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Ces fresques chinoises vieilles de 2 000 ans doivent leur survie à un ingrédient glaçant : du sang humain

Publié par Cassandre le 03 Août 2026 à 16:52
Ces fresques chinoises vieilles de 2 000 ans doivent leur survie à un ingrédient glaçant : du sang humain

Sur les falaises du Guangxi, en Chine, des milliers de silhouettes rouges peintes il y a plus de 2 000 ans défient encore le temps. Personne n’a jamais eu besoin de les restaurer. Un mystère intriguait pourtant les archéologues depuis des décennies : comment ces pigments ont-ils pu résister à la pluie, au soleil et à la mousson pendant deux millénaires sans jamais s’effacer ? La réponse, glaçante, vient d’être découverte dans un laboratoire.

Un site classé à l’Unesco, un mystère vieux de deux millénaires

Les fresques de Huashan s’étirent sur 260 kilomètres le long de la rivière Zuojiang, réparties sur plus de 80 sites. Classées au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2016, elles ont été peintes entre le Ve siècle avant notre ère et le IIe siècle de notre ère par un peuple de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs, les Luoyue. Une longévité qui a longtemps semblé presque inexplicable pour de simples pigments appliqués sur du calcaire brut.

Une équipe menée par Meng Wu, de l’université du Shandong, associée au Musée d’anthropologie du Guangxi, a voulu percer ce secret. Les chercheurs ont analysé des fragments tombés naturellement de trois sites : Gaoshan, Daningshan et Tunpingshan.

Le contraste avec les sédiments naturels environnants a immédiatement intrigué l’équipe, un peu comme ces découvertes qui bousculent la science établie. Les sédiments s’effritent au moindre contact, tandis que les couches peintes les mieux conservées ont nécessité une perceuse électrique pour être détachées du calcaire en laboratoire.

Le liant caché : un mortier organo-minéral au sang humain

Grâce à une batterie d’analyses — spectroscopie Raman, microscopie électronique, protéomique — les scientifiques ont révélé la vérité. Les peintres n’ont jamais appliqué directement de la couleur sur la roche. Ils ont d’abord fabriqué un mortier composé de chaux, de phosphates et de sang, avant d’y intégrer les pigments d’argile rouge riche en hématite.

Ce mortier a tout changé. En absorbant le dioxyde de carbone de l’air, la chaux s’est transformée en carbonate de calcium. Les protéines sanguines ont alors orienté un phénomène appelé biominéralisation : la formation de cristaux minéraux extrêmement serrés qui ont littéralement soudé les grains de pigment au calcaire.

Un mécanisme aussi ingénieux que ceux évoqués dans cette découverte scientifique en Lorraine, où la nature réserve elle aussi ses propres surprises. Résultat : une résistance aux intempéries qui approche celle du calcaire lui-même. La protéomique a formellement identifié des protéines de sérum sanguin dans tous les échantillons : albumine, fibrinogène, immunoglobulines.

Pour écarter toute contamination moderne, l’équipe a lavé les fragments aux ultrasons et exclu les traces de kératine humaine contemporaine.

Fragment de roche peinte examiné en laboratoire scientifique

Du sang d’accouchement, pas de sacrifice : la piste la plus troublante

À Gaoshan, plus de 97 % des protéines proviennent d’Homo sapiens, le reste de serpents Boidae et d’herbivores. À Daningshan, la répartition change du tout au tout : 61 % d’humain et 39 % de bovin. La recette variait donc selon les sites, preuve d’un savoir-faire local transmis et adapté.

Reste la question qui dérange : d’où venait ce sang ? Les chercheurs ont détecté deux protéines très abondantes chez les femmes enceintes ou allaitantes, la protéine inductible par la prolactine et la lactotransferrine. La caséine du lait, elle, est absente, ce qui écarte l’usage direct de lait animal ou maternel.

L’hypothèse la plus probable : un sang collecté lors d’un accouchement ou en post-partum, plutôt qu’un prélèvement violent. Un mètre carré de peinture n’aurait exigé qu’environ 8 millilitres de sang.

Les tentatives d’extraction d’ADN ancien ont toutefois échoué, probablement à cause de l’alcalinité de la chaux, ce qui invite à la prudence sur cette origine encore hypothétique.

Cette découverte enterre au passage une théorie de 2012, qui attribuait la conservation à des sèves végétales riches en acide oxalique. Les nouvelles analyses montrent que cet oxalate, bien réel, ne colle en réalité rien du tout : à Tunpingshan, où le carbonate d’origine a disparu, la couleur s’écaille facilement.

Les peintures montrent aussi de nombreuses scènes liées à la grossesse, ce qui nourrit l’hypothèse d’un culte de la fertilité chez les Luoyue, une société que d’anciennes chroniques décrivent comme matrilinéaire.

Un mortier de chaux, d’argile et de sang d’accouchement : voilà le secret le mieux gardé de l’art rupestre chinois. L’équipe de Meng Wu veut désormais tester d’autres sites de Huashan, puis étendre l’enquête à d’autres régions du monde. Et si d’autres fresques millénaires cachaient, elles aussi, un secret aussi organique ?

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