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Vous vous couchez tard ? Voici ce que cela change pour votre cœur

Publié par Killian Ravon le 27 Fév 2026 à 20:30

On le sait intuitivement, et on le ressent parfois au quotidien : se coucher tard n’a pas tout à fait le même goût que s’endormir tôt. Une étude publiée fin janvier 2026 dans le Journal of the American Heart Association s’est penchée sur la question, avec un angle très concret : est-ce que le chronotype du soir (le fait d’être naturellement “du soir”) s’accompagne d’un profil cardiovasculaire plus défavorable ?

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Homme fatigué travaillant tard la nuit devant un ordinateur, avec une illustration de cœur lumineux évoquant le chronotype du soir et le risque cardiovasculaire.
Les profils “du soir” ne sont pas condamnés par l’heure du coucher, mais cumulent plus souvent des habitudes (tabac, sommeil irrégulier, sédentarité) associées à un moins bon score cardiovasculaire.

Les résultats confirment un signal net, surtout sur la “santé cardio” globale. Mais ils racontent aussi une histoire moins simpliste qu’un simple “dormez tôt sinon votre cœur souffre”. Car, derrière l’horaire du coucher, ce sont surtout les habitudes qui s’agrègent — et finissent par peser lourd.

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À Boston, Brigham and Women’s Hospital, l’un des établissements liés aux auteurs de l’étude. Crédit : jimcintosh.
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Un constat solide : les profils “du soir” obtiennent plus souvent un mauvais score cardio

L’équipe a exploité les données de plus de 322 000 participants de la UK Biobank, âgés de 39 à 74 ans et sans maladie cardiovasculaire connue au départ. Le chronotype a été évalué via une question simple (plutôt du matin, plutôt du soir, ou intermédiaire), puis comparé à un indicateur clé : le score “Life’s Essential 8” (LE8) de l’American Heart Association, noté de 0 à 100.

Cette grille LE8 agrège huit dimensions liées au risque cardio : alimentation, activité physique, tabac/nicotine, sommeil, poids, cholestérol, glycémie et tension artérielle. L’idée est de mesurer un “profil” plutôt qu’un seul facteur isolé, parce que le cœur encaisse rarement un unique mauvais choix.

Dans ce cadre, les personnes se déclarant “définitivement du soir” présentent une prévalence 79% plus élevée d’un score global jugé “mauvais” (LE8 < 50) par rapport aux profils intermédiaires. Dit autrement : à caractéristiques comparables, les chronotypes du soir basculent plus souvent du mauvais côté du tableau.

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Les horaires tardifs posent surtout problème quand ils se heurtent aux contraintes du matin. Crédit : Mosse photos / Pexels.

Le risque d’infarctus ou d’AVC augmente, mais l’effet direct du coucher tardif est loin d’être le cœur du sujet

L’étude ne s’est pas limitée à une photo instantanée. Les chercheurs ont suivi les participants sur une médiane de 13,8 ans, en traquant la survenue d’un premier infarctus du myocarde ou d’un AVC. Au total, plus de 17 000 événements cardiovasculaires ont été enregistrés durant le suivi, ce qui donne du poids statistique aux analyses.

Côté résultats, les “définitivement du soir” affichent un risque plus élevé d’événement cardiovasculaire par rapport aux profils intermédiaires, avec un hazard ratio autour de 1,16 dans les modèles principaux. L’augmentation existe, mais elle reste “modeste” au sens épidémiologique, surtout comparée à l’écart observé sur le score LE8.

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C’est ici que l’étude devient intéressante : les auteurs ont cherché à comprendre par quoi passe ce sur-risque. Leur conclusion est assez claire : environ 74–75% de l’association entre chronotype du soir et maladie cardiovasculaire serait “médiée” par le score LE8. En pratique, cela signifie qu’une grande partie du risque supplémentaire s’explique par des facteurs modifiables captés par le LE8, plutôt que par un effet “biologique pur” du fait de vivre plus tard.

Autre point essentiel : les analyses de médiation ne retrouvent pas de “grand effet direct” du chronotype du soir sur la maladie cardiovasculaire une fois le score LE8 pris en compte. Dit simplement, le chronotype du soir ressemble davantage à un marqueur d’un certain mode de vie qu’à une condamnation physiologique automatique.

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Le sommeil reste une pièce centrale du “score” cardiovasculaire, au même titre que l’activité ou l’alimentation. Crédit : Wayne Evans / Pexels.
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Tabac, sommeil, alimentation : le “cocktail” du soir, et pourquoi il se forme

Si l’on zoome sur ce qui pèse le plus, une dimension ressort nettement : l’exposition à la nicotine. Dans les analyses de médiation, le tabac/nicotine représente le médiateur le plus important, devant le sommeil, la glycémie, le poids et l’alimentation. L’enchaînement est logique : quand plusieurs facteurs de risque se cumulent, ils ne s’additionnent pas seulement, ils se renforcent.

Ensuite vient le sommeil, mais pas forcément comme on l’imagine. On pourrait croire que le chronotype du soir rime mécaniquement avec “moins d’heures”, alors que la réalité est plus nuancée : ce qui fait mal, c’est souvent le décalage avec les contraintes sociales (école, travail, transports), et donc la régularité et la qualité du repos. Un profil du soir peut dormir suffisamment… s’il peut dormir aux bonnes heures pour lui.

Or, dans la vie réelle, beaucoup de “couche-tard” doivent se lever tôt malgré tout. Résultat : dette de sommeil en semaine, rattrapage le week-end, horaires qui bougent, parfois grignotage tardif, et un cercle où l’hygiène de vie devient plus difficile à stabiliser. Ce n’est pas spectaculaire au jour le jour, mais sur des années, le corps finit par comptabiliser.

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L’étude rappelle aussi un point important pour éviter les raccourcis : elle observe une corrélation robuste, mais ne prouve pas à elle seule une causalité simple et unique. Le chronotype est en partie génétique, en partie façonné par l’environnement, et il est mesuré ici via une seule question au départ. Les auteurs et l’American Heart Association évoquent d’ailleurs des limites de représentativité (cohorte majoritairement blanche, participants globalement en meilleure santé que la moyenne).

Un effet plus marqué chez les femmes, sans explication unique

Sur la santé cardiovasculaire “globale” (LE8 < 50), l’association entre chronotype du soir et mauvais score apparaît plus forte chez les femmes. Dans les analyses détaillées, la “prévalence ratio” pour les femmes est proche de 1,97 contre 1,67 chez les hommes, avec une interaction statistiquement significative.

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Ce résultat n’implique pas qu’être une femme “du soir” est automatiquement dangereux. Il suggère plutôt que, dans cette cohorte et à ces âges, le chronotype du soir s’accompagne plus souvent chez les femmes d’un ensemble de facteurs défavorables mesurés par le LE8. Les mécanismes possibles vont du stress et des contraintes d’horaires aux différences hormonales et métaboliques, mais l’étude ne tranche pas définitivement.

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@canva

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Faut-il essayer de devenir “du matin” ? Pas forcément. L’enjeu, c’est de sécuriser les comportements qui comptent

À la lecture des résultats, une tentation apparaît : se dire qu’il faudrait “se forcer” à se coucher tôt, point final. En réalité, le message le plus utile est ailleurs. Les chercheurs concluent que les personnes au chronotype du soir pourraient bénéficier d’interventions ciblant les facteurs de risque cardiovasculaire, autrement dit les leviers du LE8.

Concrètement, cela revient à protéger ce qui s’abîme le plus facilement quand on vit tard : la régularité du sommeil, l’activité physique, l’alimentation, et surtout l’arrêt du tabac. Le soir tardif s’accompagne parfois d’un mode de vie plus sédentaire (moins de lumière matinale, moins d’activité en journée), de repas décalés, ou d’un environnement social où les stimulants circulent plus facilement. On sait par exemple que les personnes qui boivent du matin leur café peuvent aussi impacter leur équilibre global.

La bonne nouvelle, au fond, est que l’étude n’essentialise pas les “night owls”. Elle dit plutôt : “vous n’êtes pas condamnés par votre horloge interne, mais vous êtes plus exposés à des habitudes qui, elles, font grimper le risque”. Et ça, c’est un message actionnable, sans moraliser.

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L’étude relie chronotype du soir, score “Life’s Essential 8” et événements cardio (infarctus/AVC). Crédit : OpenStax Anatomy and Physiology.

Le mode de vie, un facteur de risque important

Oui, les “couche-tard” — ou plus précisément les personnes au chronotype du soir — présentent en moyenne un profil cardiovasculaire moins favorable, et un risque un peu plus élevé d’infarctus ou d’AVC sur le long terme. Mais l’étude publiée dans le Journal of the American Heart Association montre surtout que ce sur-risque s’explique majoritairement par des facteurs de mode de vie regroupés dans le score Life’s Essential 8, avec la nicotine en tête.

Autrement dit, se coucher tard n’est pas un “déclencheur magique” de maladie cardiovasculaire. Le danger vient plutôt du décalage chronique avec les contraintes sociales et du cocktail d’habitudes qui s’accumule quand le rythme de vie devient difficile à tenir proprement.

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