Sommeil : pire que la malbouffe, cette habitude ferait chuter votre espérance de vie selon les scientifiques
Dormir “un peu moins” est devenu banal. Pourtant, une analyse américaine à l’échelle de milliers de comtés suggère que ce petit renoncement quotidien pèse lourd sur la longévité.
Plus lourd, même, que des facteurs auxquels on pense spontanément, comme l’alimentation ou l’activité physique.
Une étude américaine qui bouscule la hiérarchie des risques
On a longtemps présenté le sommeil comme un “bonus” de bien-être. Or, une étude publiée en décembre 2025 dans la revue SLEEP Advances le replace au cœur des déterminants de santé publique. Les chercheurs, rattachés notamment à l’Oregon Health & Science University (OHSU), ont comparé la part d’habitants déclarant dormir moins de sept heures par nuit avec l’espérance de vie, comté par comté, aux États-Unis, sur la période 2019–2025.
Le matériau de départ est massif. D’un côté, les données de l’enquête BRFSS (Behavioral Risk Factor Surveillance System) des CDC, qui interroge chaque année les comportements de santé, dont une question simple : “En moyenne, combien d’heures dormez-vous sur une période de 24 heures ?”. De l’autre, des estimations d’espérance de vie, analysées au niveau local. Les auteurs ont ensuite testé les liens statistiques, année après année, et ont vérifié si le sommeil “tenait” quand on contrôle d’autres variables connues pour influencer la mortalité.
Le résultat principal tient en une phrase : plus un comté compte de personnes qui dorment moins de sept heures, plus son espérance de vie tend à être faible. Et cette relation ne se limite pas à une poignée d’États. En 2025, l’association est significative dans la quasi-totalité du pays, seuls trois États faisant exception selon l’article.
Surtout, quand les chercheurs intègrent d’autres comportements et indicateurs socio-sanitaires dans leurs modèles, le “poids” du manque de sommeil reste très élevé. L’étude explique que, parmi les facteurs testés, seul le tabagisme présente une association plus forte avec une espérance de vie plus courte. Le sommeil arrive ensuite, avant des variables comme l’inactivité physique ou l’alimentation, ce qui bouscule la hiérarchie des risques.
Ce que signifie vraiment “moins de 7 heures” dans cette étude
Le seuil des sept heures n’a rien de magique. Il sert de repère pratique, largement utilisé en épidémiologie, pour définir un sommeil insuffisant chez l’adulte. Ici, l’étude ne mesure pas la “qualité” du sommeil, ni les réveils nocturnes. Elle s’appuie sur une durée déclarée. C’est simple, mais ce n’est pas parfait.
Il faut aussi garder à l’esprit la nature du travail : il s’agit d’une analyse écologique, menée au niveau des comtés. Autrement dit, elle relie des moyennes locales de sommeil à une espérance de vie locale. Cela ne prouve pas qu’une personne donnée perdra des années de vie parce qu’elle dort six heures. En revanche, cela indique un signal robuste : là où les nuits sont plus courtes, la longévité moyenne est plus faible, même en tenant compte de nombreux autres facteurs.
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Ce type de résultat a une valeur stratégique. Il sert à repérer des “zones” où le sommeil est dégradé et où l’on peut agir. L’OHSU insiste d’ailleurs sur cette dimension : le sommeil apparaît comme un levier de santé publique, au même titre que la prévention du tabac, mais encore largement sous-estimé dans les politiques locales.
Pourquoi le manque de sommeil peut peser sur la longévité
Le sommeil n’est pas une parenthèse. Il pilote des fonctions vitales qui, sur des années, finissent par se traduire en risques cardiovasculaires, métaboliques et cognitifs. Même si l’étude ne teste pas les mécanismes, elle s’inscrit dans un corpus plus large : quand le sommeil se raccourcit de façon chronique, la pression artérielle, l’inflammation, la régulation de la glycémie ou encore l’appétit se dérèglent plus facilement.
Dans l’article, les auteurs ajoutent un second modèle en intégrant l’obésité et le diabète, deux issues de santé souvent liées à un manque de sommeil et qui peuvent aussi, en retour, perturber les nuits. Le lien entre sommeil insuffisant et espérance de vie demeure, ce qui renforce l’idée d’un effet propre, même si l’on ne peut pas conclure à une causalité directe.
Un autre point compte : le sommeil agit comme un amplificateur. Quand on dort mal, on bouge moins, on grignote davantage, on compense à la caféine, on gère moins bien le stress. Ainsi, le sommeil peut dégrader le reste de l’hygiène de vie, et pas seulement s’ajouter comme un facteur isolé.
Le sommeil, miroir des inégalités contemporaines
L’intérêt de l’approche “par comté” est aussi social. Si certains territoires dorment moins, ce n’est pas seulement une affaire de volonté individuelle. Ce sont souvent des environnements qui cumulent contraintes et nuisances : horaires décalés, trajets longs, plusieurs emplois, logements bruyants, insécurité, pollution lumineuse, stress financier, accès plus difficile aux soins. Autrement dit, le sommeil devient un indicateur discret d’inégalités.
La même logique vaut en France. Les professionnels du sommeil rappellent que l’hygiène du soir, la stabilité des horaires ou l’exposition à la lumière du jour dépendent fortement du rythme de travail, du logement et des contraintes familiales. C’est précisément pour cela que les recommandations les plus utiles sont souvent les plus concrètes : elles cherchent à “rendre possible” le sommeil, plutôt que de culpabiliser.
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L’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) propose par exemple des repères simples : garder des horaires réguliers, s’exposer à la lumière le matin, diminuer les excitants, ralentir le soir, et préserver une chambre sombre, calme et fraîche, autour de 18–20 °C.
Mieux dormir sans somnifères : ce qui marche le plus souvent
La tentation, quand on dort mal, est de chercher une solution immédiate. Or, les spécialistes insistent sur une progression. Le sommeil se “reconstruit” souvent par petites marches, car l’organisme a besoin de régularité pour recaler son horloge.
Le premier levier est l’heure de réveil. Elle ancre la journée. Quand elle varie trop, le coucher devient instable. Ensuite, vient la lumière. Sortir le matin, même dix minutes, aide à caler le rythme veille-sommeil. Enfin, il faut ménager une descente progressive le soir : activités calmes, baisse des lumières, et déconnexion des écrans au moins une heure avant le lit, car la stimulation et la lumière retardent l’endormissement.
La chambre, elle aussi, fait une différence. Une pièce trop chaude fragmente souvent la nuit. Une pièce trop lumineuse empêche le cerveau de basculer complètement en mode “nuit”. Les micro-réveils passent inaperçus, mais ils érodent la récupération. Là encore, il ne s’agit pas de perfection, mais de cohérence : répéter des signaux de sommeil simples, soir après soir.
Les signaux d’alerte qui doivent pousser à consulter
Dormir moins, ce n’est pas toujours un choix. Parfois, c’est un symptôme. Si vous restez somnolent en journée malgré un temps au lit suffisant, si vous ronflez fort avec des pauses respiratoires observées, ou si vos réveils sont systématiquement non réparateurs, une cause médicale peut se cacher derrière.
L’apnée du sommeil est l’exemple le plus connu : elle morcelle la nuit et augmente certains risques cardio-métaboliques. Le traitement de référence, dans les formes modérées à sévères, repose souvent sur la PPC/CPAP (pression positive continue) qui maintient les voies aériennes ouvertes.
Enfin, il faut se méfier de l’automédication aux somnifères, surtout sur la durée. Un médecin, ou un centre du sommeil, peut proposer un diagnostic, dépister une apnée, un syndrome des jambes sans repos, une dépression, ou un trouble du rythme circadien, puis orienter vers des solutions plus durables.
Une “petite” habitude du soir qui devient un enjeu collectif
Cette étude américaine ne dit pas que le sommeil remplace tout. Elle dit mieux : dormir suffisamment semble compter presque autant que ne pas fumer, quand on regarde la longévité à grande échelle. Et c’est précisément ce qui dérange. Parce que le sommeil touche à nos horaires, à notre travail, à nos écrans, à nos logements, à nos inégalités.
La bonne nouvelle, c’est qu’il reste un levier modifiable. Pas toujours facilement, mais souvent progressivement. Et si le seuil des sept heures revient sans cesse, ce n’est pas pour imposer une norme. C’est parce que, dans les données, en dessous, la santé finit par payer l’addition.