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Ce calmar des abysses australs possède un œil de 27 cm, le plus grand jamais mesuré chez un animal

Publié par Cassandre le 18 Juil 2026 à 5:30
Œil géant bioluminescent de calmar colossal en gros plan

Un ballon de football flottant dans le noir absolu, à plus de 600 mètres sous la surface. C’est à cela que ressemble, très concrètement, l’œil du calmar colossal, une créature des abysses australs longtemps réduite à quelques tentacules retrouvés dans l’estomac de cachalots. Son secret : un organe visuel qui écrase tous les records du règne animal, et une raison d’être qui n’a rien à voir avec la chasse.

Un œil trois fois plus grand que celui de n’importe quel autre animal

Le Mesonychoteuthis hamiltoni, de son nom scientifique, détient le record absolu du plus grand œil jamais mesuré chez un être vivant. Diamètre officiel : 27 centimètres. Pour comparer, l’espadon, poisson pourtant réputé pour sa vue perçante, plafonne à 9 cm. Trois fois moins, pour un gabarit comparable.

À l’intérieur de cette sphère géante trône un cristallin tout aussi disproportionné, mesurant entre 8 et 9 cm de diamètre. Un photophore est même greffé sur la bordure extérieure de la rétine, une sorte de lampe de poche organique intégrée directement à l’œil.

On confond souvent cet animal avec le calmar géant, popularisé par le mythe du kraken, mais les deux espèces n’ont presque rien en commun côté masse : le géant pèse rarement plus de 300 kg quand le colossal peut atteindre 500 kg, ce qui en fait l’invertébré le plus lourd jamais recensé.

Un chiffre qui dépasse même certaines créatures que la NASA aurait rêvé d’étudier tant sa biologie reste mystérieuse.

Pourquoi un œil aussi énorme : la théorie qui change tout

Une équipe de chercheurs suédois, menée par Dan-Eric Nilsson et Eric Warrant de l’université de Lund, s’est justement penchée sur cette anomalie biologique. Leur conclusion, publiée dans la revue Current Biology, tient en une hypothèse aussi élégante qu’inattendue.

Ces yeux gigantesques ne serviraient pas à repérer des proies ou des partenaires. Ils serviraient à détecter, de très loin, l’un des rares prédateurs capables de s’attaquer à un adulte : le cachalot.

Dans le noir quasi total des abysses, le seul signal visible reste la traînée lumineuse de plancton bioluminescent déclenchée par le déplacement d’un animal massif. Plus l’œil est grand, plus il capte ce halo diffus de loin, et plus le calmar gagne de précieuses secondes pour réagir.

Une stratégie de survie qui rappelle à quel point l’évolution invente des solutions imprévisibles, aussi étonnantes que les mécanismes biologiques que l’on croit encore mal comprendre chez l’humain.

Contrairement au calmar géant, dont les yeux latéraux offrent un champ de vision panoramique, le colossal a fait un choix évolutif différent. Ses yeux sont positionnés vers l’avant, ce qui réduit son champ de vision mais lui offre une vision binoculaire précise. De quoi estimer distance et taille de ce qu’il regarde, un atout décisif quand on chasse ou qu’on fuit dans l’obscurité totale.

Calmar juvénile filmé dans l'obscurité des abysses

Filmé vivant pour la première fois en 2025, un siècle après sa découverte

Le musée Te Papa Tongarewa, à Wellington en Nouvelle-Zélande, conserve le spécimen ayant permis ces découvertes. C’est en disséquant cet animal congelé, à l’aide d’un endoscope glissé à l’intérieur de l’œil, que l’équipe scientifique a pu documenter cette structure interne hors norme.

Identifié en 1925 grâce à deux tentacules retrouvés dans l’estomac d’un cachalot, le calmar colossal est resté d’une discrétion presque totale pendant près d’un siècle. Les chercheurs n’avaient accès qu’à des cadavres échoués ou des restes remontés accidentellement par des chalutiers pêchant la légine en Antarctique. Jamais l’animal vivant dans son décor naturel.

Ce vide a été comblé lors d’une mission du Schmidt Ocean Institute, le 9 mars 2025. Des scientifiques à bord du navire Falkor ont fait la rencontre d’un juvénile d’une trentaine de centimètres grâce à leur robot sous-marin SuBastian, à environ 600 mètres de profondeur.

Kat Bolstad, chercheuse spécialiste des calmars à l’Auckland University of Technology, a confirmé qu’il s’agissait de la première observation en direct de l’espèce dans son habitat naturel. Ce jeune individu ne dépassait pas la taille d’un avant-bras, loin des 14 mètres et des yeux géants des adultes.

Mais aucun mâle adulte n’a, à ce jour, jamais été observé vivant : l’espèce continue d’échapper presque intégralement au regard humain, même équipé de robots capables de descendre à 4 500 mètres.

Un œil de 27 cm né non pas pour chasser, mais pour survivre à son propre prédateur : voilà le genre de détail qui rend les abysses plus fascinants que n’importe quelle fiction. Reste une question qui hante encore les chercheurs : à quoi ressemble vraiment un mâle adulte, que personne n’a jamais vu vivant ?

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