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Privées d’eau, ces tomates émettent 35 clics par heure : un papillon de nuit les écoute, révèle une étude israélienne

Publié par Cassandre le 16 Sep 2026 à 7:06
Plant de tomate asséché sous lumière chaude de serre

On a longtemps cru les plantes muettes, incapables du moindre signal sonore. Des chercheurs israéliens viennent de prouver le contraire, et le résultat a de quoi surprendre. Un plant de tomate stressé par la soif produit un son bien précis, invisible à l’oreille humaine mais pas à celle de tous les habitants du jardin.

Un plant de tomate assoiffé fait un bruit précis

Le constat vient d’une équipe de l’université de Tel-Aviv, menée par Lilach Hadany et Yossi Yovel, publiée en mars 2023 dans la revue Cell. Des plants de tomate et de tabac ont été placés dans un caisson acoustique isolé, micros braqués dessus, puis soumis à trois situations : sécheresse, tige coupée, ou aucun stress du tout.

Résultat : une tomate privée d’eau émet en moyenne 35 clics par heure, contre à peine un seul clic pour une plante bien arrosée. Le tabac réagit lui aussi, mais de façon plus modérée. Ce n’est pas si éloigné de ce qui se passe pour d’autres cultures fragilisées, comme lorsqu’on arrache trop tôt un pied de tomate en fin de saison.

Ces sons se situent entre 20 et 100 kilohertz, très au-dessus de ce que l’oreille humaine perçoit. Un modèle d’apprentissage automatique, testé en serre, a réussi à distinguer une plante déshydratée d’une plante saine rien qu’au son.

L’explication tient à la cavitation : dans le xylème, ce réseau qui fait remonter l’eau vers les feuilles, des bulles d’air se forment sous tension et s’effondrent brutalement, générant une vibration.

Un mécanisme aussi discret, à sa façon, que celui qui pousse certains hortensias à disparaître des jardins sans qu’on comprenne tout de suite pourquoi.

Un papillon de nuit qui écoute vraiment les plantes

Une vibration qui voyage dans l’air jusqu’à trois ou cinq mètres, ce n’est rien pour un humain. Pour un insecte, c’est une distance énorme, surtout quand cet insecte entend précisément dans cette gamme de fréquences. C’est cette piste que les mêmes laboratoires, associés à l’institut Volcani, ont explorée dans une nouvelle étude publiée dans la revue eLife, sous la conduite de Rya Seltzer et Guy Zer Eshel.

Leur cible : la noctuelle méditerranéenne (Spodoptera littoralis), un papillon de nuit qui compte parmi les principaux ravageurs du plant de tomate, un peu à la manière dont certaines fourmis envahissent discrètement les maisons. Ses oreilles tympaniques sont les plus sensibles autour de 38 kHz, en plein dans le spectre des clics émis par les plantes assoiffées.

L’enjeu est vital pour la femelle : ses chenilles dévoreront la plante sur laquelle les œufs éclosent. Pondre sur un plant desséché revient à condamner sa descendance à un mauvais repas.

Placée devant deux boîtes, l’une silencieuse et l’autre diffusant des enregistrements de plants stressés, la femelle a nettement préféré la boîte sonore, un signe qu’un son évoque une plante vivante, même mal en point, comme lorsqu’un geste anodin du jardin attire le moustique tigre sans qu’on s’en rende compte.

Papillon de nuit posé sur une feuille de tomate

Le test qui a tout confirmé sur ces papillons

Restait à savoir si la femelle savait vraiment reconnaître un plant déshydraté d’un plant sain, comme un oiseau qui tape à une fenêtre pour une raison bien précise. Les chercheurs ont placé deux plants de tomate sains côte à côte, mais l’un équipé d’un haut-parleur diffusant les cliquetis d’une plante assoiffée. Cette fois, les femelles ont massivement pondu sur le plant silencieux : la préférence s’était inversée dès qu’un son suggérait la sécheresse.

Le contrôle décisif est venu ensuite. En neutralisant l’organe auditif de certaines femelles, toute préférence a disparu : elles ont réparti leurs œufs au hasard, preuve que le choix reposait bien sur l’audition.

Un dernier test a écarté une confusion possible avec les ultrasons émis par les mâles pendant la parade : les femelles distinguent parfaitement le son d’une plante de celui d’un partenaire, un affinement comparable à celui qu’on observe chez certains insectes relâchés par drones à Hawaï pour cibler une espèce précise.

C’est la première démonstration directe qu’un animal utilise un son émis par une plante pour prendre une décision de survie. Jusqu’ici, la communication entre végétaux et insectes passait surtout par les odeurs : le canal acoustique n’avait jamais été prouvé. Reste une piste concrète pour l’agriculture : un micro capable de repérer une parcelle assoiffée avant même que les feuilles ne fanent offrirait à l’irrigation de précision un capteur totalement inattendu.

Un champ de tomates en plein été n’a donc rien d’un lieu silencieux. Il l’est seulement pour nous, sourds à ce langage qui se joue juste au-dessus de nos têtes. Et vous, la prochaine fois que vous arroserez vos plants, penserez-vous encore qu’ils ne disent jamais rien ?

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