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Mélatonine et insuffisance cardiaque : un risque 90 % plus élevé selon une étude américaine

Publié par Cassandre le 27 Avr 2026 à 17:27
Mélatonine et insuffisance cardiaque : un risque 90 % plus élevé selon une étude américaine

Elle est sur la table de nuit de millions de personnes. En pharmacie, en parapharmacie, même en supermarché. La mélatonine, ce petit comprimé censé offrir un sommeil réparateur sans les effets secondaires des somnifères classiques, jouit d’une réputation quasi irréprochable. Sauf qu’une étude présentée lors d’un congrès de l’American Heart Association vient jeter un sérieux froid. Chez les insomniaques qui en prennent depuis plus d’un an, le risque de développer une insuffisance cardiaque grimperait de 90 %. Un chiffre qui fait réfléchir quand on sait à quel point ce complément est banalisé.

130 000 dossiers passés au crible

Patient senior consultant un médecin au sujet de compléments

L’étude en question n’est pas un simple sondage en ligne. Ekenedilichukwu Nnadi, médecin-chef des résidents en médecine interne au SUNY Downstate/Kings County Primary Care de Brooklyn, a dirigé une équipe qui a épluché les dossiers médicaux de 130 828 adultes souffrant d’insomnie chronique. L’âge moyen : 55,7 ans. La proportion de femmes : 61 %. Autant dire un profil très représentatif de ceux qui, chaque soir, avalent leur comprimé de mélatonine comme on cherche un sommeil réparateur.

Femme tenant un comprimé de mélatonine avant de dormir

Les données proviennent de la base TriNetX Global Research Network, un réseau international qui agrège des dossiers médicaux électroniques de plusieurs pays. Deux groupes de 65 414 personnes ont été constitués : d’un côté, ceux qui prenaient de la mélatonine depuis au moins un an. De l’autre, des insomniaques n’ayant jamais eu de mélatonine dans leur dossier médical. Les chercheurs ont poussé la rigueur jusqu’à apparier les deux groupes sur 40 critères différents. Âge, sexe, ethnie, tension artérielle, indice de masse corporelle, comorbidités cardiovasculaires, neurologiques, et même les médicaments pris en parallèle.

Les personnes déjà atteintes d’insuffisance cardiaque ou sous autres somnifères ont été exclues. Une analyse de sensibilité supplémentaire, exigeant au moins deux ordonnances espacées de 90 jours, a confirmé les résultats. Bref, on n’est pas face à une étude bâclée. Mais les résultats qui en sortent posent de vraies questions.

Les chiffres qui font tiquer les cardiologues

Le résultat principal est net : sur une période de cinq ans, les utilisateurs réguliers de mélatonine présentaient un risque d’insuffisance cardiaque environ 90 % plus élevé que les non-utilisateurs. Pour bien comprendre ce que ça signifie concrètement, il faut aller dans le détail.

Les consommateurs de mélatonine étaient près de 3,5 fois plus susceptibles d’être hospitalisés pour insuffisance cardiaque. Le chiffre est brutal : 19 % contre 6,6 % chez les non-utilisateurs. Quand on sait que l’insuffisance cardiaque est une pathologie lourde, avec un impact majeur sur la qualité de vie et l’espérance de vie, cette différence n’a rien d’anodin. Si vous vous demandez quels signes avant-coureurs surveiller côté cœur, c’est le moment d’y jeter un œil.

Chercheur analysant des données cardiaques sur un écran

Autre donnée marquante : le risque de décès toutes causes confondues apparaissait presque deux fois plus élevé sur la même période. On parle de 7,8 % contre 4,3 %. Pour un complément vendu comme « doux et naturel », ça ressemble à un sacré paradoxe. Ces résultats ont été présentés en novembre 2025 lors des Scientific Sessions de l’American Heart Association à La Nouvelle-Orléans. Ils n’ont toutefois pas encore été publiés dans une revue à comité de lecture, ce qui reste un point important à garder en tête.

Pourquoi ces résultats ne prouvent pas tout

Avant de jeter votre boîte de mélatonine à la poubelle, une nuance essentielle s’impose. Corrélation n’est pas causalité. Et Nnadi lui-même le dit très clairement. Plusieurs facteurs pourraient biaiser les résultats, et les chercheurs en sont parfaitement conscients.

Premier biais possible : la sévérité de l’insomnie elle-même. Les personnes qui prennent de la mélatonine sur le long terme souffrent peut-être d’un trouble du sommeil plus sévère que les autres. Or, l’insomnie chronique est en elle-même un facteur de risque cardiovasculaire bien documenté. La mélatonine pourrait n’être qu’un marqueur de cette sévérité, pas la cause directe des problèmes cardiaques.

Deuxième écueil : l’anxiété et la dépression. Ces troubles poussent à prendre de la mélatonine ET augmentent indépendamment le risque cardiaque. Les deux pourraient jouer en parallèle sans que l’un ne cause l’autre. Troisième problème, et pas des moindres : la base de données mêle des pays où la mélatonine est vendue sur ordonnance, comme le Royaume-Uni, et des pays où elle est en vente libre, comme les États-Unis. Dans le second cas, ceux qui l’achètent sans ordonnance pourraient se retrouver classés dans le groupe « non-utilisateurs ». Ce qui fausserait toute la comparaison.

Ce que disent les experts de Columbia

Marie-Pierre St-Onge, professeure de médecine nutritionnelle et directrice du Center of Excellence for Sleep & Circadian Research à l’Université Columbia Irving Medical Center de New York, a réagi à ces résultats dans Science Daily. Son message est limpide : la mélatonine n’est pas indiquée pour traiter l’insomnie chronique aux États-Unis. Point.

Elle déconseille formellement un usage prolongé sans avis médical. Et elle appelle à des études prospectives pour clarifier le profil de sécurité cardiovasculaire de ce supplément. En clair : on manque encore de données solides pour dire si la mélatonine est directement dangereuse pour le cœur. Mais on en a assez pour dire qu’on ne devrait pas l’avaler chaque soir les yeux fermés. Cette recommandation rejoint celle de nombreux cardiologues qui alertent sur la nécessité de protéger son cœur au quotidien par des gestes validés.

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Et c’est peut-être là le problème le plus profond de cette histoire. La mélatonine, hormone naturellement sécrétée par la glande pinéale pour réguler le cycle veille-sommeil, bénéficie d’une image de produit « naturel donc inoffensif ». Une perception qui pousse des millions de personnes à en faire un usage quotidien sans jamais consulter.

Le vrai problème : des alternatives sous-utilisées

L’insomnie chronique touche des dizaines de millions de personnes dans le monde. Et elle est elle-même associée à un risque cardiovasculaire accru. Quand le sommeil déraille, les conséquences sur le corps sont en cascade : inflammation, hypertension, déséquilibres métaboliques. Le problème n’est donc pas seulement la mélatonine, mais aussi ce qu’elle masque.

Car il existe des thérapies dont l’efficacité contre l’insomnie est solidement établie. Les thérapies cognitivo-comportementales pour l’insomnie (TCC-I) sont considérées comme le traitement de première intention par la plupart des sociétés savantes. Elles consistent à reprogrammer les habitudes de sommeil, à traiter les pensées anxieuses liées au coucher, et à restructurer le rythme circadien. Résultat : des effets durables, sans comprimé.

Le hic ? Elles sont sous-utilisées. En partie parce que la mélatonine paraît tellement plus simple. Un comprimé, un verre d’eau, et bonne nuit. Pas besoin de rendez-vous, pas besoin de suivi. C’est aussi pour cette raison que certains se tournent vers des compléments alimentaires sans mesurer les risques à long terme. Si vous cherchez des pistes concrètes pour améliorer votre sommeil sans médicament, plusieurs options méritent d’être explorées.

Un vide réglementaire qui laisse songeur

Aux États-Unis, la mélatonine est classée comme complément alimentaire. Ça veut dire qu’elle est en vente libre, sans approbation gouvernementale préalable. La concentration, la pureté et la qualité varient d’une marque à l’autre, sans aucune garantie de constance. Des études ont montré que certains produits contiennent des doses très différentes de ce qui est indiqué sur l’étiquette. Parfois plus, parfois moins, parfois avec des contaminants non déclarés.

En France, la situation est un peu différente mais pas franchement rassurante. Les compléments à base de mélatonine sont autorisés à condition de ne pas dépasser 1,9 mg par dose. Au-delà, c’est un médicament soumis à prescription. Mais dans les faits, l’accès reste extrêmement facile. Et les risques de surdosage sont rarement évoqués au comptoir de la pharmacie.

Rien dans la réglementation actuelle n’oblige à évaluer la sécurité cardiovasculaire à long terme de la mélatonine avant sa commercialisation. Cette étude, même préliminaire, suggère que cette lacune mériterait d’être comblée. Surtout quand on sait que certains groupes sanguins ou profils génétiques sont déjà plus vulnérables aux problèmes cardiaques.

Ce qu’il faut retenir avant ce soir

Est-ce que cette étude signifie que la mélatonine provoque des crises cardiaques ? Non. Pas en l’état actuel des données. Il s’agit de résultats préliminaires, issus d’une étude observationnelle, avec des biais identifiés. Mais est-ce que ça signifie qu’on peut continuer à la prendre sans se poser de questions ? Certainement pas non plus.

Si vous prenez de la mélatonine depuis plus d’un an, le message des chercheurs est simple : parlez-en à votre médecin. Surtout si vous avez plus de 50 ans ou des facteurs de risque cardiovasculaire. Ce n’est pas de la panique, c’est du bon sens médical. Un cardiologue ou un médecin du sommeil pourra évaluer si votre insomnie mérite une prise en charge plus structurée que le rayon « compléments » de votre pharmacie.

La mélatonine n’est pas un bonbon. C’est une hormone. Et comme toute hormone prise de manière exogène sur le long terme, ses effets méritent d’être surveillés de près. L’étude de Nnadi et son équipe a au moins le mérite de poser la question. Maintenant, il faut que la recherche y réponde.

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