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Costa Rica : ces singes sauvages ont appris seuls à utiliser une IA pour obtenir des bananes

Publié par Cassandre le 15 Août 2026 à 8:47
Singe capucin touchant un écran tactile dans la jungle

Imagine une borne d’arcade perdue en pleine jungle, sans électricité de secours ni technicien. C’est exactement ce qu’ont découvert des singes capucins au Costa Rica, un matin comme un autre, au milieu des arbres. Sauf que cette borne n’a jamais eu besoin d’un mode d’emploi. Ce que les chercheurs ont observé ensuite dépasse tout ce qu’ils espéraient.

Une boîte mystère plantée au cœur de la réserve de Taboga

Dans la réserve forestière de Taboga, une simple caisse en bois d’un demi-mètre de haut a fait son apparition parmi les arbres. À l’intérieur : un écran tactile de 15 pouces, une webcam, un mini-ordinateur Raspberry Pi, une batterie de huit heures d’autonomie et un distributeur de nourriture imprimé en 3D. Rien d’extravagant sur le papier, mais tout tourne en local, sans connexion internet.

Le dispositif s’appelle CapuchinAI, fruit d’une collaboration entre l’Emory University et le Georgia Institute of Technology, dans le cadre du projet Capuchinos de Taboga. Une IA de vision par ordinateur, basée sur le modèle YOLOv7, identifie chaque singe capucin à face blanche individuellement avec une précision annoncée à plus de 97 %. Un peu comme ces systèmes qui entraînent des robots ailleurs dans le monde, la machine ne réagit qu’à la bonne cible.

La machine ne se réveille que lorsqu’un capucin approche, ignorant les autres animaux de la forêt. Elle propose alors une tâche simple à l’écran, comme toucher une zone colorée. En cas de réussite, une tranche de banane séchée tombe du distributeur. Un détail malin empêche les abus : des quotas de récompenses par individu évitent qu’un mâle dominant monopolise toute la machine à récompenses.

Un premier joueur qui a tout compris tout seul

Sur une centaine de capucins suivis à Taboga, seize individus se sont approchés de la borne durant la phase pilote. Aucun tutoriel, aucune démonstration humaine. Le premier à percer le mystère s’appelle Trompudo, surnommé aussi Papi dans le récit du New York Times. Par pur essai-erreur, il a compris que toucher l’écran déclenchait la récompense.

Le résultat a de quoi surprendre les chercheurs eux-mêmes. Dix singes ont fini par provoquer la récompense de manière fiable, et huit ont conservé durablement l’association entre l’écran et la banane, selon le préprint évalué sur Sciety. La publication, parue dans l’American Journal of Primatology, décrit ce paradigme comme une avancée majeure pour tester la cognition des primates directement dans leur milieu naturel.

Ce qui frappe surtout, ce sont les styles d’interaction observés. Certains capucins tapent frénétiquement sur l’écran, d’autres posent la main avec une lenteur presque solennelle. Quelques-uns vont jusqu’à embrasser littéralement l’écran, un geste suffisant pour valider la tâche et déclencher la récompense. Une diversité comportementale qui rappelle à quel point chaque animal développe sa propre stratégie face à une technologie inédite.

Distributeur de banane séchée relié à un écran forestier

Des profils de joueurs dignes d’un jeu vidéo

Les chercheuses Marcela Benítez et Federico Sánchez Vargas parlent carrément de « profils de joueurs ». Il y a les early adopters, ultra curieux, qui foncent dès la première occasion. Il y a les observateurs prudents, qui attendent de voir un congénère réussir avant de s’y risquer. Et il y a les « kisseurs », ces malins qui ont trouvé le geste minimal pour déclencher le loot en bananes.

La comparaison avec les mécaniques de jeu mobile free-to-play n’est pas exagérée : interface ultra simple, feedback immédiat, motivation centrée sur la gratification. Une boucle que n’importe quel joueur de smartphone reconnaîtrait instantanément, sauf qu’ici, ce sont des singes sauvages qui l’ont adoptée sans qu’on la leur explique.

Pour l’Emory University, ce dispositif ouvre une nouvelle ère dans l’étude cognitive des primates sauvages. Fini les tests en laboratoire coupés du monde naturel : CapuchinAI enregistre en continu apprentissage, mémoire, contrôle des impulsions et flexibilité mentale, sans qu’un humain doive rester sur place.

L’équipe veut désormais étendre l’expérience à d’autres groupes de primates et multiplier les sites d’installation, en s’appuyant sur du matériel aussi abordable qu’un Raspberry Pi grand public.

Des variantes pourraient même servir d’enrichissement cognitif dans les zoos ou de véritable interface homme-animal pour surveiller la santé des populations sur la durée, comme le suggèrent déjà des travaux évoquant l’avenir de ces technologies hors du champ humain.

Difficile de ne pas y voir une prouesse scientifique amusante. Mais la vraie question, c’est jusqu’où pousser cette logique de récompense, même au nom de la recherche, sans transformer la forêt en distributeur permanent. Et toi, tu penses que les animaux devraient avoir accès à plus de technologies comme celle-ci ?

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