Faut-il vraiment couper tous ses appareils Wi-Fi la nuit ?
Dans beaucoup de foyers, la box clignote encore quand la maison s’endort. Et avec elle revient la même inquiétude : ces ondes “invisibles” peuvent-elles nuire au sommeil ? Voire à la santé, si on les laisse tourner toute la nuit ?
Entre peur des radiofréquences, quête d’un sommeil plus profond et sobriété énergétique, la réponse est moins tranchée qu’on l’imagine.
Le Wi-Fi, ces “ondes” qui ne sont pas des rayons X
Le Wi-Fi appartient à la famille des radiofréquences. Ce sont des ondes dites non ionisantes. Qui n’ont pas l’énergie suffisante pour casser directement l’ADN comme peuvent le faire les rayons X. Les autorités sanitaires rappellent que, dans les conditions d’exposition du grand public. Les effets avérés des radiofréquences sont d’abord liés à l’échauffement des tissus au-delà de certains niveaux. D’où l’existence de normes de protection.
En France, l’exposition du public est encadrée. Et les mesures réalisées sur le terrain montrent généralement des niveaux très inférieurs aux valeurs limites réglementaires. Avec une large majorité des mesures en dessous de 1 V/m.
Ce que disent l’OMS, l’Anses et les régulateurs sur le risque à long terme
Sur la question “Wi-Fi et santé”. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’à ce jour. L’ensemble des données disponibles ne met pas en évidence d’effets délétères avérés pour le grand public aux niveaux d’exposition rencontrés avec les réseaux sans fil. Et elle souligne que les expositions expérimentales testées dans certaines études. Sont souvent bien supérieures à celles dues aux réseaux domestiques.
En France, l’Anses a régulièrement actualisé ses évaluations sur les radiofréquences. Dans une synthèse publiée à partir des connaissances disponibles jusqu’en mai 2025. L’agence indique que l’évaluation des nouvelles études ne permet pas d’établir de lien de cause à effet entre l’exposition aux radiofréquences (principalement téléphonie mobile). Et l’apparition de cancers. Tout en maintenant des recommandations de prudence. En particulier pour les enfants. Et en appelant à poursuivre la surveillance et la recherche.
Pourquoi, malgré tout, le doute revient-il sans cesse ? Parce que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC) a classé en 2011. Les champs électromagnétiques de radiofréquences. Comme “peut-être cancérogènes” (groupe 2B). Un niveau de classement qui signifie qu’un risque ne peut pas être exclu sur la base des éléments disponibles à l’époque. Sans conclure à une causalité certaine.
Sur les limites d’exposition, les lignes directrices internationales les plus citées restent celles de l’ICNIRP (actualisées en 2020). Qui encadrent les expositions dans la plage 100 kHz – 300 GHz. Couvrant notamment Wi-Fi, Bluetooth, téléphonie mobile et antennes-relais.
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Dormir avec du Wi-Fi : que montrent vraiment les études sur le sommeil ?
C’est ici que les choses deviennent plus intéressantes. Parce que la question du sommeil a été testée de manière expérimentale. Y compris sur des signaux à 2,45 GHz (la bande Wi-Fi classique).
Une étude en double aveugle, randomisée, contrôlée par placebo, publiée dans le Journal of Sleep Research. A exposé des volontaires à du Wi-Fi pendant toute la nuit, avec polysomnographie (EEG, architecture du sommeil). Et mesures de performances mnésiques. Résultat : pas d’effet statistiquement significatif sur la “macro-structure” du sommeil (les grands stades), mais des variations sur certains marqueurs EEG, et un résultat surprenant sur une tâche de mémoire déclarative (meilleure amélioration dans la condition Wi-Fi). Ces signaux ne se traduisent pas, dans cette étude, par une dégradation claire du sommeil.
À l’inverse, une petite étude pilote en conditions réelles, publiée en 2024 (double aveugle, crossover) a testé l’exposition nocturne à un dispositif 2,45 GHz de type babyphone. Elle observe une baisse significative de la qualité de sommeil rapportée par les participants (score subjectif), avec des changements sur des bandes de fréquences EEG, sans différence nette sur l’actimétrie. Les auteurs insistent toutefois sur les limites : échantillon très réduit, besoin de travaux plus larges et mieux dosimétrés.
Autrement dit : la littérature expérimentale n’aligne pas un verdict simple “oui/non”. Elle suggère plutôt que, selon les protocoles, les conditions d’exposition, la sensibilité individuelle et les mesures retenues (subjectives ou objectives), on peut voir apparaître des signaux physiologiques modestes… dont la portée clinique reste débattue.
Le niveau d’exposition : le détail qui change la perception du risque
Un point est souvent oublié dans les discussions de salon : la dose. Le portail interministériel radiofrequences.gouv.fr rappelle qu’en Wi-Fi, les puissances autorisées sont encadrées et que l’émission est intermittente (liée au trafic). Il cite des mesures de l’ANFR à 50 cm d’une borne Wi-Fi autour de 2,8 V/m, soit une fraction de la valeur limite réglementaire, et il rappelle que le champ décroît rapidement avec la distance.
C’est aussi pour cela que couper le Wi-Fi ne “met pas la maison à zéro” en matière d’ondes : il reste les réseaux mobiles des téléphones, les antennes-relais reçues passivement, parfois le Bluetooth, et surtout… l’exposition la plus proche du corps vient souvent du smartphone lui-même quand il communique. D’ailleurs, l’Anses rappelle une recommandation contre-intuitive pour certains : en intérieur, privilégier le Wi-Fi plutôt que le réseau mobile peut réduire l’exposition du téléphone, car il émet souvent moins pour transmettre des données quand le signal Wi-Fi est bon.
Le vrai perturbateur des nuits : la lumière et l’hyperconnexion, pas la box en soi
Si l’objectif est de “protéger son sommeil”, la science est beaucoup plus solide sur deux coupables du quotidien : la lumière (surtout le soir) et l’usage tardif des écrans.
L’Anses, dans ses recommandations sur les LED, souligne que l’exposition le soir ou la nuit à une lumière riche en bleu peut perturber les rythmes biologiques et le sommeil, notamment via les écrans, avec une vigilance particulière pour les enfants.
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L’Inserm rappelle de son côté que l’usage tardif d’écrans ou de LED riches en lumière bleue stimule des photorécepteurs rétiniens impliqués dans le rythme circadien et retarde l’endormissement.
Et quand on cherche des données expérimentales, elles existent : une étude (Gooley et al.) montre qu’une exposition à la lumière ambiante avant le coucher supprime la mélatonine et raccourcit la “durée biologique” de la nuit.
Dans ce contexte, les LED de la box peuvent gêner… mais surtout si elle est dans la chambre, à hauteur de regard, et dans un environnement très sombre. Le problème n’est pas “le Wi-Fi” en tant que tel : c’est la somme des stimulations (lumière, notifications, tentation de scroller, réveils cognitifs) qui entretient le cerveau en mode veille.
Économies d’énergie : là, la coupure nocturne peut avoir un vrai sens
Sur le plan énergétique, éteindre la box peut être un geste cohérent, mais il faut bien comprendre l’ordre de grandeur.
L’ADEME estime la consommation annuelle moyenne d’une box internet autour de 97 kWh (pour une durée d’utilisation moyenne de 22 h/jour, dans son tableau grand public).
L’Arcep, dans son enquête “Pour un numérique soutenable”, rappelle que le parc de box internet et décodeurs TV a consommé 3,5 TWh en France, et souligne un point clé : environ 95 % de la consommation d’une box est indépendante de l’usage (qu’on regarde une vidéo ou non), ce qui rend la mise en veille profonde ou l’extinction lorsque l’équipement est inutilisé particulièrement efficace.
Si l’on coupe réellement l’alimentation plusieurs heures par nuit, on peut donc économiser une fraction non négligeable de ces ~97 kWh annuels. En pratique, on retombe souvent sur une économie de l’ordre de quelques dizaines de kWh par an, variable selon les modèles, la présence d’un boîtier TV, et les modes veille.
Alors, faut-il éteindre tous ses appareils Wi-Fi la nuit ?
Si la question est strictement médicale, l’état des connaissances ne permet pas de dire que laisser le Wi-Fi allumé la nuit met “votre cerveau en danger” dans les conditions habituelles d’exposition du grand public, et les autorités sanitaires ne recommandent pas une extinction systématique pour raison de santé.
En revanche, si votre objectif est d’améliorer vos nuits et de reprendre le contrôle, éteindre ou programmer la coupure peut être utile pour trois raisons très concrètes : réduire les tentations numériques, supprimer les petites nuisances (LED, bruit, activité mentale associée au “toujours connecté”) et éviter une consommation continue inutile, surtout si votre box et votre décodeur TV tournent à vide.
Le compromis le plus rationnel ressemble souvent à ceci : éloigner la box des chambres, limiter les écrans avant de dormir, mettre le smartphone en mode avion (ou au minimum couper données/Bluetooth) plutôt que de supprimer le Wi-Fi et pousser le téléphone à se raccrocher au réseau mobile, et programmer une extinction quand la maison dort vraiment — à condition de ne pas dépendre de services nocturnes (téléassistance, alarme connectée, objets médicaux, surveillance, domotique critique).
Que retenir ?
Éteindre le Wi-Fi la nuit n’est pas un “traitement” prouvé contre un danger sanitaire établi. Mais ce n’est pas non plus un geste inutile : pour l’énergie, pour l’hygiène numérique et pour la qualité réelle des nuits, la coupure programmée peut devenir un bon réflexe… à condition de viser le vrai cœur du problème. Dans la plupart des chambres, le meilleur somnifère n’est pas le “silence radio”, c’est le noir, le calme, et un téléphone qui cesse enfin de réclamer votre attention.