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Ces deux icebergs géants, grands comme 35 fois Paris chacun, cachaient une mauvaise surprise pour le climat

Publié par Elsa Fanjul le 31 Mai 2026 à 16:51
Deux icebergs dans l'océan Antarctique vus depuis la surface

Deux blocs de glace jumeaux, nés de la même plateforme antarctique, empruntant le même courant. L’un fertilise l’océan, l’autre le laisse inerte. Cette découverte du British Antarctic Survey, publiée en avril 2026, ébranle une hypothèse rassurante sur laquelle reposaient nos projections climatiques. Et si le « bon côté » de la fonte des glaces n’existait tout simplement pas ?

A23a et A76a : deux frères de glace aux destins opposés

Bord d'une barrière de glace antarctique en cours de fragmentation

Les chiffres donnent le vertige. A23a pèse près de 1 000 milliards de tonnes de glace pour 3 700 km² de surface. Son jumeau A76a affiche 3 500 km². Chacun couvre plus de 35 fois la superficie de Paris intra-muros. Mis bout à bout, ils contiendraient assez d’eau douce pour alimenter la France pendant plus de 250 ans.

Tous deux proviennent de la barrière de Filchner-Ronne, l’une des grandes plateformes de glace de l’Antarctique. Et tous deux ont emprunté l’Iceberg Alley, ce couloir de courants qui charrie la glace entre la mer de Weddell et l’île subantarctique de Géorgie du Sud. Sur le papier, des jumeaux parfaits. Pourtant, l’étude publiée dans Communications Earth and Environment révèle que leurs signatures chimiques sont radicalement différentes. Comme si l’on comparait la fonte accélérée des calottes à un simple ruissellement printanier.

Comment deux colosses quasi identiques peuvent-ils produire des effets aussi divergents sur l’océan ?

L’un nourrit le phytoplancton, l’autre reste muet : la clé se cache dans leur passé

Quand un iceberg fond, il libère du fer piégé dans sa glace. Ce fer nourrit le phytoplancton, ces micro-organismes végétaux qui captent le carbone atmosphérique et le piègent dans les profondeurs en mourant. C’est l’un des régulateurs naturels du climat. L’hypothèse semblait logique : plus de fonte, plus de phytoplancton, plus de CO₂ absorbé.

Sauf que la réalité a douché les chercheurs. Autour d’A76a, détaché en mai 2021, les navires britanniques ont observé une explosion de vie. L’iceberg, jeune et vigoureux, relâchait ses nutriments et déclenchait un phénomène d’upwelling — un véritable ascenseur à azote, phosphore et fer remontant depuis les profondeurs. Autour d’A23a, le calme plat. Ce vétéran, détaché en 1986, s’était échoué trente ans dans les boues de la mer de Weddell. Il y a perdu un quart de sa surface et, surtout, la plupart des nutriments logés dans ses couches externes. Le réchauffement ne produit pas les effets espérés quand la glace a déjà livré son trésor chimique.

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Les modèles climatiques intégraient pourtant l’absorption océanique comme une variable plutôt favorable. La suite promet d’être compliquée.

Pourquoi cette découverte change la donne pour les prévisions « net zéro »

La banquise réserve décidément des surprises. L’océan Austral figure parmi les plus grands puits de carbone de la planète, et les trajectoires climatiques des États — les fameux objectifs « net zéro » — reposent en partie sur sa capacité d’absorption. Or, si l’on ne peut plus prédire qu’un mégaberg va fertiliser l’océan sans connaître son histoire individuelle, une variable cruciale devient soudain imprévisible.

Le calendrier n’arrange rien. Les détachements vont se multiplier à mesure que les barrières de glace se fragilisent. Chaque nouveau colosse dérivera avec son propre tempérament chimique, impossible à deviner depuis un satellite. D’ailleurs, A23a illustre déjà l’issue finale : échoué près de la Géorgie du Sud, il avait perdu environ 99 % de sa surface d’origine fin avril 2026. Il devrait avoir disparu avant la fin de l’année.

Combien d’A23a endormis pour combien d’A76a fertilisants dans les décennies à venir ? Les chercheurs du BAS l’admettent : personne ne le sait encore.

Deux icebergs jumeaux, deux destins, et une certitude en moins pour le climat. Tant qu’on ne saura pas lire le passé de chaque géant de glace, l’océan Austral gardera une part de son secret — celle, justement, dont dépendent nos prévisions les plus cruciales. Et si demain une troisième surprise émergeait d’une barrière qu’on croyait stable ?

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