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Un écureuil de Sibérie a caché ces fruits il y a 32 000 ans, une équipe les a fait refleurir en 2012

Publié par Cassandre le 16 Sep 2026 à 7:04
Petite fleur blanche de silène en laboratoire scientifique

Trente-huit mètres sous le pergélisol sibérien, un vieux garde-manger d’écureuil dormait depuis l’époque où les mammouths arpentaient encore la région. Personne n’imaginait ce qu’il contenait vraiment. Une équipe de chercheurs russes a fini par percer ce secret enfoui, et le résultat a de quoi donner le vertige à n’importe quel jardinier.

Un terrier gelé depuis l’ère glaciaire

Le site se trouve sur les berges de la rivière Kolyma, en Sibérie orientale, au lieu-dit Duvanny Yar. Une équipe russe, hongroise et américaine y a fouillé environ 70 anciens terriers d’écureuils terrestres, tous piégés dans des sédiments gelés en permanence. Ces rongeurs y stockaient jadis fruits et graines pour l’hiver, un peu comme on remplirait un cellier avant les grands froids — sauf que ce cellier-là n’a jamais dégelé depuis.

Le terrier décisif, référencé P-1075, se situait exactement à 38 mètres de profondeur. Il contenait des fruits immatures de Silene stenophylla, une petite plante à fleurs blanches de la famille des œillets. La datation au radiocarbone les a situés à 31 800 ans, à 300 ans près — une précision qui rappelle les prouesses de datation utilisées ailleurs, du pouvoir d’achat oublié à l’archéologie la plus fine.

Un flot de glace a scellé le terrier presque aussitôt après son abandon, figeant ce contenu comme dans une capsule temporelle. Ce genre de conservation naturelle n’est pas sans rappeler d’autres découvertes qui traversent les décennies sans perdre leur intérêt.

Comment des tissus ont survécu 32 000 ans

Le froid ne suffit pas à tout expliquer. Une température constamment négative arrête presque totalement la dégradation enzymatique et l’activité microbienne, celles qui réduiraient normalement un tissu végétal en poussière en quelques années. Mais le gel n’arrête pas le rayonnement gamma naturel émis par le sol lui-même.

Les chercheurs ont calculé que les fruits avaient encaissé une dose totale de 0,07 kilogray, soit la limite au-delà de laquelle les tissus perdent toute viabilité. Résultat logique : les graines matures, plus exposées, étaient abîmées et incapables de germer. L’équipe a d’ailleurs vérifié cette impasse en tentant d’abord la voie la plus évidente, sans succès — un peu comme certains métiers en tension nécessitent de changer complètement d’approche pour trouver la bonne solution.

La solution est venue du placenta, ce tissu qui relie les graines en formation à l’intérieur du fruit immature. Moins exposé, plus apte à se redifférencier, il gardait encore un funicule fonctionnel. En le plaçant dans un milieu riche en sucres et vitamines, l’équipe menée par Svetlana Yashina et David Gilichinsky a fait pousser un réseau racinaire, puis des pousses. Deux ans plus tard, ces pousses fleurissaient.

Coupe de sol gelé du pergélisol sibérien avec terrier

Trois fruits, trente-six plantes : un résultat qui intrigue encore

Grâce à la micropropagation clonale, l’équipe a obtenu 36 plantes anciennes à partir de fragments placentaires issus de seulement trois fruits intacts. Un rendement à faire pâlir n’importe quel horticulteur, publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences, qui a fait de cette silène le plus ancien organisme multicellulaire jamais régénéré.

La comparaison avec la version moderne, qui pousse encore aujourd’hui en Sibérie, révèle deux écarts inattendus. Les pétales des plantes ressuscitées se sont montrés plus longs et plus espacés une fois la fleur ouverte. Et surtout, leurs graines ont germé à 100 %, contre environ 90 % pour les plantes actuelles de la même espèce.

Trente-deux mille ans d’écart génétique, et pourtant une vigueur supérieure : même les scientifiques peinent à l’expliquer. Cette découverte confirme surtout que le pergélisol, qui couvre encore 20 % de la surface mondiale, agit comme un dépositaire génétique.

D’autres fruits ont d’ailleurs été retrouvés dans des terriers similaires en Sibérie, en Alaska et au Yukon canadien — une archive fragile, que le réchauffement des hautes latitudes menace désormais de dégeler, exposant en quelques saisons ce que le froid a préservé pendant des millénaires.

Une plante endormie 32 000 ans qui refleurit plus vigoureuse que ses cousines actuelles : la nature garde décidément des tours dans sa manche. Reste une question qui plane sur chaque poche de pergélisol encore intacte : combien d’autres capsules temporelles attendent, silencieuses, qu’on les découvre avant qu’elles ne fondent pour de bon ?

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