérieux
Kat Smith est passée de 90 kilos à 50 kilos en moins de deux ans grâce au Mounjaro. Aucun souci majeur, jusqu’à cette nuit de douleur intense qui a débuté par une sensation de chaleur, avant de se transformer en une brûlure irradiant du thorax jusqu’au bras gauche. Impossible pour elle de lever le bras au bout de vingt minutes. Sa mère a appelé les secours en urgence.
Aux urgences, le diagnostic tombe : une crise aiguë de calculs biliaires. Ces petits dépôts durs se forment dans la vésicule, cet organe niché sous le foie qui stocke la bile nécessaire à la digestion des graisses. Quand un calcul obstrue les canaux biliaires, la douleur peut devenir insupportable, un peu comme une alerte médicale qu’on ne voit jamais venir.
Le plus troublant : les médecins ont immédiatement demandé à Kat si elle prenait un traitement amaigrissant de type GLP-1. Sa réponse a confirmé leurs soupçons. Personne ne l’avait prévenue de ce risque, alors même que la notice de Wegovy classe déjà les calculs biliaires comme un effet « courant », susceptible de toucher jusqu’à un patient sur dix. Un détail qui aurait mérité d’être aussi visible que les conseils sur une alimentation à risque.
Ce que révèlent les chiffres sur Mounjaro, Ozempic et Wegovy
Le cas de Kat n’a rien d’isolé. Une vaste analyse publiée en 2022, portant sur 76 essais cliniques et plus de 103 000 patients, a établi un lien statistique solide. Les personnes sous médicaments GLP-1 avaient 37% de risques en plus de développer des problèmes de vésicule ou des voies biliaires par rapport à un placebo.
Le détail est encore plus parlant : 27% de risque supplémentaire de calculs biliaires, 36% de plus d’inflammations de la vésicule, et surtout 70% de risque en plus de devoir se faire retirer l’organe chirurgicalement. Ce dernier chiffre grimpe particulièrement quand le traitement est utilisé à haute dose, spécifiquement pour la perte de poids, comme c’est souvent le cas avec Mounjaro ou Ozempic.
Le chirurgien Saqib Rahman, de l’hôpital universitaire de Southampton, confirme voir passer plusieurs patients par semaine en chirurgie d’urgence pour ce motif précis. Selon lui, ces traitements ralentissent la vidange gastrique, ce qui affecte directement le fonctionnement de la vésicule.
Une étude danoise de 2018 sur le liraglutide, un autre GLP-1, avait déjà montré que la vésicule mettait plus de temps à se contracter après un repas chez les patients traités, un mécanisme proche de celui observé chez un patient souffrant d’un trouble digestif chronique.
Résultat visible côté hôpitaux : plus de 80 196 opérations de la vésicule ont été réalisées par le NHS britannique en 2024-2025, soit une hausse de 15% en un an, et un chiffre qui a plus que doublé depuis les 39 000 interventions comptabilisées en 2000. Un bond qui coïncide, sans grande surprise, avec l’explosion de l’usage des jabs minceur, tout comme certains cas rapportés chez un jeune patient mal diagnostiqué au départ.

Les signes qui doivent vous alerter sans attendre
Avant même de parler de Mounjaro ou d’Ozempic, il faut savoir reconnaître les symptômes d’alerte, un peu comme on apprend à ne jamais gratter une piqûre pour éviter d’aggraver la situation. Selon le professeur Naveed Sattar, de l’université de Glasgow, la perte de poids rapide libère une grande quantité de cholestérol dans la bile, qui finit par cristalliser en calculs, quel que soit le moyen employé pour maigrir.
Le chirurgien Saqib Rahman est formel sur les symptômes à surveiller : toute douleur soudaine en haut à droite ou au centre du ventre, qui irradie vers l’épaule droite ou le milieu du dos, doit conduire à consulter rapidement.
Des nausées persistantes, de la fièvre, des frissons ou un jaunissement de la peau et des yeux sont également des signaux d’alarme à ne jamais négliger, un diagnostic parfois aussi difficile à poser que celui d’un mal rare et méconnu.
Les femmes, les plus de 40 ans et les personnes ayant des antécédents familiaux de calculs biliaires sont particulièrement exposés. Aucune méthode ne garantit une prévention totale, mais connaître ces signaux permet d’agir avant que la situation ne dégénère en urgence chirurgicale.
Du côté des laboratoires, Eli Lilly (Mounjaro) assure surveiller activement la sécurité de ses médicaments. Novo Nordisk, qui fabrique Wegovy et Ozempic, confirme que 1,6% des patients ont rapporté une maladie biliaire aiguë, menant à une inflammation de la vésicule dans 0,6% des cas — un effet listé comme « courant » dans la notice officielle.
Le professeur Rahman se veut néanmoins rassurant : ces traitements restent, selon lui, de très bons médicaments. Mais leur efficacité ne dispense pas d’un discours clair sur leurs effets secondaires, surtout quand la douleur qu’ils peuvent provoquer dépasse, aux dires de certaines patientes, celle d’un accouchement. Une histoire de plus à surveiller de près, entre bénéfice réel et vigilance nécessaire.