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Sous 3 km de tunnels au Groenland dorment des déchets radioactifs, et la fonte s’en approche chaque été

Publié par Cassandre le 16 Sep 2026 à 10:25
Tunnel militaire abandonné creusé dans la glace

En 1959, l’armée américaine a bâti sous la calotte glaciaire du Groenland une ville souterraine capable d’accueillir 200 hommes. Cuisine, hôpital, salon de coiffure : tout y était pensé pour durer des décennies. Mais un phénomène que les ingénieurs n’avaient pas anticipé a précipité l’abandon du site en 1967, laissant derrière lui un héritage toxique que la fonte actuelle pourrait bientôt remettre au jour.

Une ville entière creusée dans la glace, à 800 km du pôle Nord

Baptisé Camp Century, ce site situé à environ 800 kilomètres du pôle Nord comptait 21 tunnels pour un total de 3 kilomètres de galeries. La plus longue, surnommée « Main Street », s’étendait sur près de 335 mètres. Comme dans les autres sites militaires secrets récemment redécouverts par la science, tout avait été conçu pour disparaître sous la neige.

À l’intérieur circulaient des bâtiments préfabriqués en bois : dortoirs, cafétéria, chapelle, laverie. L’énergie provenait d’un réacteur nucléaire portable, le PM-2A, acheminé pièce par pièce sur plus de 220 kilomètres de glace. Un pari technologique digne des cités entières retrouvées par hasard sous glace, sable ou eau ailleurs dans le monde.

Le mouvement lent de la glace a eu raison du camp

La glace n’est pas un matériau figé. Sous son propre poids, elle flue comme une pâte visqueuse qui se déforme en permanence. Les parois des tunnels se refermaient d’année en année, obligeant des équipes armées de scies à chaîne à raboter régulièrement les voûtes pour maintenir les passages praticables.

Le réacteur lui-même a subi ce phénomène : arrêté après seulement trois ans de fonctionnement, victime d’une compression accélérée des tranchées qui l’abritaient. L’armée a fini par abandonner l’idée d’un camp permanent. Le réacteur a été démonté en 1964, mais des 200 000 litres de carburant diesel et environ 240 000 litres d’eaux usées sont restés enfouis, aux côtés de PCB et de déchets faiblement radioactifs. Un scénario qui rappelle la découverte de cette bombe écologique retrouvée par la NASA sous la glace groenlandaise.

Fonte de la calotte glaciaire du Groenland vue d'en haut

Pourquoi la fonte estivale change tout le calcul

Camp Century avait été implanté précisément là où la neige ne fondait jamais, garantissant en théorie un enfouissement perpétuel. C’est ce postulat que remet en question une étude publiée en 2016 dans Geophysical Research Letters, menée par le glaciologue William Colgan, alors à l’université York de Toronto, comme l’a révélé la publication scientifique originale.

Le principe du bilan de masse est simple : chaque année, la neige accumulée doit compenser la fonte estivale. Or la zone d’ablation de la calotte, là où le ruissellement dépasse les chutes de neige, s’étend avec le climat actuel. Selon un scénario cité par la NASA, la région pourrait basculer vers une perte nette de glace aux alentours de 2090, sans certitude absolue sur cette échéance. Le détail rappelle les récits de l’histoire méconnue de Camp Century documentée par les archives américaines.

Ce basculement inquiète pour une raison précise : une fois le régime inversé, ce ne serait qu’une question de temps avant que les déchets ne remontent vers la surface. Un phénomène jugé irréversible. Les auteurs de l’étude ne préconisent pourtant pas de nettoyage immédiat, jugeant l’opération trop coûteuse à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, et préférant attendre que la calotte expose presque les déchets d’elle-même.

Reste une certitude, sous des dizaines de mètres de neige compactée : un vestige de la guerre froide dont l’histoire, commencée à la tronçonneuse dans le blanc, se referme aujourd’hui sur des équations de bilan glaciaire. La question n’est plus de savoir si la glace parlera, mais quand.

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