El Niño 2026 : ce phénomène venu du Pacifique menace de provoquer un épisode « Godzilla » d’ici décembre

Un phénomène climatique majeur se prépare dans l’océan Pacifique. Certains scientifiques évoquent déjà un « super El Niño », voire un « El Niño Godzilla », en référence aux épisodes les plus violents jamais observés. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) confirme qu’un épisode puissant est déjà à l’œuvre et va continuer de s’intensifier. Reste une question qui inquiète les experts : jusqu’où ira-t-il ?
Un monstre climatique se réveille dans le Pacifique
El Niño, ou « oscillation australe El Niño » (Enso), naît de la rencontre entre un bassin océanique de 12 000 kilomètres de long et des vents dominants appelés alizés. Quand ces vents faiblissent, l’eau chaude accumulée à l’ouest du Pacifique se déplace brutalement vers l’est, bouleversant le régime des pluies sur toute la planète. Ce mécanisme, décrit pour la première fois en 1975 par l’océanographe Klaus Wyrtki, reste aujourd’hui surveillé de près grâce aux satellites et aux bouées océaniques du programme Argo.
Dans son bulletin du 31 juillet, l’OMM affirme que les températures de surface du Pacifique équatorial devraient dépasser 2,9 °C d’anomalie entre août et octobre. Pire encore : sous la surface, une grande partie de l’océan affiche des températures supérieures de plus de 6 °C à la normale. Un signal qui rappelle les alertes émises lors du phénomène climatique redouté par l’ONU plus tôt cette année.
1997, le précédent qui hante tous les pays du Pacifique
Le dernier « Niño Godzilla » remonte à 1997. Selon une étude publiée dans Science en 2023, cet épisode a causé la mort de 23 000 personnes et généré des pertes économiques mondiales estimées à près de 5 500 milliards d’euros sur cinq ans. Le Pérou et l’Équateur avaient subi des éboulements dévastateurs, tandis que l’Indonésie perdait 400 000 hectares de rizières et 2 millions d’hectares de forêts partaient en fumée à Sumatra.
Ce Niño historique reste aussi une référence scientifique. « Prévu près d’un an à l’avance par certains modèles du climat, il a été le premier événement intense suivi en direct grâce aux satellites », rappelle Jérôme Vialard, chercheur à l’IRD. Le satellite européen Topex/Poséidon avait détecté, entre février et juillet 1997, un gonflement des eaux du Pacifique équivalent à 1,5 fois la surface des États-Unis. Le phénomène avait été prédit, mais son intensité largement sous-estimée. Il avait aussi bouleversé les ressources marines, en particulier la pêcherie d’anchois péruvienne, pilier de 50 % de l’industrie aquacole mondiale, comme le souligne l’océanographe Arnaud Bertrand, de l’IRD.

Le pic attendu à Noël, la France pas épargnée
Contrairement à 1982, où le phénomène n’avait pas pu être anticipé, l’OMM a cette fois émis sa première alerte dès mars 2026, soit dix mois avant le pic attendu autour de Noël — d’où le surnom de « l’Enfant Jésus » donné à El Niño. Le pic des effets météo devrait survenir entre novembre 2026 et février 2027, mais les impacts les plus intenses sur les températures mondiales se feraient surtout sentir en 2027.
La France ne sera pas épargnée. Selon Météo France, un épisode marqué favorise en général des étés plus secs et plus chauds, tandis que l’hiver suivant peut apporter des conditions plus douces et pluvieuses sur l’Atlantique. « Si l’influence est faible, elle est cependant tout à fait réelle », confirme Jérôme Vialard, notamment pour les températures d’été. À l’inverse, dans les Caraïbes, un El Niño marqué inhibe la formation des cyclones : la NOAA anticipe une activité cyclonique inférieure à la normale dès fin août.
Depuis 2000, six épisodes El Niño ont déjà été détectés, chacun ayant temporairement réchauffé l’atmosphère planétaire. Avec une température mondiale déjà supérieure d’environ 0,7 °C à celle de 1997, ce nouvel épisode pourrait dépasser tous les précédents records.
Les prochains mois trancheront : simple poussée de fièvre océanique, ou véritable « Godzilla » climatique aux conséquences mondiales. Une chose est sûre, les scientifiques n’ont jamais eu autant d’outils pour le voir venir. Reste à savoir si cela suffira à en limiter les dégâts.